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Quand un politique d'extrême droite israélien se déguise en hipster

Publié le

par Théo Chapuis

Un leader d'extrême droite israélien s'est mis en scène dans l'accoutrement d'un hipster pour fustiger la gauche. Mais après tout, le hipster est-il de gauche ?

Le hipster est-il de droite ou de gauche ? Et franchement, quelle différence ça fait ? Apparemment, le candidat à la présidentielle israélienne Naftali Bennett a une opinion sur les deux questions. À la première, il répondrait que le hipster est de gauche. À la seconde, que tant que ça peut lui rapporter des voix, la différence est importante.

Après avoir été un proche de Benjamin Netanyahou et membre du Likoud, Naftali Bennett est depuis novembre 2012 le président du Foyer Juif, formation politique nationaliste, conservatrice et sioniste d'Israël. Pour les besoins d'une vidéo promotionnelle, le parti d'extrême droite a grimé son patron en façon Brooklyn/Kreuzberg/Tel-Aviv/11ème arrondissement de Paris : barbe fournie, casquette ironique, lunettes d'écailles et chemise à carreaux. Oui, le hipster.

Mais ce n'est ni pour faire la promotion d'un bagel bio, ni même pour celle d'un pop up store de Tel-Aviv. Non non. Si Bennett se maquille ainsi avec les codes vestimentaires hipster, c'est pour se mettre en scène. Car tout au long du film, on le voit platement s'excuser pour des accidents qu'il n'a pas commis.

En fait, quand "hipster Naftali" s'excuse après s'être fait renverser son café par la serveuse et n'y être absolument pour rien, c'est pour une bonne raison : "se moquer de l'attitude de la gauche israélienne qui s'excuse en permanence au sujet du conflit israélo-palestinien et de la politique israélienne en matière de politique étrangère" comme l'explique le site Ynetnews, cité par Big Browser.

Lorsqu'il ôte lunettes et casquette en fin de vidéo, il conclut "À partir de maintenant, arrêtons de nous excuser. Rejoignez le Foyer Juif". Selon Ynetnews, il fait une référence directe, quoique légère, aux assertions de la gauche israélienne qui accusaient les leaders d'extrême droite d'être trop arrogants face à la diplomatie des États-Unis. À sa manière populiste, le Foyer Juif répond que les valeurs de gauche (et donc des hipsters) sont celles de la faiblesse.

Symbole gauchiste en Israël

Afin de lui répondre, une femme politique de Meretz, les socialistes israéliens, s'est rapidement montrée en vidéo habillée en femme colon, le spectateur s'attendant à ce qu'elle moque elle aussi les travers des orthodoxes. Mais avant que cela n'arrive, elle coupe court et explique que "Meretz ne se moque pas de ses frères et sœursMeretz travaille pour tout le monde".

Concurrent du quotidien de gauche Haaretz, le Jerusalem Post est un journal d'Israël penchant explicitement à droite. Pourtant, dans un article appelé "La vision du futur de Naftali Bennett est clairement dérangeante", l'éditorialiste et ancien rédacteur en chef Jeff Barak alerte quant à la prise qu'un tel discours peut avoir sur la jeunesse du pays. Il rappelle que malgré son image qui a dépoussiéré l'extrême droite, le Foyer Juif reste un parti agressif à l'égard de ses voisins et réclame l'annexion de 60% du territoire de la Cisjordanie.

Bref, cette stratégie populo-jeuniste du leader d'un parti d'extrême droite jadis vieillot est désormais "exactement la raison pour laquelle Naftali Bennett est dangereux".

Le hipster est-il de gauche ?

Mais cette histoire de communication politique aura au moins l'intérêt de nous questionner sur cette question : le hipster est-il de gauche ? Est-il de droite ? Y'a-t-il un vote hipster ? Slate se posait déjà la question à l'issue de la présidentielle de 2012 et remontait un article de L'Express Styles qui concluait plutôt que le hipster, par opposition à son cousin le bobo, votait plutôt à droite. Il estimait qu’avec son "rapport au monde fait à la fois de conflit différenciant, de verticalité sociale et de crainte sécuritaire", le hipster est "de droite".

La gauche israélienne, selon l’extrême droite israélienne (Capture YouTube)

Cet article se reposait surtout sur les résultats obtenus pour Nicolas Sarkozy ou François Hollande lors des premier et second tours de l'élection de 2012 dans les hauts-lieux du hipsterisme mondial. Et de Brooklyn à Berlin, en passant par Londres et Montréal, Slate avoue qu'il est difficile de repérer une tendance claire.

D'une ville à l'autre, les suffrages se révèlent assez homogènes. Par exemple, Portland, "haut-lieu de la culture hipster", a voté à 52,63% pour Hollande quand Seattle, "mélange de style et de technologie", faisait massivement confiance à Sarkozy avec plus de 57% des voix pour le candidat de l'UMP.

Le hipster d'un autre

Mais avant de savoir pour quelle tendance il vote, la première question en est une autre : après tout, c'est quoi un hipster ? N'est-on pas tous, finalement, le hipster d'un autre ? Les débats interminables (ici, mais aussi bien que par ici) qui entourent la question depuis la (re)découverte du mot par les médias mainstream au début des années 2010 n'aident franchement pas.

Difficile de mettre dans une case une tribu au sujet de laquelle "aucune étude sociologique ou anthropologique n’a été menée à notre connaissance", comme le remarque Slate à juste titre.

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