A male farmer is working in irrigated field in Xiangyang, Hubei province, China on 14th April 2015. (Photo by Jie Zhao/Corbis via Getty Images)

Un paysan chinois se forme seul au droit et attaque le plus grand groupe chimique du pays

Il a arrêté l’école à 10 ans et passé sa vie à labourer des champs. Mais depuis 2001, Wang Enlin, 64 ans, se forme au droit en autodidacte afin de traîner en justice une filiale de ChemChina, l’un des plus grands groupes chimiques du pays, qu’il accuse de polluer ses terres.

(Photo by Jie Zhao/Corbis via Getty Images)

C’est une histoire peu banale et qui donne une lueur d’espoir pour la planète que nous rapporte BFMTV. Une sorte de fable sur la capacité de résilience des hommes face à l’adversité mais aussi sur la triste impunité des multinationales polluantes qui ne respectent pas les lois.

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Wang Enlin a arrêté l’école à l’âge de 10 ans alors que la grande famine (1958-1961) décime 36 millions de Chinois dans l’indifférence du régime communiste et où la priorité était de survivre plutôt que de s’instruire. Mais des décennies plus tard, cela ne l’a pas empêché d’apprendre le droit en autodidacte pour attaquer en justice la société Qihua, une filiale de ChemChina, le plus grand groupe chimique de Chine, qu’il accuse d’avoir gravement contaminé ses terres.

Un combat à la David contre Goliath entamé il y a seize ans, en 2001, avec d’autres habitants de son village de Yushutun, dans la province du Heilongjiang (au nord-est). À cette époque, le paysan ne connaît rien au droit et se lance dans la bataille en potassant un ouvrage de droit de l’environnement trouvé dans une librairie.

"Mais il lui a fallu plusieurs années pour en comprendre le moindre texte, en déchiffrant tout terme non familier grâce à un vieux dictionnaire écorné. Le visage grave et émacié, il passe désormais l’essentiel de son temps dans sa chambre aux murs moisis, transformée en salle de classe : tous les jours, il y réunit les anciens du village pour des petits cours de droit", explique BFM TV.

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"Derrière chaque affaire de pollution se cache une affaire de corruption"

Selon ce collectif de paysans de Yushutun, les eaux usées d’une usine aux alentours de Qihua, spécialisée dans le retraitement de pétrole, se sont infiltrées dans leurs terres agricoles environnantes, les rendant impropres à l’exploitation.

Des soupçons confirmés des années plus tard, en 2013, par une association écologiste pékinoise qui détecte dans les sols des niveaux de mercure "incompatibles avec l’agriculture". Le dossier monté des années durant par Wang Elin et ses confrères sera finalement accepté par la justice en 2015. Justice qui ordonne en février 2017 à l’entreprise de dépolluer la zone et d’indemniser 55 familles à hauteur de 820 000 yuans (106 000 euros).

Un jugement qui sera finalement cassé en appel… Aujourd’hui, l’agriculteur persévère et prépare seul sa contre-attaque en justice. Non sans des visites de la police, qui le dissuaderaient de rendre publique l’affaire. "En Chine, derrière chaque affaire de pollution se cache une affaire de corruption", déplore Wang Elin.

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Mais pour Wang Baoqin, une villageoise engagée auprès de lui, le problème n’est plus seulement d’obtenir réparation mais de montrer la voie et de tenir tête aux multinationales : "Nous n’obtiendrons peut-être même jamais justice de notre vivant […] Nous faisons cela pour les générations futures."

Par Jeanne Pouget, publié le 22/11/2017

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