Extrait de la couverture de la BD Kivu – (c) Le Lombard

Kivu, la BD qui nous plonge dans l’enfer occulté du Congo

Une "fiction documentaire" signée Jean Van Hamme et Christophe Simon.

Détail de la couverture de la BD Kivu - © Le Lombard

L’histoire commence dans un gratte-ciel, à Bruxelles. Encore loin de l’enfer. Le PDG d’une multinationale spécialisée dans l’exploitation de minerais, Metalurco, envoie un jeune employé, fringant et multidiplômé, dans la région de Kivu, en République Démocratique du Congo (RDC). Sa mission : dégoter un leader local qui saura superviser l’extraction de coltan.

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Le coltan. Déclencheur de tous les maux. Une terre rare de laquelle on extrait le tantale, métal ultra-stratégique utilisé dans la fabrication de matériel électronique, notamment celle des téléphones portables. Le tantale, déjà maudit par son étymologie référant au fameux supplice de la mythologie grecque.

Le coltan s’extrait des mines, nombreuses dans la région de Kivu. Mais cette région, frontalière avec le Rwanda, l’Ouganda et le Burundi, a connu, avant même la ruée vers les minerais, des guerres ethniques sanglantes. Cette superposition des luttes pour le contrôle du coltan n’a fait qu’envenimer la situation. Poussant aux exactions de la pire espèce. Et débouchant sur de l’esclavage moderne, pour arracher le métal à sa roche.

Page 8 de l’album Kivu

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La BD, scénarisée par l’illustre Jean Van Hamme – notamment connu pour XIII et Largo Winch – et mise en images par Christophe Simon, a décidé de traiter ce difficile sujet sous l’angle inédit (et controversé) de la "fiction documentaire".

On y croise donc des personnages imaginaires (quelques gentils attachants et beaucoup de méchants effrayants), des personnages réels (comme l’extraordinaire docteur Mukwege, gynécologue et chirurgien qui "répare les femmes" affreusement mutilées par les exactions, et à qui un film documentaire avait déjà été consacré), des paysages sublimes mais écorchés, des corps meurtris ou rescapés.

Page 42 de l’album Kivu

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Kivu est un album dur. On voudrait que l’engrenage cesse. Mais l’horreur décadente et les couleurs éclatantes nous scotchent, jusqu’au bout. L’esprit, ballotté entre réel et plausible, enregistre intérieurement les contradictions épaisses du progrès technologique. Et l’on se rappelle alors à quel point nos fascinants smartphones, abreuvés au tantale de Kivu, sont aussi des objets maudits.

(Kivu, éditée chez Le Lombard, sortira le 14 septembre. 72 pages, 14,99 €)

Par Pierre Schneidermann, publié le 07/09/2018

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