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Pollution de l'air : urgence atmosphérique et guéguerre politique

Publié le

par Clotilde Alfsen

Pixabay/ Paris Pollué

La pollution de l'air est à l'origine de 48 000 décès chaque année et coûte 101 milliards d'euros à l'État. Mais les politiques publiques stagnent et le changement se fait (trop) lentement. 

© Pixabay

Un nuage de particules fines se diffuse dans toute la France depuis le début de cette semaine de décembre. Il s'agit du pic de pollution le plus long et le plus intense depuis dix ans, rappelle Le Monde. Une bonne partie de la France est concernée – Dunkerque, Calais, Lille, Lyon, Bordeaux et les zones urbaines des pays de Savoie – et le nuage devrait même atteindre le nord de l'Italie. À Paris et à Lyon, le seuil d'alerte de 80 microgrammes par mètre cube (µg/m3) d'air est déjà dépassé depuis et se maintiendra dans les prochains jours.

L'accumulation des particules fines provient du trafic routier, des activités industrielles, mais aussi du chauffage (surtout du chauffage à bois). À Paris, la circulation alternée a été mise en place et les transports en commun sont gratuits. Mais est-ce suffisant ? Pas vraiment. Surtout que cette mesure, qui sera également imposée à Lyon (pour la première fois) à partir du vendredi 8 décembre, n'est pas vraiment respectée. Le trafic routier n'a diminué que de 5 à 10 %  selon des calculs de l'agence de surveillance de la qualité de l'air Airparif. Selon de La Tribune, les gens préfèrent louer un véhicule avec la bonne plaque plutôt que de se déplacer autrement qu'en voiture. En conséquence, la concentration de particules reste extrêmement élevée, à 100µg/m3, ce qui est au-delà du seuil d'alerte et trois à quatre fois plus important qu'en temps normal.

Conflit politique

Déjà fort peu populaire, cette mesure de la circulation alternée ne bénéficie pas non plus d'un soutien unanime de la classe politique. Gérard Collomb sénateur-maire (PS) de Lyon est resté longtemps réticent à l'imposer et refuse surtout d'instaurer la gratuité des transports pour des raisons économiques. Par dessus le marché, la ville est confrontée à une grève des transports depuis lundi.

À Paris, les difficultés rencontrées dans les transports en commun ces derniers jours n'ont pas incité les citoyens à respecter la circulation alternée. Le RER B a été arrêté mercredi et des problèmes ont été rencontrés sur le réseau SNCF. Ces perturbations mettent en cause la crédibilité de l'alternative des transports à la voiture. Valérie Pécresse, présidente de la région Ile-de France (LR), a appelé à l'arrêt de la circulation alternée. Une nouvelle manière de s'opposer à la maire socialiste de Paris Anne Hidalgo. Valérie Pécresse souhaite suspendre la mesure de circulation alternée à cause des problèmes rencontrés par la SNCF. Anne Hidalgo lui renvoie la balle et lui reproche une mauvaise gestion des transports SNCF qui sont à la charge de la région. La maire de Paris refuse de mettre en cause la mesure. Guéguerre politique oblige, Valérie Pécresse s'est défendue sur Twitter (via son compte et celui de son groupe de soutien) et dans un communiqué de presse.

Paris avance à petits pas

Une opposition qui se forme aussi sur le sujet de la piétonisation des voies sur berges mise en place par Anne Hidalgo et que la droite n'a pas soutenu. La maire de Paris concentre en effet ses efforts sur le trafic automobile, cause majeure de la pollution à Paris, et veut non seulement établir une zone de circulation restreinte dans la capitale mais aussi en interdire l'accès aux véhicules les plus polluants d'ici à 2020.

À partir du 16 janvier 2017 un système d'étiquetage "Crit'air" sera imposé aux conducteurs pour indiquer le niveau de pollution causé par leur véhicule. Ce niveau de pollution dépend en général du modèle de la voiture et de son ancienneté, ou encore de l'utilisation d'un moteur diesel. En cas de pic de pollution, seules les voitures électriques ou respectant les normes européennes récentes pourront rouler.

Cette solution paraît minime par rapport à l'ampleur des dégâts sanitaires causés par la pollution de l'air. Mais la solution plus radicale du péage urbain – qui existe à Londres, Stockholm, Oslo et Dublin – n'est pas encore envisagée. De plus, à l'échelle nationale, les députés ont donné, fin novembre, le coup de grâce à l'écotaxe.

Les mesures d'urgence nécessaires pour répondre à la menace que représente la pollution de l'air sont donc pour l'instant freinées par des conflits politiques à toutes les échelles de pouvoir. Il serait temps que cela change.

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