"On est traités comme des esclaves du sport" : le cauchemar de certains athlètes africains

Attirés par les promesses de coachs étrangers, certains athlètes changent de nationalité et se retrouvent piégés.

Lily Abdullayeva, en 2011, aux Championnats d’Europe espoirs d’athlétisme d’Ostrava en République tchèque. (© Erik van Leeuwen/Wikimedia Commons/CC)

En raison du manque d’infrastructures et de la pauvreté qui accable leur pays, certains athlètes africains changent de nationalité pour porter les couleurs d’une nation leur offrant de meilleures conditions d’entraînement et un salaire plus favorable. Toutefois, une enquête récente du Guardian révèle que pour certains d’entre eux, le rêve s’est transformé en cauchemar car ils subissent un traitement que l’on pourrait comparer à de l’esclavage.

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Des émissaires de pays du Golfe et du Moyen-Orient se rendent en Afrique pour débaucher de jeunes talents qui pourraient les représenter dans les compétitions internationales. Les athlètes, attirés par d’alléchantes promesses, finissent par signer mais, comme l’écrit la journaliste du Guardian Martha Kelner, "ils sont régulièrement maltraités, ils se font spolier l’argent de leurs prix et sont parfois logés dans des conditions dégradantes".

Lily Abdullayeva, l’une des meilleures athlètes d’Éthiopie, spécialisée dans la course de fond, a été approchée par un coach turc qui l’a persuadée de courir pour l’Azerbaïdjan. On lui a promis un salaire de 300 dollars par mois (qui pourrait s’élever à 1 000 dollars en cas de bonnes performances), une maison et une belle voiture. Elle n’en a jamais vu la couleur. On lui a volé l’argent de ses courses et elle a été droguée. En 2013, elle réussit à quitter le pays, mettant fin à un cauchemar qui a duré quatre ans.

Une tendance inquiétante

Leonard Mucheru, coureur de fond kényan, a connu la même mésaventure. Après avoir signé un contrat, il s’est installé au Bahreïn. Au bout de quelques mois, il s’est rendu compte que les promesses qu’on lui avait faites ne seraient jamais honorées. Il raconte son histoire :

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"Ils m’avaient promis qu’une fois que j’aurais changé de nationalité, je signerai un contrat. Mais je n’ai rien signé et il n’y avait aucun contrôle et aucune régulation. Je me suis blessé en 2006 et j’ai passé l’année sans toucher un centime de la Fédération d’athlétisme de Bahreïn."

Selon le Guardian, toutes les médailles olympiques gagnées par le Bahreïn ont été remportées par des sportifs originaires d’Afrique. Des athlètes d’origine kenyane ont également conquis des médailles pour la Turquie aux championnats d’Europe d’athlétisme d’Amsterdam l’année dernière. De quoi s’inquiéter, surtout quand on sait qu’il y a plus d’esclaves aujourd’hui dans le monde qu’il y a quatre siècles.

Par Prince Jacon, publié le 10/08/2017

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