Obsolescence programmée : quand Quotidien est accusé de dire n’importe quoi sur l’iPhone

Adopte-t-on un peu trop vite un discours conspirationniste lorsque l’on parle d’Apple ? C’est l’avis d’un média spécialisé qui a épinglé l’émission de Yann Barthès.

(© TMC)

Il ne faut pas provoquer un média tech après une rude journée de travail. Mercredi soir, Corentin Durand, un journaliste de Numerama a, contrairement à son habitude, visionné l’émission Quotidien pour voir ce qui s’y racontait sur Apple et l’obsolescence programmée. C’est alors que les conseils imprudents et les imprécisions distillés dans le sujet de 8 minutes ont déclenché son ire.

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L’un des deux membres de l’association Halte à l’obsolescence programmée (HOP) invités sur le plateau a ainsi affirmé que "les batteries des iPhone sont inamovibles" et "[qu’on] ne peut pas les changer". Effectivement, on ne peut pas changer une batterie d’iPhone tout seul à la maison (à moins d’être balaise). Mais un professionnel peut évidemment s’en charger.

Les iPhone ralentiraient-ils tous en même temps ? C’est ce que pourrait laisser croire le graphique d’une étude universitaire relayée par Quotidien : à chaque fois qu’un nouvel iPhone sort, les internautes tapoteraient en masse la requête "iPhone lent" sur Google. Problème : la lenteur des iPhone n’a, dans les faits, rien à voir avec la sortie d’un nouveau modèle, les ralentissements constatés étant liés aux mises à jour d’iOS. L’étude n’est donc pas vraiment pertinente.

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L’entreprise Apple a-t-elle délibérément instauré une sorte d’obsolescence programmée, en faisant ralentir le processeur des appareils lors des mises à jour du système d’exploitation ? L’émission de TMC penche pour le oui. Mais Numerama rappelle que les choses ne sont pas aussi simples : le ralentissement du processeur a aussi pour but de protéger des décharges trop puissantes des batteries, comme nous l’expliquions ici. Tout n’est donc pas tout à fait noir.

Enfin, le journaliste spécialisé a tiqué lorsqu’il a entendu le représentant de HOP inviter les téléspectateurs à ne pas mettre à jour l’iOS quand Apple le propose. En matière de sécurité informatique, ceci est totalement déconseillé. En effet, mettre à jour l’iOS permet souvent de colmater des vulnérabilités, à l’instar des failles Meltdown et Spectre récemment découvertes dans nos processeurs (et en partie réglées par des mises à jour).

Conclusion générale : attention au conspirationnisme un peu manichéen lorsque l’on parle d’Apple. Si l’on organise un débat technique, cela ne coûte rien (ou presque) de faire aussi appel à un intervenant spécialisé.

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En dehors de cette polémique, le problème de fond demeure. Il est de notoriété publique qu’Apple n’est pas un bon élève en ce qui concerne l’environnement : les sorties d’iPhone s’enchaînent très rapidement (modèle économique oblige) et l’incitation à la consommation est permanente.

Malgré les quelques bévues commises sur le plateau, le travail réalisé par l’association HOP nous paraît donc fondamental. L’obsolescence de nos produits – HOP s’attaque aussi aux imprimantes Epson et aux collants – est un problème de société à part entière. Depuis août 2015, elle est d’ailleurs condamnée par la loi française.

Nous avions interviewé Laetitia Vasseur, cofondatrice de l’association (et intervenante sur le plateau de Quotidien), en octobre dernier :

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Par Pierre Schneidermann, publié le 11/01/2018

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