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Les athlètes des JO de Rio nageront "dans de la merde", selon des experts

Publié le

par Jeanne Pouget

En dépit des promesses des autorités brésiliennes qui se sont engagées à dépolluer la baie de Guanabara, à Rio de Janeiro, des scientifiques affirment que celle-ci est encore plus contaminée que prévue. 

Traduction : "'Notre arène a été livrée pleine d'ordures', déclare [le marin brésilien et médaillé olympique] Torben Grael au sujet de la baie de Guanabara."

"Si tu vas à Rio..." Oubliez les paroles de la chanson de Dario Moreno, qui évoquent un petit village, des fleurs sauvages et un cadre paradisiaque. Derrière le paysage de carte postale de la mythique baie de Rio de Janeiro se cache un désastre écologique et sanitaire à l'œuvre depuis des années, causé par le rejet des eaux usées dans la mer, ainsi que le déversement de déchets chimiques des usines et l'industrie pétrolière.

Autrement dit, la baie de Guanabara, qui accueillera toutes les épreuves d'eau libre (nage, voile et windsurf) des Jeux olympiques de Rio, qui se tiendront du 5 au 21 août, n'est autre que le débouché des égouts de l'agglomération peuplée par 12 millions d'habitants.

Une situation préoccupante tant pour l'environnement que pour les athlètes qui "nageront littéralement dans de la merde humaine et risquent de tomber malade", s'alarme le docteur Daniel Becker, un pédiatre local, dans les colonnes du New York Times.

Garder la bouche fermée

Depuis que les autorités locales s'étaient engagées à dépolluer 80 % de la baie, il y a sept ans, rien ou presque n'a été fait, et il semble dès lors peu probable que la promesse se réalise en deux semaines. Un laxisme que beaucoup attribuent à la corruption et à la mauvaise gestion des acteurs impliqués dans le dossier. Comme le rappelle le New York Times, le budget alloué à la dépollution de la baie est passé de quatre milliards de dollars à seulement 170 millions (de 3,6 milliards d'euros à 153 millions).

Alors, à l'approche des jeux, les athlètes n'ont pas d'autre choix que de garder la bouche fermée quand une vague arrive, ironise le journal américain en s'appuyant sur les propos d'une sportive néerlandaise. Sinon, gare aux risques de maladies : dysenterie, hépatite A, nausées violentes... L'absorption de l'équivalent de trois cuillères à café d'eau de la baie suffirait à tomber malade, comme ce fut le cas, l'année dernière, lors d'une compétition de surf où un quart des athlètes ont été contaminés, selon les organisateurs.

Une situation catastrophique pour l'image de la ville et du Brésil, qui ne fait que refléter le quotidien de ses habitants qui souffrent de la pollution depuis de nombreuses années. Un pêcheur interrogé par le New York Times affirme qu'il n'attrape plus de poissons dans ses filets depuis bien longtemps, mais des déchets parfois aussi gros qu'un canapé. Il lui arrive même de voir des cadavres flotter.

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