Au Pakistan, les femmes pourraient être battues "légèrement" et légalement par leur mari

Suivant une proposition de loi du Conseil de l'idéologie islamique, les hommes pourraient bientôt avoir le droit de battre "légèrement" leur épouse, entre autres si elle refuse de les satisfaire sexuellement. 

La lutte pour le droits des femmes de la jeune militante pakistanaise Malala Yousafzai lui a valu un prix Nobel l'an dernier. (© DFID - UK/ CC/ Flickr)

La lutte pour les droits des femmes de la jeune militante pakistanaise Malala Yousafzai lui a valu le prix Nobel de la paix en 2014. (© DFID - UK/ CC/ Flickr)

Le combat pour les droits des femmes, bafoués aux quatre coins du monde, est plus que jamais d'actualité. Aujourd'hui, c'est au Pakistan que les femmes se voient, encore une fois, menacées de violence. Le Conseil de l'idéologie islamique, consulté par le Parlement sur les sujets en rapport avec la religion, a publié une proposition de loi, le 27 mai dernier, qui accorderait aux hommes, le droit de "battre légèrement" leur femme, dans plusieurs situations, expliquent l'AFP et BFMTV. Le texte s'articule ainsi :

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"Un homme devrait être autorisé à battre légèrement sa femme si elle refuse ses ordres et refuse de s’habiller tel qu’il le souhaite, décline des demandes de relations sexuelles sans justification religieuse, ou ne prend pas de bain après un rapport sexuel ou lorsqu’elle a ses règles."

Une telle loi viendrait bafouer les libertés et les droits des femmes, et constituerait une atteinte à leur sécurité physique et psychologique. Cette proposition sonne comme un coup d'arrêt pour toutes ces femmes qui espèrent voir leur vie changer, depuis que Malala Yousafzai, jeune militante luttant pour les droits des femmes, a reçu le prix Nobel de la paix, à l'âge de 17 ans, en 2014.

Ainsi, les responsables religieux du Pakistan veulent réduire les femmes, soumises à l'autorité de leur époux et privées de la liberté de disposer de leur corps, au statut d'objet sexuel. Si ce projet devenait une loi, le viol et les violences conjugales deviendraient des actes purement et simplement légaux.

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Frappe-moi tendre, frappe-moi vrai

La mention "battre légèrement", doux euphémisme qui sonne comme un sarcasme, fait rire jaune. Le photographe Fahhad Rajper, basé à Karachi, la plus grande ville du Pakistan, s'est saisi de ce texte pour réaliser une série de clichés intitulée #TryBeatingMeLightly ("essaie de ma battre légèrement" en français) que BuzzFeed a relayée, hier. Il a photographié des femmes fortes, prêtes à répondre aux coups si un homme osait "légèrement" lever la main sur elle :

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"Essaie de légèrement me battre et je te roulerais dessus en voiture avec mes sept ans d'expérience au volant."

Le site Dawn s'est aussi insurgé contre cette proposition de loi dans un article qui liste toutes les choses que l'on ferait mieux de frapper légèrement, rapporte 20 Minutes : un pot de ketchup par exemple, un tapis sale ou encore des œufs pour faire une omelette.

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Sur Twitter aussi, les internautes ont tourné en dérision cette idée du Conseil de l'idéologie islamique, toujours via le hashtag #TryBeatingMeLightly :

"Essaie de me battre légèrement aux échecs." 

"Essaie de me battre légèrement, cela ressemble à une invitation à la fessée..." 

"Essaie de me battre légèrement des œufs, une pincée de sel et de poivre, un piment rouge, et fais cuire le tout. Les vrais hommes battent des œufs, pas des femmes."

"Ce projet de loi est toujours en élaboration", a déclaré le mollah Muhammad Khan Sherani, président du Conseil de l'idéologie islamique. L'organisme religieux a été qualifié de "fanatique" par la Commission pakistanaise des droits de l’homme. Cette institution, indépendante du gouvernement du pays, a fortement condamné le texte, l'estimant "ridicule". Elle finalement déclaré, selon l'AFP :  

"Il est difficile de comprendre comment une personne saine d’esprit pourrait croire qu’il faut plus d’encouragements et de justifications aux violences faites aux femmes au Pakistan."

Par Juliette Geenens, publié le 31/05/2016

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