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Opération Climat, le documentaire interactif et participatif d'Arte

Publié le

par Arthur Cios

Du 30 novembre au 10 décembre prochain se tiendra la COP21, le grand sommet sur le climat. À l'occasion, Arte lance son Opération Climat, un documentaire interactif entièrement constitué de vos vidéos. Explications.

Extrait d'une vidéo reçue par Arte dans le cadre d'Opération Climat, Angelo en France (Crédits image : capture d'écran YouTube)

À la fin de l'automne prochain, les représentants d'une grande partie des nations se retrouveront à Paris, pour parler écologie et se mettre d'accord sur les moyens à mettre en place contre le réchauffement climatique. Un évènement tout aussi important que nécessaire.

À cette occasion, et afin de sensibiliser le plus de personnes possible, Arte lance son Opération Climat, c'est-à-dire un documentaire interactif. Pour faire simple, vous filmez votre coin de nature préféré, potentiellement menacé par le réchauffement climatique, et vous l'envoyez à la chaîne, qui fera un montage final de l'ensemble des projets, diffusé en septembre. On a demandé à la chef de cette initiative, Blandine Grosjean, de nous en dire un peu plus.

Konbini | Pouvez-vous nous expliquer d'où vous est venue l'idée de ce projet ?

Blandine Grosjean | L’Opération Climat, ça vient d’une expérience en tant que citoyenne plutôt intéressée par ces questions, et en tant que journaliste. Je constate juste que depuis des années, tout ce qu'on dit, tout ce qu'on fait, ne sert absolument à rien. On a des informations scientifiques imparables, des raisonnements politiques où l'on sait que ce qu'on fait n'est pas bien mais rien ne se passe de concret. On n'a beau dire, on n'a beau faire, il y a un vrai sentiment d'impuissance personnelle. Tu veux faire des choses et tu n'y arrives pas.

Du coup, sachant qu'il y avait la Cop21, je me posais la question : est-ce qu'on fait la même chose que d'habitude, avec les petits oursons qui disparaissent et toute la pollution en Chine, ou est-ce qu'on prend un autre chemin pour toucher les gens comme toi et moi ? Comment les attraper ? Voilà comment on a pensé à ce concept.

K | Pouvez-vous nous expliquer votre vision du projet ?

En fait, c'est dire déjà pose-toi 5 minutes et demande-toi quel est l'endroit qui est important pour toi, en dehors de tes fêtes, de ton boulot, de ton amoureux. À un moment donné, tu te dis que t'as besoin de te retrouver, d'être seul, et c'est normal. C'est quoi cet endroit ? Moi, j'en ai un en tête, personnellement. Mais voilà, si ça venait à disparaître, s'il y avait 6 degrés de plus, qu'est-ce que ça deviendrait ? Parfois ça fait peur, pour certains tu perds ta maison, ton environnement, tes arbres, etc. Donc tu te filmes dans cet endroit en racontant ton histoire et ce que tu ressens vis-à-vis de tout cela, tu l'envoies sur le site d'Arte et voilà.

C'est un documentaire modeste, on ne dit pas aux gens "vous avez la solution, vous allez changer le monde" mais c'est un petit geste artistique, et militant. Faire une vidéo, ça ne prend pas deux minutes, c'est prendre une demi- journée, tu t'appliques je pense si tu fais un truc sur lequel tu te fais plaisir. Et si tu aimes la nature et le lieu, tu veux faire ça le mieux possible. De là, on peut sortir un documentaire assez original et assez beau.

K | De fait, il n'y a pas de format à proprement parler ?

Hé bien, oui et non. On a des questions pour ceux qui veulent. Pourquoi cet endroit, qu'as-tu vécu là-bas, à quel moment as-tu réalisé que cet endroit pouvait disparaitre, as-tu un message pour les négociateurs de la COP21, etc. Mais peu importe finalement, parce que les gens font un peu comme ils veulent, des petits projets artistiques, et c'est super. Ils ont un propos, un angle. On a reçu des vidéos avec de la 3D futuriste et c'était génial.

K | Vous allez vraiment mettre toutes les vidéos dans le montage ?

On a reçu pas mal de vidéos de tous les coins d'Europe, et de vraiment exploitables telles quelles, on en a peut-être un quart. Mais on recontacte la plupart des vidéos "ratées" parce que ça ne tient à pas grand-chose, parler dans le vent ou un contre-jour. On essaye au maximum de voir avec eux pour qu'ils corrigent deux trois petites choses, et généralement, c'est bon.

Ce qui marche le mieux pour nous, ce sont quand les gens nous envoient des fichiers, avec par exemple cinq vidéos de l'endroit, trois ou quatre bandes audio où ils parlent, et c'est nous qui faisons le montage. Mais bien évidemment, vous pouvez aussi faire le montage vous-même.

K | Pensez-vous vraiment que n'importe qui peut se prêter au jeu ?

Bien entendu, il y a des gens qui ont peur mais ceux qui osent sauter le pas ont toujours une idée en tête et globalement, ça rend toujours bien. On va éditer tout ça pour raconter une histoire, et de ce que je vois avec ce qu'on a pour l'instant, oui c'est possible. Après il y a des trucs techniques, c'est bien de parler en paysage, de ne pas faire de travelling.

Et quand les gens ont quelque chose au fond du cœur, même si la vidéo est pas top, il y a quelque chose et nous, ça nous plait. En soi, les différences sont une force, le fait que chacun prenne son matériel personnel donne des images vraiment toutes différentes, et c'est top.

K | Y a-t-il déjà un fil conducteur ?

Honnêtement, je ne sais pas encore quel sera le fil. C'est excitant d'ailleurs, de ne rien savoir du tout. Bon, je pense sentir quelle sera la narration, autour de ce qui s'est tissé depuis le XVIIème siècle entre l'homme et la nature. On essaye d'avoir le plus possible des paysages différents et secrets, mais on est pas chez Arthus Bertrand, pas besoin que ce soit sublime à souhait, tant que ça plait à la personne qui filme.

On va avoir de la narration, de la musique, Arte est exigeant mais ça va être top. Il sera d'ailleurs en accès libre sur Internet, en Français et en Allemand, ce sera visible partout.

K | Quel impact ce projet peut-il avoir ?

Rien n'a d'impact avec les décideurs. Tu peux tout faire, plus rien n'a d'impact. Là, on est dans une logique artistique et de média chez Arte. Si on fait juste réfléchir un peu les gens, ce sera déjà ça. Je ne crois pas à la théorie du grain de sable, mais j'essaye de juste ouvrir les yeux aux gens, autrement. En les touchant.

Pour plus d'informations ou si vous voulez vous lancer dans le projet, rendez-vous ici.

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