Pourquoi se maquiller le visage en noir n’est pas acceptable, même à Halloween

Se déguiser en personne noire était une pratique ouvertement raciste il y a deux siècles. Ça l'est encore de nos jours, même si c'est pour rire.

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Julianne Hough avait fait scandale en 2013, en essayant de se glisser dans la peau de Crazy Eyes d'Orange Is the New Black. (Via Twitter)

Halloween devrait être une période facétieuse. Le moment de l’année où la gourmandise est reine et les bonbons sont ses sujets. La nuit où petits et grands se déguisent dans un élan comique ou cathartique. Malheureusement, chaque 31 octobre sans exception, certains choisissent des costumes qui ne sont vraiment pas drôles.

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L’année dernière, par exemple, un instituteur de l’Alabama avait choisi de devenir Kanye West, alors qu'une étudiante de Floride avait opté pour Nicki Minaj. Les clichés de leurs déguisements racistes ont choqué beaucoup de gens sur les réseaux sociaux, à l'instar de ceux de Julianne Hough, qui avait essayé de se glisser dans la peau de Crazy Eyes d'Orange Is the New Black, en 2013.

Vouloir rendre hommage à une célébrité afro-américaine ne justifie pas de se noircir la peau avec du cirage ou du maquillage, perpétuant ainsi l'ancienne tradition de la "black face", qui vise à se moquer et à caricaturer la population noire. N’en déplaise aux 55 % de la population des États-Unis qui pensent qu’il n’y a rien de mal à ça.

Une tradition vieille de plusieurs siècles

"Avoir des amis noirs", écouter du rap, soutenir les Obama et être fan de Will Smith n’est pas une excuse. Se grimer de la sorte est raciste, et sera toujours associé à une longue histoire de violence et d’oppression. Aux États-Unis, au XIXe siècle, les blancs se maquillaient en effet pour mettre en scène des stéréotypes associés à la communauté noire.

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C'était le cas avec les "blackface minstrel shows", qui ont été rendus célèbres par Thomas D. Rice, un acteur blanc new-yorkais, dans les années 1830. Paré de guenilles, le visage noirci, il chantait et dansait les aventures d’un esclave évadé nommé Jim Crow. Ce fut un vif succès auprès du grand public (au point que les lois mettant en place la ségrégation raciale dans les États du Sud portaient le nom du personnage). Et si Thomas D. Rice a été le premier, il n’a pas été le dernier à faire carrière en perpétuant des stéréotypes dégradants.

Jusqu'au XXe siècle, les Noirs-Américains étaient représentés comme étant stupides, sales, paresseux, voleurs et bienheureux, malgré la façon cruelle dont ils étaient traités. Voici une vidéo de Judy Garland, l’actrice principale du célèbre film Le Magicien d’Oz dans un show de minstrel :

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Le genre plaît tellement que des grands artistes noirs — comme Bert Williams, Paul Robeson et même Joséphine Baker — ont été forcés de perpétuer les clichés véhiculés par ces spectacles pour avoir une chance de se produire sur scène.

Une plaie internationale

Les États-Unis n’ont pas le monopole de cette pratique, puisque la tradition existe aussi aux Pays-Bas, où les Blancs se peignent le visage en noir et se dessinent de grosses lèvres rouges à Noël, en l’honneur de Zwarte Piet, le père fouettard local. Une coutume encore d’actualité, sur laquelle s’interrogeait le Washington Post en 2014 :

"La connotation raciale est sans équivoque : les Pays-Bas ont été une puissance impériale, propriétaire de colonies qui grouillaient de plantations, et faisaient partie des premiers transporteurs du marché d’esclaves africains. Les citoyens hollandais qui sont offensés par Zwarte Piet ont reçu leur part de vitriol de la part de ceux qui soutiennent cette coutume. Si beaucoup ne voient pas le problème, le fait que certains qualifient cette pratique d’humiliante et blessante ne devrait-il pas suffire à y mettre fin ?"

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(Image via Wikimedia)

(© Andre Engels/CC)

Il est en effet impossible de nier que les Hollandais ont joué un rôle central dans l’histoire de l’esclavagisme. Ils transportaient notamment les africains destinés à être vendus pour travailler dans les plantations de café et de sucre dans leurs colonies du Surinam et d’Indonésie.

Mais ce qui est encore plus triste à Halloween, c’est l’hypocrisie et l’ignorance qui servent de défense à ceux qui se permettent d’agir ainsi. On l’écrivait plus tôt, l’excuse de l’ami noir ne justifie rien, les études prouvent d’ailleurs que cela n’a aucun impact sur les préjugés racistes qu’ont les blancs.

Les enfants et les adultes noirs arrivent bien à se déguiser en célébrités blanches pour Halloween sans se poudrer le visage de blanc. Miley Cyrus elle-même a réussi la prouesse de se déguiser en Lil Kim en 2013 sans verser dans le racisme. Ce n’est pas si compliqué.

(Image via @mileycyrus)

(Via Instagram)

Traduit de l'anglais par Sophie Janinet

Par Alexandra Phanor-Faury, publié le 02/11/2016

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