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Des personnalités appellent l'ONU à repenser la politique antidrogue mondiale

Publié le

par Thibault Prévost

Un millier de personnalités publiques ont adressé une lettre ouverte à l'Onu pour l'encourager à assouplir sa politique de pénalisation des stupéfiants.

© iStock

Mary J. Blige, Michael Douglas, Sting, Busta Rhymes, Herbie Hancock, Macklemore ou Annie Lennox du coté des artistes ; 36 figures politiques internationales, parmi lesquelles Hillary Clinton ; 37 membres du clergé ; 230 médecins et chercheurs : un tel hétéroclisme est rare dans le monde des grandes pétitions internationales. Le 14 avril, pourtant, un millier de personnalités ont adressé le même message au secrétaire géneral de l'Organisation des Nations unies (Onu), Ban-Ki Moon, l'exhortant à mettre en place "une réforme globale de la politique de contrôle du marché des drogues". En d'autres termes, mettre fin a la lutte antidrogue basée sur la criminalisation et la répression.

"Au XXIe siècle, l’humanité mérite mieux qu’une politique sur les drogues aussi inefficace et contre-productive que celle du siècle précédent. Une nouvelle réponse globale à la question des drogues est nécessaire. Elle doit se fonder sur la science, la compassion, la santé et les droits humains. La répression et la justice pénale devraient se limiter à leurs rôles respectifs, à savoir garantir la santé et la sécurité.

Ceux qui reconnaissent que l'usage des drogues est d'abord et avant tout une question de santé doivent assumer leur rôle et promouvoir une nouvelle approche. Les efforts pour contrôler les drogues ne doivent pas faire plus de mal que de bien, ni causer plus de dommages que l’usage de drogues lui-même."

Première réunion depuis 1998

Rien d'anodin dans la publication de cette lettre : du 19 au 21 avril, l'assemblée générale des Nations unies se réunira en session extraordinaire (UNGASS) à New York pour réfléchir à la question du statut des drogues à travers le monde. Un thème que les dirigeants du monde n'ont pas vraiment l'habitude d'aborder : la dernière session extraordinaire consacrée au sujet a eu lieu en 1998.

Unis dans une volonté ferme de débarrasser le monde des stupéfiants, les États membres juraient alors de "développer des stratégies visant à éliminer ou grandement réduire" la production et la consommation de substances illicites d'ici... 2008. Dix-huit ans plus tard, le monde semble pourtant plus proche de la dépénalisation que de l'éradication. En mars dernier, l'Organe international de contrôle des stupéfiants (OICS), rattaché à l'Onu, publiait un rapport prônant l'abandon du tout répressif et invitant les États à "réexaminer les politiques" tout en se prononçant contre la légalisation des stupéfiants a des fins récréatives.

Sémantique et diplomatie

Pour le Washington Post, cependant, la réunion de cette semaine ne devrait pas changer grand-chose. Pour preuve, la première version du texte qui sera discuté par les États membres contient les mêmes éléments de langage que celui de 1998, entre la promotion d'une société "libérée de l'abus de drogues" et la nécessité d'"éliminer" les circuits de production de substances illicites. Au-delà de la pure sémantique, le problème est également diplomatique.

Selon plusieurs diplomates interrogés parVice News lors de la réunion préparatoire de l'UNGASS à Vienne (Autriche), le 14 mars, les tentatives de réforme des politiques antidrogues, notamment sur la question centrale des peines infligées aux consommateurs, sont bloquées par un petit groupe de pays – l'Iran, la Russie, la Chine ou l'Arabie saoudite – déterminés à conserver les châtiments corporels dans la liste des sanctions. À partir de demain, l'UNGASS devra composer avec ces volontés contraires pour proposer un changement significatif de politique, sous peine de voir chaque pays décider de sa stratégie dans une cacophonie législative.

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