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La fille morte noyée à Dubaï, une histoire qui serait vieille de 20 ans

Publié le

par Thibault Prévost

La mort par noyade d'une jeune femme à Dubaï dont le père, par croyance, aurait empêché les secours d'intervenir, daterait de 1996 selon le Guardian. Oups.

Capture d'écran du Figaro.fr qui, comme de nombreux médias, est tombé dans le panneau

L'histoire tourne en boucle sur les réseaux sociaux, propulsée par les partages, depuis hier matin. Mais si, vous l'avez forcément vue passer, suivie de sa chorale de commentaires scandalisés : sur les plages infinies de Dubaï, un homme, venu pique-niquer en famille, regarde sa fille de vingt ans se débattre dans l'eau. Elle est en train de se noyer. Deux sauveteurs, qui l'aperçoivent, se précipitent alors pour l'aider mais l'impensable se produit : le père, "un homme grand et fort", empêche les sauveteurs d'accéder à sa fille, devenant même "violent avec eux". La raison? Les convictions du père, "asiatique", persuadé que si l'un de ces hommes touchait sa fille, elle en serait déshonorée. La jeune fille se noie, l'homme est arrêté et poursuivi par les autorité dubaïotes.

Le fait divers apparaît pour la première fois le 9 août sur le site émirati Emirates 24/7. L'histoire, surprenante, est reprise par l'AFP le 11 août au matin. Dans la journée, elle se répand, comme une bonne partie des contenus de l'agence, sur la majorité des sites de grandes rédactions, d'abord anglaises (Telegraph, Metro, Sky News) puis françaises (20 Minutes, Le Figaro, Francetvinfo ou ce bon vieux Valeurs Actuelles, qui n'allait pas laisser passer l'occase), engendrant commentaires, partages et retweets.

En somme, une journée satisfaisante pour un 11 août, période à l'actualité si creuse qu'il faut souvent aller taper dans le "marbre", ces articles d'actualité "froide" gardés sous le coude, pour continuer à alimenter les plateformes d'infos. Alors un fait divers au Moyen-Orient mêlant un Asiatique, ses croyances et la mort de sa propre fille, qui tombe en plein congés estivaux...

Capture d'écran de Metronews.fr

Sauf que. Le blog Media Monkey du Guardian, qui traite exclusivement l'actualité des médias, s'est penché sur l'affaire et affirme que l'histoire en question ne serait pas exactement nouvelle. En effet, comme précisé dans l'article original, elle émane du témoignage du lieutenant-colonel Ahmed Burqibah, responsable de l'unité de sauvetage de la police de Dubaï... à qui le journaliste d'Emirates 24/7 demandait apparemment de raconter les plus étranges anecdotes de sa carrière.

Selon la même source du Guardian, anonyme – et c'est là tout le problème –, le fait divers en question remonterait à... 1996. Oups. Une nouvelle datée d'il y a vingt ans, dans le monde du journalisme web, autant dire que ça la fout mal. Sachant que l'article original d'Emirates 24/7 ne mentionne nulle part de date, il est difficile de savoir qui s'est planté dans cette histoire. Quand bien même il s'agirait de l'AFP, il serait difficile de jeter la pierre sur une institution qui fait autant d'erreurs journalistiques que Bernard Pivot fait de fautes de grammaire.

Prudente, l'agence a néanmoins rapidement mis à jour sa dépêche, rajoutant le paragraphe suivant (vu sur Le Parisien):

Selon The Guardian, cette histoire rapportée par le site internet émirati lundi dans sa rubrique "News" (nouvelles), est toutefois quelque peu surannée. Le quotidien britannique affirme que cette terrible noyade aurait en effet eu lieu en 1996... Elle aurait été rapportée par Ahmed Burqibah dans le cadre d'un débat au cours duquel les sauveteurs de Dubaï racontaient leurs pires souvenirs. Un élément qu'Emirates 24/7 ne précise aucunement dans son article publié lundi.

Contactée par nos soins pour avoir le fin mot de cette histoire, la rédaction d'Emirates 24/7 n'a pour le moment pas répondu à nos sollicitations.

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