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Pepe the Frog, la grenouille foncedée devenue symbole de l’alt-right, "tuée" par son créateur

Publié le

par Thibault Prévost

Excédé de voir sa création reprise par l’extrême droite américaine, le dessinateur Matt Furie a décidé de tuer symboliquement sa grenouille Pepe.

C’est terminé, Pepe ne méprisera plus personne de son sourire narquois. La grenouille vaguement cynique créée par le dessinateur Matt Furie il y a plus d’une décennie, devenue poster boy des légions trumpistes américaines à la faveur de ces coïncidences dont Internet a le secret, est morte, symboliquement tuée par son propre géniteur. Le week-end des 6 et 7 mai, Matt Furie a mis en ligne un sobre dessin représentant le batracien seul, dans un cercueil, son portrait le plus iconique placé à ses côtés. Une manière cathartique d’exprimer sa frustration et son dégoût vis-à-vis de la seconde vie de son personnage, devenu allégorie du racisme et de la xénophobie.

Pour Matt Furie, cette mort symbolique est avant tout l’expression d’un abandon, l’acceptation de la perte définitive du contrôle de sa création au profit des trolls, née sur MySpace en 2005 comme un dessin pour faire marrer les gosses et diffusée sur Internet via le mème "feels good, man" montrant l’animal en train de pisser pépère, le pantalon aux chevilles. À l’initiative des groupes extrémistes réunis en ligne dans les alcôves de 4chan, la grenouille avait été alors copieusement défigurée, affublée de symboles nazis, de la coupe de cheveux de Trump et même, plus récemment, de celle de Marine Le Pen. Une profanation qui avait valu à Pepe d’être intégrée à la liste noire des symboles de haine de l’Anti-Defamation League, et à son créateur de se mobiliser pour tenter de la récupérer des mains de l’extrême droite.

En novembre 2016, quelques jours avant la victoire finale de Trump, Matt Furie avait ainsi lancé une initiative pour "sauver Pepe", encourageant les internautes à inonder Twitter des dessins traditionnels et sympas de la grenouille, via le hashtag #SavePepe. Peine perdue, les légions de l’alt-right étant particulièrement actives et coordonnées sur les réseaux sociaux. En faisant symboliquement mourir son personnage, Matt Furie prend donc acte de cette défaite. Celui qui décrit comme "un cauchemar" le fait de voir sa création lui échapper, alors que Pepe avait "commencé sa vie comme une grenouille heureuse et défoncée" censée faire rire ses potes, doit aujourd’hui avoir le cœur lourd – et comprendre, mieux que quiconque, ce que signifie vraiment la puissance des communautés en ligne. Adieu, Pepe, martyr des Internets : nous n’oublierons pas ton sacrifice.

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