Le 29 juin dernier, il n’y a jamais eu autant d’avions dans le ciel

Selon le site Flight radar 24, la référence de la surveillance aérienne, plus de 200 000 avions ont volé le 29 juin. Un record.

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Bison Futé, notre Pythie de Delphes autoroutière, avait comme chaque année annoncé sa terrifiante prophétie : le vendredi 29 juin, qui marque le début de la grande transhumance estivale des salariés du secondaire et tertiaire, allait être un cauchemar pour les Franciliens, toute la région étant colorée de rouge dans le sens des départs. Pile quand les Parisiens quittent le sauna qui leur sert d’habitat naturel pour s’ébrouer joyeusement dans les vertes plaines du reste du pays.

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Mais au-delà (et bien au-dessus) de la région Île-de-France, le vendredi 29 juin, c’est finalement dans le ciel de notre planète que le trafic a battu des records de densité. Selon les chiffres du site Flight radar 24, plus de 200 000 avions (202 157 exactement) ont été enregistrés dans les 24 heures du fuseau horaire universel (UTC). Il n’y a jamais eu autant de trafic aérien, avance Flight radar 24.

Un trafic qui double tous les 15 ans

Au plus fort du trafic, le site collaboratif a enregistré 19 000 avions en vol simultanément au-dessus de la surface du globe. Un chiffre qui englobe les vols commerciaux, mais également les appareils privés puisque la base de données de Flight radar 24 regroupe "tout ce qui possède un transpondeur", l’instrument embarqué dans les avions qui permet aux radars au sol de suivre sa position. C’est ce système de surveillance coopératif, appelé automatic dependent surveillance-broadcast (ADS-B), qui est capté par Flight radar 24 pour fournir ses chiffres. Le 29 juin, donc, le nombre d’avions identifié a pour la première fois dépassé la barre des 200 000. Par comparaison, le 25 décembre dernier, qui est souvent "le jour le moins dense de l’année" selon Flight radar 24 (on imagine aisément pourquoi), le site avait recensé 101 511 appareils.

Et ce record ne devrait pas durer très longtemps. Selon les chiffres recensés par l’International Air Transport Association (IATA), le trafic aérien augmente chaque année de 6 à 8%, et de manière exponentielle sur les trois dernières années. Plus de passagers, plus d’avions et plus de capacité par appareil, depuis les années 1970, la capacité du trafic aérien double tous les 15 ans, avec près de 4 milliards de passagers en 2018. Et le phénomène est loin d’être terminé: en 2017, l’association se félicitait, dans un rapport sur les perspectives d’avenir du trafic aérien, de l’augmentation du nombre de passagers aériens, qui devrait presque doubler d’ici 2036, atteignant 7,8 milliards de passagers annuels. De quoi filer quelques migraines aux contrôleurs aériens des décennies à venir.

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Un secteur autorégulé… mais dérégulé

Autre question subsidiaire : quid de la pollution atmosphérique générée par l’augmentation significative du trafic aérien au cours du demi-siècle qui vient de s’écouler ? Le Monde rappelait en 2015 que la trafic aérien, qui génère 2 à 3% des émissions de dioxyde de carbone (CO2) mondiales — soit à peu près autant que l’Allemagne —, est le seul grand secteur industriel à n’être soumis à aucune réglementation en la matière. Ce qui n’empêche pas les grands acteurs du secteur de se fixer des objectifs, de manière à anticiper les restrictions à venir : l’IATA souhaite ainsi "stabiliser les émissions" d’ici 2020 avant de commencer à les réduire, avec l’objectif de réduire de 50% d’ici 2050 le niveau d’émission enregistré en 2005.

Une volonté d’autorégulation qu’il serait naïf de croire sur parole, selon le Réseau action climat, auteur du rapport "Cinq mythes sur le transport aérien" : l’industrie aéronautique, qui n’est concernée ni par le protocole de Kyoto ni par l’accord de Paris, signé dans le cadre de la COP21, a vu ses émissions de CO2 doubler en 20 ans. Et les exonérations fiscales dont elle bénéficie, notamment la non-taxation du kérosène, n’encouragent pas le secteur à se fixer des objectifs écologiques. En 2018, il n’y a jamais eu autant d’avions dans le ciel et c’est une excellente chose en matière de progrès technologiques et de mobilité des populations. Un peu moins, en revanche, pour le climat.

 

Par Thibault Prévost, publié le 02/07/2018

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