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À Paris, des VTC 100 % féminines pour voyager en toute sécurité

Publié le

par Mélissa Perraudeau

© Warner Bros. Television

Créée il y a trois ans, la start-up Women drive propose aux femmes des voitures conduites par des femmes pour "un service de confiance, de sécurité, de respect et de liberté d’être".

© Warner Bros. Television

En 2015, plusieurs femmes avaient dénoncé le harcèlement sexuel qu’elles avaient subi après avoir pris un Uber. Les chauffeurs étaient en possession de leurs numéros de téléphone, et parfois de leur adresse, et en profitaient pour les recontacter après la course. Comme Le Figaro le rapporte, aux États-Unis, l’entreprise de VTC a reçu 170 plaintes pour agressions sexuelles et cinq plaintes pour viol entre 2012 et 2015. En France, au moins un chauffeur a été licencié après avoir été accusé de viol par une cliente. Depuis, l’entreprise affiche sa volonté de ne pas accepter ces comportements et de ne pas garder les chauffeurs en question, et elle a récemment décidé de mettre en place une messagerie instantanée pour ne plus transmettre les numéros des client-es aux chauffeurs.

Uber reste pourtant entachée de plusieurs scandales, après les accusations de sexisme et de harcèlement sexuel faites par une ancienne employée en février dernier, à la suite desquelles le fondateur et PDG de l’entreprise, Travis Kalanick, a finalement démissionné en juin. Il faut dire que le service de VTC demeure dominé par les hommes : Le Figaro rapporte ainsi qu’en 2015, 86 % des chauffeurs Uber américains étaient des hommes selon une enquête réalisée par le cabinet Benenson Strategy Group. Le problème est donc double : on est loin de l’égalité salariale concernant les conducteurs des véhicules, et l’insécurité ressentie par beaucoup de clientes les dissuade de recourir au service.

Un service garanti "sans regards indiscrets, questions délicates ou propositions ambiguës"

Ce constat, la Française Sarra Boubchir l’a fait après un trajet difficile. "Le chauffeur était vraiment pesant. Et comme nous refusions de répondre à ses avances, il nous a débarquées sur le bord de la route", a-t-elle raconté au Figaro. Elle avait déjà entendu parler du harcèlement sexuel vécu par d’autres clientes de services de VTC, mais cette expérience a été pour elle un déclic. Sarra Boubchir, qui travaillait auparavant dans le secteur du luxe, a décidé d’offrir un service de VTC "sûr" aux femmes, tout en rétablissant un équilibre salarial pour les chauffeuses. La première ? Elle-même. Sarra Boubchir a expliqué au Parisien qu’elle avait l’habitude de beaucoup conduire : "Quand j’accompagnais ma mère à l’hôpital, j’emmenais aussi souvent ses amies ici ou là. Tout le monde disait que je conduisais bien, que c’était agréable et sécurisant de voyager avec moi." Elle se définit désormais comme "chauffeur professionnel" pour la start-up qu’elle a fondée il y a trois ans.

Sarra Boubchir a appelé son entreprise Women drive ("les femmes conduisent"). Celle-ci garantit "un service de confiance, de sécurité, de respect et de liberté d’être". Le service est présenté comme la "première société de transport où des femmes conduisent d’autres femmes à destination de particuliers et de sociétés […] sans regards indiscrets, questions délicates ou propositions ambiguës". Quatre autres chauffeuses ont d’ailleurs rejoint Sarra Boubchir, désireuse de promouvoir "l’excellence au féminin" et donc de montrer à la fois "que le transport de personnes n’est pas un métier réservé aux hommes, et que les femmes ont le droit d’être transportées en toute sérénité", comme elle l’a exposé au Figaro.

Une façon de "faire bouger les choses" et de contrer les rapports de force

Les hommes sont les bienvenus, mais ce sont avant tout les femmes qui sont ciblées : forte de ses précédentes expériences professionnelles, Sarra Boubchir leur propose des services supplémentaires, du service de conciergerie au conseil en image. Et si cet accent sur l’esthétique et le marketing rose du service ne sont pas sans évoquer les stéréotypes sexistes traditionnellement associés aux femmes, Women drive est, selon sa fondatrice, apprécié et utilisé par de nombreuses clientes. Avec en moyenne "5 ou 6 clientes par jour", la start-up fonctionne bien, notamment grâce au bouche-à-oreille. Et si le service est pour le moment limité à Paris, Sarra Boubchir espère à terme le développer à l’échelle nationale – une façon, aussi, d’encourager plus de femmes à exercer le métier de chauffeuse. Pour elle,

"Le transport de personnes est encore trop un métier d’hommes, il faut faire bouger les choses et je crois que les femmes apportent une valeur ajoutée à ce métier."

Un avis partagé notamment aux États-Unis, où les services See Jane Go, disponible dans le comté d’Orange et à Long Beach en Californie, et Safr, à Boston, espèrent également "améliorer la vie des femmes partout grâce à des transports sûrs, des créations d’emplois et une sécurité financière", rapporte le New York Times.

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