Cest vrai quoi, arrêtons d dramatiser.

Pour l’Onu, pas besoin d’interdire les "robots tueurs", puisque les humains sont aux commandes

Après plusieurs jours de débats consacrés aux armes autonomes, Amandeep Gill, l’ambassadeur du désarmement à l’ONU, a appelé à ne pas "dramatiser".

C’est vrai quoi, arrêtons de dramatiser.

Ce n’est pas aujourd’hui que les Nations unies interdiront l’usage des "robots tueurs", ces armes autonomes – pas encore déployées, on vous rassure — capables en théorie d’éliminer leurs cibles sans que la décision n’en revienne à un être humain mais à leur algorithme interne : voilà ce qui ressort de la première session de discussions autour de la question, organisée sur cinq jours dans le cadre de la Convention sur les armes conventionnelles (CCW) de l’organisme international, qui s’est tenue jusqu’au vendredi 17 novembre à Genève.

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Face aux représentants de 86 pays et de l’ONG Campaign to Stop Killer Robots ("campagne d’interdiction des robots tueurs"), l’ambassadeur du désarmement auprès de l’ONU, Amandeep Gill, s’est fendu d’une déclaration à l’assurance presque naïve, rapportée par The Guardian : "Mesdames et messieurs, j’ai des nouvelles pour vous : les robots ne vont pas envahir le monde. Les humains ont toujours le contrôle." Et d’en remettre une couche en appelant le grand public à "faire attention à ne pas être dans l’émotionnel ou à dramatiser le problème".

Si cette réunion, la première du genre, a bien permis quelques avancées, notamment un accord sur la nécessité d’établir des règles de régulation sur la gouvernance de telles armes, le ton d’Amandeep Gill ne passe pas auprès des défenseurs d’une interdiction pure et simple, qui désespèrent de voir les instances internationales prendre des mesures concrètes contre leur prolifération. Car si les armes autonomes ne sont pas encore en train d’exterminer joyeusement sur les théâtres de conflits du monde entier, plusieurs experts prévoient leur arrivée imminente.

Déjà 22 pays (et Elon Musk) en faveur de l’interdiction

Et les perspectives sont glaçantes. "Les pays n’ont pas de temps à perdre à simplement discuter du sujet", estime Mary Wareham, d’Human Rights Watch. Selon elle, les "armées et les entreprises de défense du monde entier sont en train d’investir énormément d’argent" dans le développement de ces armes, et il est à craindre que les discussions internationales soient trop lentes pour parvenir à un accord contraignant avant qu’elles ne soient opérationnelles. À l’issue de la convention, relate l’ONG Stop Killer Robots, les différents pays représentés se sont accordés sur la nécessité d’un "instrument juridiquement contraignant" pour contrôler l’usage des robots tueurs, tandis que "la plupart des États acceptent l’idée qu’un certain contrôle humain doit toujours être maintenu" sur ces armes. La question, rappelle The Guardian, est désormais de savoir ce que signifie "un contrôle humain" en pratique.

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Pour un certain nombre d’acteurs, en revanche, il n’est pas question de régulation mais bien d’interdiction pure et simple : au 21 novembre, 22 pays encourageaient l’idée d’une interdiction, recense l’ONG Stop Killer Robots, tandis qu’en août dernier, 115 experts et pontes de la technologie (dont le très médiatique Elon Musk et six dirigeants français) signaient une lettre ouverte à l’ONU en faveur de l’éradication de ces horreurs mécaniques, qui se concluait par ce funeste augure : "Une fois ouverte cette boîte de Pandore, elle sera difficile à refermer." Enfin, le 13 novembre, date du début de la convention genevoise, le groupe international du Mouvement des non-alignés, qui regroupe 120 États, se plaçait en faveur du développement d’un arsenal législatif. Ce ne sera pas pour cette année.

Si la décision finale des États sera rendue le 24 novembre, une prochaine réunion de discussion est prévue en 2018 sur une dizaine de jours, dont la date reste encore à déterminer. Insuffisant pour l’ONG Stop Killer Robots, qui préconise au moins deux réunions de Groupes d’experts gouvernementaux (GEG), dont l’une dans la première moitié de 2018, afin d' "ouvrir la voie à un instrument juridiquement contraignant", qui serait conclu par un protocole ratifié par les États membres en 2019. À en croire les déclarations de l’ambassadeur de l’ONU, rien ne presse, puisque ces armes n’existent pas encore. Quelqu’un de volontaire pour lui montrer cette vidéo d’anticipation glaçante, parue la semaine dernière, histoire de lui faire changer d’avis ?

Par Thibault Prévost, publié le 21/11/2017

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