Pourquoi la nouvelle loi sur le bien-être des cétacés en captivité est insuffisante

Un arrêté interministériel sur "les règles de fonctionnement des établissements détenant des cétacés" a été validé par la ministre de l’Environnement Ségolène Royal mercredi 3 mai avec l’aval des ONG. Voici pourquoi cette réforme sur les delphinariums n’a pas vraiment de quoi nous réjouir. 

(©Angela/Flickr)

(© Angela/Flickr)

Cela faisait près de deux ans que le gouvernement, les professionnels et les associations étaient en discussion pour abroger l’arrêté de 1981 relatif aux règles de fonctionnement des structures abritant des cétacés vivants. La nouvelle législation vient donc enfin d’être adoptée de justesse avant la fin du quinquennat avec "pour objectif de garantir aux orques et aux dauphins des conditions d’hébergement et d’entretien de très haut niveau, compatibles avec leur biologie et leur permettant de satisfaire au mieux leur santé et leur bien-être". Si on peut se féliciter de l’adoption - bien que tardive - de ce nouveau texte, on ne peut s’empêcher de déplorer le retard de la France sur la question de la captivité des cétacés, déjà prohibée dans de nombreux pays.

En France, il reste encore quatre établissements proposant des spectacles avec ces animaux : le Marineland d’Antibes (Alpes-Maritimes) est le seul à détenir encore quatre orques, le Parc Astérix (Oise), Planète sauvage (Loire-Atlantique) et Moorea Dolphin Center (Polynésie française) détiennent des dauphins.

Enfin, la fin de la reproduction des orques en captivité en France

Les différents acteurs du débat se sont donc entendu pour obliger ces établissements à adopter de nouvelles normes beaucoup plus exigeantes et soucieuses du bien-être des animaux. L’avancée majeure se situe au niveau de l’interdiction pure et simple de la reproduction des orques en captivité. Les quatre spécimens détenus à Antibes seront donc les derniers. Cette interdiction ne s’applique néanmoins pas complètement aux dauphins.

Côté "bien-être", le texte prévoit d’augmenter la taille des bassins, pour atteindre une surface minimale de 3 500 mètres carrés pour les orques et de 2 000 mètres carrés pour les dauphins (contre 800 mètres carrés dans la législation précédente) et une profondeur minimale à onze mètres pour les orques et six mètres pour les dauphins détaille Le Monde. Les delphinariums devront prévoir des "enrichissements des bassins" (courants, vagues, cascades…) pour éviter "l’ennui et la frustration des animaux", des zones d’ombre, et ne plus utiliser de chlore poursuit le quotidien.

Côté spectacles, l’échouage des animaux sera désormais prohibé ainsi que le contact direct avec le public. Il ne sera donc plus possible de nager avec les dauphins. Les représentations nocturnes, les effets sonores et lumineux "pouvant entraîner du stress pour les animaux" seront aussi bannis. La mise en conformité des établissements devra avoir lieu dans les trois années à venir et devrait coûter entre dix et vingt millions d’euros par parc.

La législation du moindre mal

Alors oui, tout ça est très bien. "C’est mieux que rien", comme dirait la formule. D’ailleurs, même les associations de défense des animaux expriment leur satisfaction - du moins leur soulagement - vis-à-vis de cette nouvelle législation. Il faut dire qu’après deux ans de débats et à quelques jours de la fin du quinquennat, celle-ci aurait carrément pu ne pas être adoptée du tout.

Mais à l’heure où plusieurs pays comme la Croatie, la Slovénie, le Chili ou l’Inde ont décidé d’interdire purement et simplement la détention de ces animaux "hautement intelligents et sensibles", la France semble toujours rester à l’étape du compromis. De leur côté, des pays comme le Royaume-Uni, le Brésil, la Norvège ou la Pologne ont dû abandonner ce type d’attractions sous le coup de normes trop strictes et donc trop coûteuses.

Évidemment, il ne s’agirait pas de relâcher ces animaux nés en captivité en pleine mer, ce qui leur assurerait une mort certaine, mais plutôt d’investir les dizaines de millions d’euros alloués à l’enrichissement des bassins dans des solutions alternatives comme la semi-liberté par exemple. Autrement dit, que l’impulsion donnée soit celle d’un modèle plus progressiste plutôt que de remettre un coup de peinture fraîche sur un ancien système qui a fait son temps.

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Par Jeanne Pouget, publié le 05/05/2017