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Victime d'Internet, Playboy rhabille ses playmates

Publié le

par Théo Chapuis

Afin de pénétrer un autre marché et ne plus rester cantonné à celui de la pornographie, Playboy met un terme au nu intégral sur son site, mais aussi (et surtout) dans ses pages.

Sans doute un reportage en immersion dans les coulisses du sport

Fini les bunnies de Playboy ? Pas tout à fait, mais comptez sur un réel bouleversement au royaume du célèbre magazine de charme. Les modèles n'apparaîtront plus complètement nus, comme l'a annoncé son PDG Scott Flanders dans une interview au New York Times. Selon lui, l'auguste fondateur du magazine, Hugh Hefner (89 ans) s'est rangé à l'idée qu'à cause d'une nouvelle conception du sexe héritée d'Internet, les photographies de jolies femmes dénudées dans son magazine appartenaient désormais "au passé". C'en sera officiellement fini de ce symbole vénérable du porno à papa dès mars 2016. Voilà ce que déclarait Flanders au NYT :

Aujourd'hui, nous ne sommes qu'à un clic près de n'importe quel acte sexuel gratuit. À ce stade, [la nudité] c'est du passé.

Mais pourquoi ? Après 62 ans de débauche et de provocation, le célèbre lapin se serait-il acheté une conscience ? Pas vraiment. La direction du magazine pour adultes désire en fait prendre ses distances avec la niche "presse adulte" à laquelle elle appartient afin d'échapper aux limites que la nudité impose aux annonceurs et aux filtres Internet. La publication se fixe l'objectif d'atteindre un lectorat plus jeune et plus grand public. "Le moi de douze ans est très déçu, mais nous savons que c'est la bonne chose à faire", explique penaud Cory Jones, rédacteur en chef.

Vice en ligne de mire

Mais du haut de ses années, ce bon vieux Playboy n'a pas peur de faire peau neuve. Et pour le prouver, Flanders n'hésite pas à envoyer un taquet à son jeune concurrent Vice : "La différence entre Vice et nous, c'est que notre lecteur a un emploi". Bim.

Le Monde, qui a repris l'information, analyse que le magazine de charme pourrait lorgner sur un contenu plus aguicheur et plus branché, "à la manière d'un Lui en France", le magazine repris il y a quelques années par le romancier jet-setter Frédéric Beigbeder. Aussi, le magazine compte sur ses contenus éditoriaux soignés : Playboy a toujours proposé des formats journalistiques de qualité en parallèle de ses photos de nus.

D'après le Guardian, la publication US de Playboy est en déficit mais continue à être publiée car elle sert d'outil marketing autour de la marque Playboy (et de ses produits dérivés siglés de la silhouette du lapin). En fait, les licences étrangères se porteraient même mieux que la maison mère et le magazine a perdu 2,6 millions d'euros l'an dernier. Pour preuve, le cas de la Chine, où la marque réalise 40% de son chiffre d'affaires alors que la publication n'y est même pas distribuée. Les ventes totales sont passées de 5,6 millions d'exemplaires vendus en 1975 à 800 000 aujourd'hui, selon Allicance For Audited Media.

Et ça marche

Le magazine obtiendrait déjà des résultats encourageants sur sa nouvelle stratégie en ligne. Cet été, le site Internet publiait déjà ses dernières photos option full nudity et constatait un rajeunissement conséquent de son audience : de 47 ans, le lecteur moyen avait désormais 30 ans. La circulation sur le site bondissait également de 4 à 16 millions de visiteurs uniques par mois.

Qui eût un jour cru que c'est en rajoutant du tissu sur ses modèles que Playboy serait lu davantage ?

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