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Notre-Dame-des-Landes : le gouvernement abandonne le projet d’aéroport

Publié le

par Astrid Van Laer

Mercredi 17 janvier, le Premier ministre a annoncé que le projet de construction de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes était enterré, après avoir constaté "que les conditions ne sont pas réunies pour mener à bien le projet".

Après cinquante ans de négociations, le Conseil des ministres s’est réuni mercredi 17 janvier pour trancher l’épineuse question du projet de construction d’un aéroport à Notre-Dame-des-Landes. Deux solutions étaient envisagées : l’extension de l’aéroport actuel de Nantes ou la création d’un nouveau qui le remplacerait.

À l’issue de cette concertation ministérielle, Édouard Philippe a pris la parole aux côtés du ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, de la ministre de la Justice, Nicole Belloubet, et de la ministre des Transports, Élisabeth Borne. Le chef du gouvernement a annoncé que la construction de l’aéroport n’aurait finalement pas lieu, au profit d’un réaménagement de celui existant à Nantes.

Édouard Philippe a déclaré vouloir un État "clair dans ses choix et ferme dans leur mise en œuvre", avant de qualifier Notre-Dame-des-Landes d’aéroport "de la division". Il a parlé d’une "décision d’apaisement" fondée sur la "[constatation qu’aujourd’hui], les conditions ne sont pas réunies pour mener à bien le projet" :

"Les grands projets qui ont réussi dans les années récentes se sont tous réalisés parce qu’ils étaient largement portés par la population."

Gérard Collomb avait prévenu, le mardi 16 janvier, que la zone serait quoi qu’il arrive "évacuée de ces éléments les plus radicaux". Les forces de l’ordre ont en effet été déployées sur place et des affrontements avec les zadistes (les activistes opposés au projet qui occupent la ZAD (Zone à défendre), sont craints, en raison de nombreux rassemblements prévus à travers la France. D’après RMC, pas moins de sept escadrons de gendarmerie ont été prévus, et environ 500 CRS ont également été envoyés dans les villes autour de Rennes et Nantes.

"Emmanuel Macron piétine les procédures et décisions de justice"

Édouard Philippe, qui était pourtant favorable à l’aéroport, avait déclaré le 16 janvier que "quelle que soit la réponse, elle sera mauvaise". Guillaume Dalmard, vice-président de l’association des Ailes pour l’Ouest, s’est dit "très déçu" par ce "déni de démocratie".

Philippe Grosvalet, président du Syndicat mixte aéroportuaire, qui était jusqu’ici plutôt optimiste, a réagi auprès de l’Agence France-Presse :

"Par cette décision, [Emmanuel Macron] piétine les procédures et décisions de justice, il piétine nos collectivités locales, il piétine le vote des habitants."

Lors du référendum proposé en juin 2016 aux habitants de la région Loire-Atlantique – avec la question suivante "Êtes-vous favorable au projet de transfert de l’aéroport de Nantes-Atlantique sur la commune de Notre-Dame-des-Landes ?" –, le "oui" l’avait emporté avec 55,17 % des suffrages exprimés. Au final, l’action des zadistes semble avoir eu plus de poids.

En conséquence de cette décision, il faudra indemniser l’entreprise Vinci, porteuse du projet depuis la conclusion d’un accord avec l’État en 2010. Le montant de cette somme compensatoire pourrait s’élever à pas moins de 350 millions d’euros.

Interrogé par Jean-Jacques Bourdin sur RMC dans la matinée, le président des Républicains, Laurent Wauquiez, avait exhorté le gouvernement à ne pas céder aux pressions, en évoquant notamment cette dimension pécuniaire :

"Personne au gouvernement n’a fait la transparence dessus. Les Français ont le droit de savoir. C’est leur argent. Ça se chiffre en dizaines de millions d’euros, si ce n’est pas plus."

À l’inverse, l’antenne française de l’ONG Greenpeace s’est félicitée de cette décision et a appelé à "la paix et au dialogue".

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