Crédit : Loïc Vendrame Photography

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Les orangs-outans menacés par des incendies criminels en Indonésie

C’est un animal quasi mythique avec lequel nous partageons près de 97% de notre ADN. Mais cette espèce endémique des îles de Bornéo et de Sumatra situées en Malaisie et en Indonésie est en train de disparaître dans les flammes de la déforestation illégale.

Le 20 octobre dernier, une photographie est devenue virale en Indonésie. Tweetée par le responsable d’une organisation gouvernementale indonésienne pour l’environnement, elle montre une pousse de palmier à huile fraîchement plantée dans les cendres encore fumantes d’un terrain ravagé par les flammes.

Le texte qui l’accompagne explique que la scène a été photographiée aux alentours du sanctuaire protégé de Nyaru Menteng. Situé dans l’État indonésien du Kalimantan sur l’île de Bornéo, c’est l’un des rares sanctuaires où subsiste encore la faible population mondiale d’orangs-outans.

Une victime emblématique de la déforestation

Cette photographie illustre la pratique agraire d’incendies volontaires appelée technique du "brulis". Un système qui consiste à défricher les champs par le feu, ce qui a l’avantage d’apporter de la fertilité rapidement au moindre coût, au détriment des écosystèmes et des sols.

De façon illégale, ces plantations pullulent, et grignotent d’une part la forêt où évoluent les orangs-outans et de l’autre, les parcs nationaux où ils sont protégés. Le tout, au mépris des lois pourtant en vigueur dans le pays. Par conséquent, 80% de l'habitat de l’espèce ont été déboisés ces 20 dernières années en Indonésie et en Malaisie.

En cause : l’expansion rapide des plantations de palmiers à huile, la conservation de la forêt pour l’agriculture et le déboisement illégal effréné pratiqué par les compagnies de papier.

L’espèce, déjà en voie d’extinction, est classée sur la liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), dans la catégorie "en danger critique". En un siècle, 90% de la population de ces Hominidés a disparu. À ce rythme, l’espèce pourrait s’éteindre complètement d’ici 10 ou 20 ans.

Déforestation de la forêt indonesienne

Déforestation de la forêt indonesienne

Corruption, huile de palme et hypocrisie

En dépit des lois et des études alarmantes sur les orangs-outans, la situation peine à évoluer dans le bon sens. Et pour cause : la corruption gangrène des États indonésiens et malaisiens de l’île de Bornéo et l’argent tiré des bénéfices du commerce de l’huile de palme et du papier achète le silence.

En Malaisie, de façon opaque, les terres ancestrales des paysans locaux sont spoliées en haut lieu et revendues à de grands exploitants qui partagent ensuite leurs bénéfices avec de petits dirigeants locaux. Ainsi, l’habitat des orangs-outans est petit à petit grignoté en toute impunité, quand ce ne sont pas des réserves protégées qui sont directement concernées.

Dans le cas de l’Indonésie, le gouvernement mène une politique contradictoire entre dénonciation timide de la déforestation et subventions massives des entreprises investissant dans l’huile de palme.

Une politique du silence qui s’exporte jusque sous nos latitudes. Au pavillon malaisien de l’Exposition Universelle de Milan 2015 ayant pour thème "Nourrir la planète", le monde était convié à chanter les louanges de l’huile de palme comme l’exemple d’une "agriculture soutenable et de qualité [pouvant] combattre la pauvreté, attirer des investissements privés [et] répondre aux débats écologiques sur la production alimentaire".

Ainsi, les récents évènements à Bornéo démontrent que même les espèces qui semblent protégées ne peuvent pas être considérées comme en sécurité. Des efforts urgents doivent donc être déployés. C’est pourquoi Greenpeace a lancé la pétition "Stop the Fires, Protect Forests" pour alerter sur ce phénomène massif. D’autre part, une liste des marques dont le commerce entrave la protection de la forêt a été dressée : Starbucks, Nestlé, Kellogg’s et Heinz y sont par exemple cités.

Enfin, le 29 novembre prochain, à la veille de l’ouverture de la COP21, les citoyens du monde entier sont invités à se regrouper dans toutes les villes du monde lors de la marche pour le climat, afin de prendre part à cette prise de conscience générale sur la protection de l’environnement.

Par Jeanne Pouget, publié le 06/11/2015

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