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Pourquoi le signe "V" a envahi les photos des Asiatiques

On ne compte plus les scènes de touristes japonais ou coréens s'affichant devant un célèbre monument, et arborant fièrement le signe de la victoire en guise de pose. Mais d'où provient cet engouement général, qui paraît aujourd'hui intrinsèque à la culture asiatique ? Petit retour dans le temps.

Une Sud-Coréenne arborant le signe du V © Time

Une Sud-Coréenne arborant le signe du V © Time

Si l'ensemble des habitants du Nord-Est asiatique ont une histoire et une culture communes sur bien des points, il est un signe qui les rallie et les représente particulièrement bien : le V de la victoire, promu du bout des doigts. En effet, on ne compte plus les scènes de touristes japonais, taïwanais ou coréens posant devant un célèbre monument, index et majeur levés, capturés par un appareil photo muni d'un objectif à rallonge.

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Si, en Europe, ce signe puise ses racines dans la Seconde Guerre mondiale – où il était alors interprété comme un geste anti-nazi – comment le V a-t-il fini par envahir l'Asie de l'Est ? C'est la question à laquelle répond aujourd'hui le magazine Time. Alors, où commence l'histoire d'un tel succès ? La réponse se cache dans ces trois éléments : une patineuse artistique, une pub pour Konica et la culture kawaï.

Les JO, genèse d'un engouement général

Si le signe du V semble être intrinsèque à l'histoire des pays de l'Asie du Nord-Est, particulièrement celle du Japon, son règne a débuté il  y a quelques décennies seulement, vers la fin des années 60.

En 1964, comme le rappelle Slate, l'équipe féminine de volley japonaise monte sur la première marche du podium lors des Jeux Olympiques d'été, qui se déroulent alors à Tokyo. Grâce à cette victoire à domicile, le sport suscite un véritable engouement chez les Japonais(e)s, et plusieurs objets de divertissement lui sont entièrement dédiés. Parmi eux, des mangas bien sûr, mais surtout la série télévisée Sain wa V! (Le V est notre signe), qui rencontrera un vif succès sur l'archipel, et qui commencera à intégrer le signe V dans la conscience collective.

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Le  phénomène du V gagne un peu plus de terrain lors des Jeux Olympiques d'hiver de 1972, qui se déroulent cette fois à Sapporo, toujours au Japon. Pour ces jeux, la favorite en patinage artistique se prénomme Janet Lynn. Elle a 18 ans, elle est américaine, elle s'habille parfois comme une écolière japonaise et surtout, elle enchaîne les signes de la victoire devant l'objectif. De quoi conquérir le cœur des Japonais.

Malheureusement, une chute lors de son passage la prive de son rêve olympique. Récompensée d'une médaille de bronze, la sportive continue malgré tout de garder le sourire et de brandir son signe de la victoire, ce qui enflammera un peu plus la passion nipponne. Pour Time, elle se souvient :

Les jours suivants je ne pouvais plus aller nulle part sans être suivie par une foule. J'avais l'impression d'être une rock star, les gens me donnaient des choses, essayaient de me serrer la main.

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Un testament de la puissance médiatique nipponne ?

Mais c'est un homme qui finira par installer le signe de la victoire dans le cœur des Japonais. Son petit nom ? Jun Inoue, comédien et surtout chanteur du groupe pop japonais The Spiders. En apparaissant dans une publicité pour un appareil photo Konica, dans laquelle il répète le signe V, il finit d'ancrer la pratique.

Jason Karlkin, expert de la culture médiatique japonaise et professeur associé à l'Université de Tokyo, confie au Time :

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Au Japon, j'ai vu la théorie Inoue Jun avancée de nombreuses fois pour expliquer les origines du signe du V. Je crois que cette pratique est un testament de la puissance des médias, plus particulièrement de la télévision, qui a su propager de nouveaux goûts et de nouvelles pratiques dans le Japon de l'après-guerre.

Après cette publicité, le signe est adopté par la culture kawaii (mignon, en japonais) qui se développe rapidement dans les pays voisins. Très vite, toutes les jeunes femmes de l'Asie du Nord-Est opèrent machinalement le geste. Si le spécialiste Jason Karlkin affirme, comme dit plus haut, que le signe du V est une démonstration de la puissance médiatique du Japon, il s'accorde également sur ce point :

Le signe V est et a toujours été considéré comme une bonne technique pour les filles de rendre leur visage plus petit et plus mignon.

Victoire.

Par Naomi Clément, publié le 07/08/2014