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Les plages perdues de l’Arctique sont encore plus polluées que celles des côtes européennes

Publié le

par Jeanne Pouget

(©Weblog.wur.eu)

Une nouvelle expédition scientifique révèle que certaines plages situées sur des îles isolées de la zone Arctique sont encore plus polluées par les déchets plastiques que les plages européennes.

Une expédition menée par des scientifiques néerlandais au mois de mai sur les îles Jan Mayen et Svalbard, à la frontière entre les océans Arctique et Atlantique, révèle que la région fait office de véritable décharge où les déchets se retrouvent entraînés par le courant du Gulf Stream. En effet, ce courant océanique qui prend sa source entre la Floride et les Bahamas se dilue dans l’océan Atlantique vers la longitude du Groenland. Par conséquent, les côtes des archipels de Svalbard et Jan Mayen, pourtant faiblement peuplées, sont plus polluées que nos plages européennes.

L’expédition menée par l’institut de recherche économique de Wageningen (Pays-Bas) a étudié six plages de la région de Svalbard où elle a enregistré une moyenne de 876 déchets par zone de 100 mètres. À Jan Mayen, une île encore plus isolée dans l’Atlantique Nord, ils ont répertorié 575 "morceaux" de pollution. Par comparaison, ils n’ont trouvé "que" 375 déchets sur les plages néerlandaises, pourtant plus proches géographiquement des sources mêmes de cette pollution.

Comment des lieux isolés deviennent nos décharges

Avec le jeu des courants océaniques, les déchets en plastique relâchés dans la mer près des côtes britanniques, par exemple, mettent jusqu’à deux ans à atteindre l’Arctique, note le Guardian, qui s’appuie sur une précédente étude. Le quotidien britannique rappelle qu’au moins un billion (soit mille milliards) de pièces de plastique ont gelé en Arctique au cours des dernières décennies. Ce qui en fait le récipient majeur de la pollution au plastique mondial, encore bien plus concentré en déchets que le septième continent de plastique qui dérive au large du Pacifique.

"Quand ces objets arrivent en Arctique, ils y restent […] C’est la raison pour laquelle la quantité d’ordures en Arctique s’accumule chaque année davantage. Par conséquent, la mer aux alentours de Svalbard finit par devenir le trou de canalisation du Gulf Stream", explique Wouter Jan Strietman, de l’équipe de recherche, au Guardian.

Une pollution qui, contrairement à celle qui sévit chez nous, n’est jamais nettoyée et envahit le paysage au fil des années. Une pollution qui est souvent fatale pour les animaux, qui confondent ces déchets avec de la nourriture et meurent étouffés ou intoxiqués. Ces déchets sont si endommagés qu’il est difficile pour les chercheurs d’en identifier clairement la source (et donc de lutter efficacement contre l’origine du problème) : 12 % des détritus ont été identifiés comme des filets de pêches et 8 % comme des bouchons de bouteilles en plastique, par exemple.

Une triste découverte qui ne fait que corroborer les résultats de précédentes recherches. Souvenez-vous, le mois dernier, c’est l’île d’Henderson, territoire britannique perdu en plein milieu de l’océan Pacifique, qui est devenue tristement célèbre pour abriter la plus grande densité de déchets en plastique du monde. Un lieu où aucun homme ou presque n’a jamais mis les pieds.

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