Par Jeanne Pouget

Avec l’ambition de devenir "la première destination dédiée au temps libre et aux loisirs en Europe", le projet pharaonique Europacity, prévu au cœur des terres agricoles de la commune de Gonesse (Val d’Oise) d’ici 2024, ne fait pas l’unanimité chez les citoyens. Les prémices d’un nouveau bras de fer entre les opposants au projet et l’État ?

Le projet Europa City à Gonesse. (© Europa City)

Le projet Europacity à Gonesse. (© Europacity)

Alors que le chantier à rebondissement de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes (NDDL) s’apprête à entrer dans une phase de médiation de six mois, le projet Europacity pourrait devenir le dossier épineux du quinquennat Macron. Portée par Auchan et un investisseur chinois, et soutenue par la région Île-de-France et l’État, cette "nouvelle destination touristique francilienne dédiée aux loisirs, à la culture et aux commerces" engloutirait plus de 700 hectares de terres agricoles. Lancé il y a déjà cinq ans, le projet est financé à 3,1 milliards d’euros par des financements privés et devrait bénéficier d’un milliard d’euros de financement public selon Le Monde. Il ambitionne d’attirer, à terme, 31 millions de visiteurs français et étrangers par an et de créer plus de 10 000 emplois directs.

Un plan d’urbanisation sauvage pour ses détracteurs, qui ne voient pas l’intérêt de construire un nouveau centre commercial gigantesque sur une zone agricole fertile, qui plus est dans une région qui dispose déjà de suffisamment de magasins. Comme Notre-Dame-des-Landes à l’époque, ils dénoncent la mainmise des grands groupes financiers, le manque de concertation de la société civile, et des aberrations écologiques : 80 hectares de commerces dédiés à la consommation, un parc d’attractions climatisé, des centaines de restaurants, un parc aquatique… Une folie des grandeurs contre laquelle se sont mobilisées des centaines d’opposants ce dimanche 21 mai, qui comptent sur l’influence du nouveau ministre de l’Environnement, Nicolas Hulot, pour faire annuler le projet.

Une montée de la mobilisation citoyenne et des propositions alternatives

Le Collectif pour le triangle de Gonesse, qui lutte contre Europacity depuis le début du projet, a été rejoint ce week-end par de nombreuses associations écologistes, des citoyens, des militants, des candidats aux législatives et même des zadistes de NDDL, lesquels ont fait le déplacement pour planter symboliquement des graines et des plantes. Une occupation ponctuelle et pacifiste de ces terres agricoles coincées entre l’aéroport de Roissy et le Bourget, et dont les habitants souhaiteraient faire perdurer la fertilité au lieu de l’ensevelir sous de nouvelles constructions qui, de surcroît, émettraient de grandes quantités de CO2. "Nous avons trois décharges, deux aéroports et deux autoroutes sur notre petit territoire, ça suffit, il faut s’opposer à ce projet nuisible et très coûteux", explique un membre du collectif au Monde.

Contrairement à NDDL, le terrain n’est pas une ZAD (zone d’aménagement différé). Mais la justice française et le Parlement européen ont été saisis en 2016 pour plusieurs motifs : manque d’évaluation globale ou d’utilité publique, cumul de projets… Le ras-le-bol d’une partie de la société civile contre des projets de grande ampleur de ce type, considérés comme "inutiles", se multiplie dans un pays qui semble de plus en plus scindé entre ceux qui défendent un modèle économique centré sur le profit et ceux qui aimeraient un système remettant la terre au centre des préoccupations.

Dans cette veine, les opposants veulent être vecteurs de propositions. Ils travaillent donc depuis l’année dernière à l’élaboration d’un groupement CARMA (Coopération pour une ambition rurale et métropolitaine agricole) qui serait un pôle d’excellence de l’agroécologie urbaine piloté par des ingénieurs urbanistes. Au programme, des cultures céréalières bio, une ferme maraîchère solidaire pour alimenter les cantines scolaires, des banques alimentaires et des circuits courts, mais aussi un "farm lab". Ils présenteront leur projet alternatif à la ville de Paris le 4 juin prochain.

Le projet alternatif CARMA à Europa City (©

Le projet alternatif CARMA. (© nonaeuropacity.com)

Le projet alternatif CARMA à Europa City (©

(© nonaeuropacity.com)