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Alors que les troupes de Damas reprennent Alep, les civils appellent au secours

À cause de la dernière grande offensive menée par le régime syrien contre les quartiers rebelles de l'Est d'Alep, la population civile est plus que jamais la cible d'atrocités.

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Cela fait plus de cinq ans que la ville d'Alep est ravagée par la guerre civile (© BBC)

Pendant que nous dormions tous profondément dans la nuit du 12 au 13 décembre, un massacre se déroulait en Syrie : à Alep, au moins 82 civils ont été tués par les forces de Damas, selon l'ONU. Cette horreur a été commise au terme d'une offensive de près de quatre semaines menée par l'armée de Bachar Al-Assad, qui est sur le point de reprendre les dernières zones de la ville tenues par les insurgés. Ceux-ci défendent difficilement les deux derniers quartiers principaux qu'il leur reste, et la population, entre deux feux, se fait massacrer : depuis le 15 novembre, 415 civils ont péri sous les bombardements de l'armée syrienne, soutenue par l'Iran et le Hezbollah libanais ainsi que par une couverture aérienne russe. En retour, les tirs de roquettes des rebelles ont tué au moins 130 civils dans la partie Ouest d'Alep, la zone tenue par les forces loyales au régime.

Le Secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, s'est immédiatement alarmé des atrocités commises par les belligérants, et a particulièrement pointé du doigt la violence du régime de Bachar Al-Assad. "Il faut protéger les civils et respecter le droit humanitaire international", a une fois de plus rappelé Ban Ki-moon, d'une voix bien faible et trop vite couverte par le fracas de la guerre. Le régime syrien ne recule devant aucun moyen, y compris l'usage d'armes chimiques sur des zones pourtant fortement peuplées. Parmi les pires armes, on retrouve le napalm et ses effets dévastateurs (attention : la vidéo qui suit comporte des images choquantes) :

Devant le déluge de bombes de ces dernières 24 heures, près de 10 000 civils ont fui l'Est d'Alep pour rejoindre des quartiers plus "sûrs", dans l'Ouest de la ville ou vers le Nord, dans la zone tenue par les forces kurdes. Depuis le début de l'offensive, il y a un mois, ils sont près de 130 000 à avoir quitté leur foyer, et la plupart d'entre eux n'ont aujourd'hui pas d'autre choix que de dormir à même le sol dans les rues dévastées par cinq ans de guerre. Ce lundi, le pape François a fait transmettre une lettre à Bachar Al-Assad l'exhortant à cesser ces exactions systématiques et à œuvrer en faveur de la paix. Si le président syrien a effectivement lu cette lettre, rien ne permet de penser qu'il y soit réceptif.

"La mort vient du ciel"

Pendant la nuit, nombreux étaient les habitants d'Alep qui postaient des messages d'adieu sur les réseaux sociaux, conscients de l'alternative s'offrant à eux : mourir sous les bombes ou sous la torture du régime. Alertes à la communauté internationale, dernières volontés, appels à l'aide : nous ne pouvions que constater, impuissants, l'horreur de la situation. "S'il vous plaît, racontez notre histoire au monde, faites en sorte que mon fils soit fier de son père", suppliait ainsi un homme dans un message relayé par le Guardian.

"Derniers messages venant de l'Est d'Alep."

Un médecin a également transmis son témoignage au journal britannique : "Nous sommes assiégés de toute part et la mort vient du ciel. Rappelez-vous d'Alep comme d'une ville que le monde a effacée de la Terre et de l'Histoire. Ceci est le message d'adieu d'un docteur dont le destin est la mort ou l'arrestation." Unanimement, ils accusent les pays voisins de la Syrie et le monde entier (y compris vous et moi) de ne pas avoir su les aider, de ne pas avoir défendu leur cause en battant le pavé devant nos ministères, de ne pas avoir participé à la constitution de convois humanitaires, d'être restés impuissants et inactifs devant nos écrans.

"À tous ceux qui nous entendent : nous ne sommes plus dans les années 1980, quand les gens n’avaient pas accès à l’information. Des millions de vidéos vous sont parvenues."

Alors que les pleurs des civils résonnaient sur Internet, la télévision syrienne relayait de son côté de véritables scènes de liesse chez les partisans du régime. C'est pour eux une victoire décisive, qui leur permet de contrôler la totalité des villes stratégiques du pays : Alep, Homs, Damas, Hama et Lattaquié. La rébellion pourrait donc bien vivre ses derniers instants, au terme d'une guerre qui aura coûté la vie à plus de 300 000 personnes et poussé 4,8 millions de Syriens à quitter leur pays.

Par Théo Mercadier, publié le 13/12/2016