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Europe : où en est la politique anti-drogue?

Publié le

par Aline Cantos

Alors que l'Europe est confrontée à la multiplication des drogues de synthèses et des drames qui vont avec, les pays tentent d'élaborer leur stratégie de lutte contre la drogue.

Crédits Image : Reuters

L'Europe fait actuellement face à la prolifération de substances dangereuses, qui se substituent à la drogue à mesure que cette dernière est réprimée par les gouvernements. L'heure est aux bilans après les récentes actualités, notamment liées à la vie nocture britannique.

Celle-ci est en crise depuis l'apparition de la PMA, psychotrope vendu comme de la fausse ecstasy. Le produit de synthèse fait des ravages dans les clubs du royaume pendant que les autorités tentent tant bien que mal de trouver une solution à la prolifération de ces substances. Une problématique sur laquelle le maire de la nuit d'Amsterdam, Mirik Milan, n'a pas pu s'empêcher de s'exprimer mardi, note Mixmag.

Malgré des efforts de prévention, il semblerait que les politiques appliquées concernant le clubbing dans le pays ne soient pas appropriées. Trop répressive ou pas assez, les politiques n'ont de cesse d'occasionner des dégâts collatéraux peu importe leur forme. C'est bien là le coeur du problème qui se pose actuellement.

La tolérance, la clef d'une perte d'intérêt pour les drogues ?

On connaît bien les Pays-Bas pour leur tolérance à la drogue. Les coffee-shops sont la principale attraction de la ville pour des touristes excités à l'idée de pouvoir fumer leur joint légalement. Si une interdiction est formalisée dans les textes législatifs, la drogue reste cependant acceptée dans la société.

L'ouverture du pays sur le sujet a permis la mise en place d'une politique aux résultats probants. Un nombre de consommateurs similaire à ses voisins et une politique d'accompagnement fiable, il semblerait que les Pays-Bas aient fait un choix rationnel. C'est ce que prouve le rapport 2014 sur la consommation de drogue européenne du site touteleurope.eu.

Capture d'écran site <a href="http://www.touteleurope.eu/actualite/la-consommation-de-drogues-dans-lue.html" target="_blank">touteleurope.eu</a>

Le cannabis a beau être légal, bien que strictement encadré, les Néerlandais n'en consomment pas plus que leurs semblables européens. Au cours des 12 mois ayant précédé l'enquête, seuls 13,7% des 15-34 ans ont consommé du cannabis aux Pays-Bas, contre 17,5% en France.

La dépénalisation du cannabis a d'ailleurs pris place depuis quelques années dans le débat public face à l'inefficacité des interdictions actuelles. Si elle rencontre encore de fervents opposants, beaucoup sont désormais moins réticents. C'est le cas notamment des plusieurs personnages politiques, à l'image de Jean-Luc Mélenchon, du Front de Gauche, qui s'est prononcé pour la légalisation (donner un cadre légal à la chose) mais aussi de Dominique de Villepin, homme politique de droite, qui préférerait opter pour une simple dépénalisation (baisse ou suppression des sanctions pénales).

Face à la répression, le système D

Aujourd'hui, les systèmes conscients de l'inévitable présence de la drogue dans un pays semblent avoir fait leurs preuves. L'interdiction pure et simple de la drogue relève de l'utopie plus que de la réalité. Les drogues de synthèses offrent un éventail illimité de possibilités afin de contourner les interdits. Des apprentis chimistes trollent en permanence les gouvernement en mettant à jour les propriétés de produits inventés et réinventés chaque jour.

Quand une drogue est réprimée de façon stricte, des alternatives se développent, et si l'originale n'est certes pas dénuée de dangers, la copie est bien souvent pire. Ainsi, en Grande-Bretagne, après que la MDMA ait été fermement interdite, s'est développé le commerce de la PMA, dont l'apparition a provoqué un nombre de décès incomparable à celui que la MDMA aurait pu provoquer.

La théorie se confirme en Suède. Le pays a mis un point d'honneur à appliquer une tolérance zéro concernant la drogue. Les condamnations pleuvent mais ne semblent pas avoir l'effet dissuasif escompté. Au lieu d'éradiquer la consommation, les autorités suédoises participent au développement de nouvelles drogues de synthèses aussi - voire plus - dangereuses que celles qu'elles interdisent.

Miley Cyrus s'allume un joint sur la scène des EMA's à Amsterdam en 2013

"Si les toxicomanes appellent un médecin, ils craignent de voir la police débarquer"

En 2014, le Spice fait son apparition parmi les problématiques majeures de la société suédoise. Drogue de synthèse supposée imiter le cannabis, elle aurait des effets dévastateurs sur quiconque en consomme. Des décès, des jeunes placés en soins intensifs, les conséquences de son irruption dans le pays sont tragiques. Vendue comme un encens sur internet, cette drogue est facile d'accès et ne met pas longtemps à trouver acheteur. Dérogeant au circuit traditionnel, le Spice est la preuve de l'inefficacité des politiques purement répressives à l'encontre de la drogue.

De plus, ce genre de politiques oublient les principales victimes de la drogue. Les accros, dont la consommation ne dépend plus d'une simple volonté, sont souvent laissés sur le carreau. Abandonnés, sans aucune aide du gouvernement, les plus perdus d'entre eux voient leur condition se dégrader au fur et à mesure de la montée de la répression. L'absence d'hygiène et de soins ainsi que la peur des autorités sont autant de facteurs qui les promet à une mort certaine.

Ted Golberg, professeur en action sociale à l'Université de Stockholm confie à L'Express : "Si on prend de la drogue avec quelqu'un qui fait une overdose, une personne normale appellera immédiatement les autorités [...] mais en Suède [...] si les toxicomanes appellent un médecin, ils craignent de voir la police débarquer".

Une réussite par l'accompagnement

Une politique d'accompagnement et de prévention, c'est donc ce qu'ont décidé d'adopter les Pays-Bas. À l'inverse des systèmes répressifs forts, le pays privilégie l'assistance et la prise de conscience. Ainsi, si la consommation d'ecstasy et de cocaïne néerlandaise reste relativement élevée par rapport à celle de ses voisins européens, le taux de mortalité est incroyablement bas. Les Pays-Bas sont le pays où l'on recense le moins de décès dus à la drogue dans l'Union Européenne.

Avec 2,4 décès consécutifs à une consommation de psychotropes par million d'habitants, les terres néerlandaises prouvent l'efficacité de leur méthode. Le Royaume-Uni se place loin derrière à cause d'une "politique répressive et illogique de lutte contre les drogues" selon le Dr David Nutt qui a mis ses compétences au service du gouvernement britannique avant d'être écarté en raison de son hostilité à la répression du cannabis. C'est tout le propos de Mirik Milan, Maire de la Nuit d'Amsterdam :

On doit s'assurer que les gens sachent quoi faire s'ils rencontrent des problèmes avec la drogue. En Hollande, quand ces pilules [ndlr : les pilules de PMA] ont été amenées dans des stations d'analyse, d'énormes signaux d'avertissement ont été placés dans les clubs et les médias et, pour le moment, personne n'est décédé à cause de ces pilules en Hollande, affirme-t-il à Mixmag.

Loin de se voiler la face sur la consommation de ses citoyens et de condamner la prise de drogues dans son ensemble, les Pays-Bas ont préféré guider les clubbers, leur déconseillant le dangereux produit. Difficile donc de penser une politique de lutte anti-drogue 100% efficace. Cependant, si aucune des politiques n'a démontré une efficacité totale, la répression a quant à elle prouvé son inefficacité.

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