Pour voir s'il s’agit d’un espion alien, des astronomes vont placer l’astéroïde Oumuamua "sur écoute"

Le milliardaire russe Yuri Milner, qui investit dans la recherche de vie extraterrestre, veut vérifier que l’astéroïde n’est pas une sonde d’origine alien.

Oumuamua, le blunt de l’espace. (© Nasa)

Il y a quelques semaines, nous vous parlions du passage express dans notre quartier cosmique d’un étrange objet, totalement inédit pour les astronomes de notre planète : l’astéroïde 1I/2017 U1, rapidement surnommé "Oumuamua" ("le premier messager" en hawaïen), le premier corps céleste détecté en provenance d’un autre système stellaire.

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Un passage supersonique d’à peine quelques jours, à 315 000 km/h, suffisant pour que toute la communauté astronomique mobilise ses outils d’observation et parvienne à dresser un portrait-robot de l’astéroïde, qui dévoilait alors une forme oblongue (certains parleront même de "joint de l’espace") totalement inédite. Tellement inédite, même, que certains se demandent aujourd’hui si Oumuamua ne serait pas… une sonde extraterrestre.

Mieux : l’un des sceptiques se nomme Yuri Milner, le milliardaire russe à l’origine de l’initiative Breakthrough Listen, un projet de recherche de vie extraterrestre à 100 millions de dollars. Les caractéristiques étranges de l’astéroïde, sa forme oblongue peu compatible avec le quotidien d’un astéroïde "classique", sa trajectoire d’entrée dans notre système solaire (perpendiculaire au plan formé par les planètes qui le composent, comme s’il avait littéralement "plongé" dans notre région du cosmos) ont fini par convaincre Milner et ses équipes de s’intéresser de plus près à cette anomalie spatiale. À partir du 13 décembre, les équipes de Breakthrough Listen vont donc commencer à "écouter" Oumuamua.

Si Oumuamua émet, nous le saurons

"Les chercheurs spécialisés dans le transport spatial de longue distance ont suggéré qu’une forme de cigare ou d’aiguille serait l’architecture la plus probable d’un vaisseau interstellaire, puisqu’elle minimiserait la friction et les dégâts causés par la poussière et les gaz interstellaires.

Si une origine naturelle [de l’astéroïde] est plus probable, il n’existe actuellement aucun consensus quant à ce qu’elle pourrait être, et Breakthrough Listen est en bonne position pour explorer la possibilité qu’Oumuamua puisse être un artefact [extraterrestre]", écrit l’entreprise dans son communiqué.

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De fait, à partir de ce mercredi 13 décembre, Breakthrough Listen va tenter de capter un signal d’Oumuamua "à travers quatre fréquences radio, d'1 à 2 Ghz. Sa première phase d’observation durera 10 heures, divisées en quatre "époques" basées sur les périodes de rotation de l’objet", toujours selon le communiqué.

Actuellement l’astéroïde se trouve à environ deux fois la distance Terre-Soleil et se déplace toujours à la vitesse faramineuse de 38 kilomètres par seconde. Si les chiffres semblent démesurés à l’échelle humaine, c’est un jet de pierre à l’échelle cosmique. À cette distance, le télescope de Green Bank (États-Unis) utilisé par Breakthrough Initiative peut capter n’importe quel signal, même le plus faible, en moins d’une minute. Si Oumuamua émet quelque chose, même un texto, la Terre le saura. Et rapidement.

Un astéroïde dans une botte d’étoiles

Statistiquement, les chances de capter un signal en provenance de ce grand cigare rocheux sont néanmoins extrêmement minces (et c’est un euphémisme). Comme l’indiquent plusieurs astrophysiciens à The Atlantic, Oumuamua, de ce que l’on en sait, semble irrémédiablement naturel.

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Sa couleur rouge, totalement conforme à ce que l’on attendrait d’un rocher géant dérivant dans l’espace interstellaire, ou sa trajectoire, parfaitement prévisible, qui colle mal avec l’idée qu’on se ferait d’un vaisseau d’exploration. Mais Yuri Milner et les chasseurs de sondes alien n’en ont cure : au-delà des résultats, l’écoute d’Oumuamua fait surtout office d’exercice à échelle réelle.

Car au-delà du projet Breakthrough Listen, le milliardaire russe a une autre ambition, d’une tout autre dimension : rejoindre Alpha du Centaure, l’étoile la plus proche de notre Soleil, en une petite vingtaine d’années, grâce à une flotte de microsatellites propulsés par un faisceau laser généré depuis la Terre. Et Stephen Hawking fait déjà partie de l’équipe.

Pour les cerveaux derrière le projet pharaonique, le passage d’Oumuamua est surtout une opportunité extraordinaire de tester les systèmes de détection de Breakthrough, encore à l’état embryonnaire. Et comme conclut Yuri Milner, interrogé par The Atlantic, "si on regarde partout, on augmente les chances de trouver quelque chose".

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Par Thibault Prévost, publié le 13/12/2017

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