À Paris, une étudiante de 17 ans exclue de son lycée parce que handicapée

Ses camarades ont décidé de la soutenir en se mettant en grève. 

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Nous sommes en 2016 et seulement 12 lycées sur 470 sont accessibles aux handicapés dans la région Île-de-France. Nous sommes en 2016 et une lycéenne de 17 ans, Amélie, en prépa khâgne au lycée Molière (un établissement scolaire public, pour rappel,) à Paris, et atteinte de la maladie de Lyme (une maladie qui peut conduire à un handicap physique), n'a pas pu entrer en cours. Elle a été refusée par l'établissement.

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En cause ? Dans un premier temps, l'impossibilité d'accéder à la classe, située au deuxième étage. La seule manière de l'atteindre est de prendre... un escalier. Dans un second temps, la réaction de la direction de l'établissement, qui a refusé d'ouvrir une salle au rez-de-chaussée, une demande invoquée par les professeurs comme les élèves de la prépa.

Et ce n'est pas la réaction de la proviseure qui a calmé les choses : selon France info, elle aurait proposé à Amélie d'être scolarisée dans un autre établissement, adapté à son handicap, après avoir déploré que son école ne puisse la prendre en charge.

Sur Facebook, une camarade d'Amélie raconte l'affaire :

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"On ne change pas comme ça un élève d'établissement"

Au micro de RMC, Amélie a ainsi réagi à la proposition de la proviseure :

"Simplement parce que je représente une situation de handicap et que la direction ne cherche pas une solution. On ne change pas comme ça un élève d'établissement, surtout quand il est malade, au contraire on devrait plutôt l'aider.

Nos parents et l'école nous ont appris que ce n'est pas parce que quelqu'un a une différence qu'il faut le traiter différemment. Je n'ai subi aucune discrimination de la part des élèves, mais de ceux qui représentent l'État."

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En réaction, les camarades d'Amélie ont décidé de se faire entendre. Pour la soutenir, ils ont refusé, tous ensemble, d'aller en cours depuis lundi et ont manifesté leur colère devant leur établissement.

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Rapidement, un hashtag est apparu sur Twitter, #JusticePourAmelie, avec des images de lycéens qui ont ont relaté leurs actions au cours de la journée. En 24 heures, de nombreux médias nationaux ont relayé l'information : BFMTV, Libération ou encore France Info.

La médiatisation aidant, la direction du lycée a changé de ton, à travers un communiqué du cabinet du recteur : "Une solution va être trouvée rapidement, on va s’arranger." En parallèle, une pétition a été lancée par l'Association des paralysés de France (APF) et a recueilli plus de 500 soutiens en quelques heures sur Change.org. L'association dénonce "une situation caricaturale, un summum de la bêtise humaine".

Un problème français

Derrière cette situation particulière, un enjeu de société, comme l'explique Libération :

"Sur les 470 lycées de la région Île-de-France, 12 seulement sont accessibles aux élèves atteints d’un handicap physique. Lors de la rentrée scolaire, la région promettait des travaux de mise aux normes dans 27 autres lycées en 2016, et que des études préalables seraient engagées pour 44 autres..."

Qu'en est-il au niveau national pour les 63 600 écoles, collèges et lycées ? L'Éducation nationale n'a pas de chiffres à donner. La loi du 11 février 2005 avait pourtant pour objectif de mettre à mal ces inégalités. Les administrations, commerces, écoles et transports en commun devaient, dans un délai de 10 ans, être accessibles aux personnes en situation de handicap.

Alors que l'échéance approche, il s'avère que 60 % des lieux publics ne le sont toujours pas. Pour remédier à cette situation, des ordonnances ont même été prises afin de rallonger le délai à... 2024.

Par Louis Lepron, publié le 12/10/2016

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