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Philippe Poutou condamné pour "dégradations en réunion" lors d’une manifestation

Publié le

par Virginie Cresci

Pas d'"immunité ouvrière" pour l’ancien candidat à la présidentielle.

"Nous quand on est convoqué par la police, on n’a pas d’immunité ouvrière, désolé, on y va", avait lancé Philippe Poutou le 4 avril dernier, lors du grand débat réunissant tous les candidats à l’élection présidentielle. Le candidat du Nouveau parti anticapitaliste (NPA) envoyait une pique à Marine Le Pen et François Fillon, tous deux empêtrés dans les affaires mais qui disposaient alors de leur immunité parlementaire.

Force est de constater que Philippe Poutou a raison, puisqu’il a été condamné à 431 euros d’amende pour "dégradations en réunion", comme le révèle le site Rue89 Bordeaux. Ouvrier-mécanicien chez Ford Blanquefort, Philippe Poutou a reçu sa condamnation le 1er juin, avec trois de ses collègues, qui eux ont reçu une amende de 231 euros. La raison ? Ils ont jeté des confettis, collé des autocollants et sont montés sur une voiture aux Salon de l’automobile de 2012 et 2014 pour montrer leur mécontentement.

"Ça n’a rien d’anecdotique"

Syndiqué à la CFTC, Philippe Poutou manifestait avec trois collègues CGT contre la suppression d’emplois dans leur usine. À la suite des événements, Ford avait porté plainte contre eux. En plus de l’amende, les quatre hommes ont désormais un casier judiciaire. "Ça n’a rien d’anecdotique", explique Philippe Poutou à Rue 89 Bordeaux. "En plus, par rapport aux autres collègues, j’ai pris 200 euros de plus sans justification supplémentaire. Ils m’ont sans doute pris pour le meneur." Ou pour un ancien candidat à la présidentielle qui dérange ? Les trois collègues feront appel, lui non.

Sur le site du NPA, Philippe Poutou explique avoir reçu sa peine par courrier recommandé. "C’est un juge à Paris qui a décidé cette sentence à partir des rapports de police, sans même organiser un procès, sans même inviter les syndicalistes à se défendre contre les accusations. C’est donc comme ça que ça se passe…", somme-t-il. Le syndicaliste rappelle que 910 emplois sont toujours menacés dans l’usine Ford du bassin girondin d’ici à la fin 2018.

"Comme dans beaucoup d’endroits, l’ambiance dans l’usine est à la résignation", explique Philippe Poutou. "Mais pour une minorité de salariés, il s’agit de ne pas lâcher, de résister et d’essayer d’entraîner les collègues pour réamorcer la bataille pour la sauvegarde des emplois. Même avec les intimidations patronales et les condamnations pénales, on s’accroche et on y croit encore."

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