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Une photographe iranienne partage un prix avec les réfugiés irakiens et syriens

Publié le

par Anaïs Chatellier

La photographe Newsha Tavakolian, lauréate de la fondation Prince Claus, souhaite reverser une partie de son prix pour aider les réfugiés irakiens et syriens. 

Newsha Tavakolian.

Si la fondation néerlandaise Prince Claus a souhaité récompenser le travail de Newsha Tavakolian, jeune photographe de 34 ans née à Téhéran, c'est tout d'abord pour la féliciter "aussi bien pour ses audacieux reportages documentaires sur des événements politiques que ses portraits intimes et ses séries de photos sur des sujets tels que l’insécurité des jeunes de la classe moyenne, les combattantes kurdes ou l’impact des sanctions sur la vie des individus".

Une femme considérée comme une "source d'inspiration pour les jeunes photographes à travers le Moyen-Orient", selon le communiqué de presse de la fondation.

Une des premières femmes photojournalistes en Iran

Il faut dire que Newsha Tavakolian a démontré à travers ses photos son courage face à des situations dangereuses mais surtout sa capacité à capter l'humain. Photographe autodidacte, elle commence dès l'âge de 16 ans à travailler pour Zan, seul magazine pour femmes à l'époque. À 18 ans, elle devient la plus jeune photographe à couvrir les soulèvements étudiants en 1999, durement réprimés par le gouvernement de l'époque.

Un an plus tard, elle rejoint l’agence new-yorkaise Polaris Images et commence ainsi une carrière à l'international pour couvrir, entre autres, la guerre en Irak et en Syrie, tout en continuant à immortaliser des clichés de son pays. Son audace lui aura même valu à plusieurs reprise de se voir révoquer ses accréditations de presse par son pays.

Pour contourner l'interdiction d'exercer son métier de photojournaliste, elle commence à réaliser des portrait de sa génération chez elle dans une série photo intitulée "Look", dissimulant l'aspect documentaire de ses clichés par une volonté artistique.

Newsha Tavakolian's photo exhibition "Look" opens - Thursday 11 April 2013 at Thomas Erben Gallery – New York from Newsha Tavakolian on Vimeo.

En 2013, elle reçoit le prestigieux Prix Carmignac Gestion du photojournalisme et empoche 50 000 euros. Pourtant, lorsque le financier Edouard Carmignac commence à vouloir sélectionner lui-même les photos, changer les légendes et donner un titre plus tapageur à sa série sur les jeunes Iraniens, celle-ci n'hésite pas à lui tenir tête et à lui rendre ses sous, au nom de la "liberté artistique". Le mécène finira par accepter ses conditions histoire d'étouffer l'affaire.

Cette fois-ci, la lauréate de la fondation Prince Claus a décidé de reverser une partie de l'argent qu'elle a remporté aux réfugiés irakiens et syriens avec qui elle a travaillé pendant plusieurs années.

15 000 euros pour aider les réfugiés irakiens et syriens

Dans un post publié sur sa page Facebook repéré par France 24 et dédié à "à tous ceux qui risquent leur vie pour raconter les histoires de ceux que personne n’écoute", elle s'est d'abord empressée de remercier tout le monde pour ce prix avant d'annoncer ce qu'elle comptait faire des 100 000 euros qu'elle a reçus.

Je suis extrêmement honorée et bouleversée d'avoir été choisie comme lauréate du prix Prince Claus 2015. Je n'oublierai jamais ce jour. Malheureusement, c'est difficile de profiter de ce prix autant que je le voudrais lorsque je vois les régions où j'ai travaillé et vécu réduites en miettes, avec des dizaines de milliers de personnes qui cherchent refuge dans des pays lointains.

Sur les 100 000 euros, elle explique dans son post qu'elle souhaite verser 13 000 euros au prix iranien Sheed qui récompense de jeunes photographes, 10 000 à la fondation Mahak qui aide des enfants atteints du cancer et 7 000 euros à des associations de protection des animaux, avant d'ajouter :

Aujourd'hui, j'ai décidé de donner également 15 000 euros à une organisation qui vient en aide aux réfugiés syriens et irakiens. J'ai travaillé dans les deux pays et je souhaite vraiment rendre la pareille aux Irakiens et Syriens qui m'ont accueilli avec tellement de gentillesse malgré les circonstances difficile dans lesquelles ils vivaient.

Une initiative personnelle qui mérite d'être soulignée et qui pourrait inspirer bien d'autres.

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