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Photos de l’attentat de Nice : le parquet demande le retrait du dernier numéro de Paris Match

Publié le

par Astrid Van Laer

À 24 heures des commémorations en hommage aux victimes de l’attentat survenu à Nice le 14 juillet dernier, Paris Match a décidé de diffuser des captures d’écran de la vidéosurveillance de la ville, au nom du "droit à l’information". Le parquet de Paris a demandé le retrait immédiat du numéro.

Jeudi 13 juillet, le magazine Paris Match a publié un numéro dans lequel il revient sur l’attentat perpétré à Nice le 14 juillet 2016, au cours duquel 458 personnes avaient été blessées et 86 avaient perdu la vie. Le journal s’est procuré des documents de l’enquête et a fait le choix de publier des captures d’écran de bandes de vidéosurveillance de la ville donnant à voir de nombreuses images qui n’avaient pas été rendues publiques jusqu’ici.

Un choix éditorial qui a immédiatement été dénoncé par Éric Morain, l’avocat de la Fédération nationale des victimes d’attentats et d’accidents collectifs (FENVAC), qui a dénoncé dans un communiqué des clichés "portant atteinte à la dignité des victimes et de leurs proches" et a demandé au parquet de Paris "de faire cesser ce trouble manifestement illicite", ajoutant :

"Publiées uniquement pour faire du sensationnel à la veille de la commémoration de cet attentat sans précédent, ces images n’apportent aucune information nécessaire au public et sont uniquement destinées à créer une atmosphère morbide et voyeuriste qui n’a rien à voir avec la liberté d’information."

Le maire de Nice, Christian Estrosi, a également immédiatement publié un message pour condamner des images qu’il qualifie d'"abjectes" :

"Ces images sont insoutenables et abjectes. Je pense avec émotion aux familles endeuillées et aux blessés. J’écris immédiatement au ministre de la Justice afin qu’il se saisisse de cette nouvelle parution qui ne manquera pas de raviver la douleur des familles, ce que je regrette profondément."

Le parquet ouvre une enquête

Forcé de réagir face à une polémique enflant d’heure en heure, Olivier Royant, directeur de la rédaction de Paris Match, a publié un message sur le site de l’hebdomadaire. Arguant de "la liberté d’informer, qui est un fondement de notre démocratie" et "le droit des citoyens, au premier chef le droit des victimes, de savoir ce qui s’est passé exactement", ce dernier explique que le magazine entend "défendre bec et ongles" ce droit. Il ajoute :

"Quant aux photos du camion cette nuit-là, largement publiées et relayées par nos confrères depuis un an, et encore ces jours-ci dans des émissions de télévision à grande audience, il s’agit de vues de loin, de plans larges, sans identification possible des victimes ni atteinte à leur dignité. Elles sont publiées dans un souci de compréhension des événements."

L’avocate du magazine, maître Marie-Christine de Percin, qualifie quant à elle ce numéro d'"hommage aux victimes et aux rescapés". Ce positionnement n’a pas convaincu le parquet de Paris, qui a demandé le retrait immédiat du magazine ainsi que "l’interdiction de diffusion sous tous formats, notamment numérique". Le référé, une procédure d’urgence demandée par le procureur de la République de Paris François Molins, doit être examiné aujourd’hui 14 heures. Le parquet de Paris a également fait savoir qu’il ouvrait une enquête pour "violation du secret de l’instruction et recel".

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