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Sur le Web, un collectif anti-IVG se sert du nom de Simone Veil pour sa propagande

Publié le

par Cyrielle Bedu

Le collectif "Les Survivants" a déposé le nom de domaine "simoneveil.com". Au passage, le site de propagande anti-IVG reprend les codes graphiques de la plateforme officielle de la Women’s March.

Dans le genre tordu, le collectif anti-IVG "Les Survivants" aurait difficilement pu faire mieux… : acheter le nom de domaine "simoneveil.com", en référence à l’ancienne ministre de la Santé qui a porté en 1974 la loi légalisant l’interruption volontaire de grossesse, pour faire un site de propagande contre l’avortement.

Pire encore. Selon Le Parisien, le nom de domaine "simoneveil.com" aurait été acheté par le collectif en septembre 2016. Les membres du groupe auraient donc attendu la mort de l’ancienne ministre et présidente du Parlement européen pour activer leur site. Son lancement a de plus été fait le 5 juillet, jour des obsèques nationales de Simone Veil, et date à laquelle le président Emmanuel Macron a annoncé l’entrée au Panthéon de l’ancienne femme politique française. Vous avez dit beurk ?

Quand "Les Survivants" réécrivent l’Histoire à leur sauce

"Les Survivants", c’est ce collectif anti-IVG affilié à la Manif pour tous, qui essaie de rendre le militantisme anti-IVG cool, en utilisant des vidéos virales, des sites Internet chiadés, des goodies et des campagnes d’affichage sauvages dans les transports en commun. Pour continuer à mener à bien leur combat contre l’IVG en France, les membres du collectif ont décidé d’aller plus loin avec leur nouvelle plateforme consacrée à l’histoire de Simone Veil et aux luttes qu’elle a menées. Dans ce "webdocumentaire", "Les Survivants" s’essaient à un cours d’histoire :

"Découvrez la vérité sur Simone Veil, celle d’une femme trahie dans ses intentions puisque sa loi n’existe plus tant elle a été modifiée et parce que la légalisation de l’avortement n’a pas amélioré la santé des femmes bien au contraire", est-il ainsi écrit sur la page d’accueil de ce site.

Les membres du collectif anti-IVG décrivent ensuite différentes étapes de la vie de l’ancienne ministre, en les instrumentalisant pour servir leur cause :

"Mariée et mère de famille, Simone est loin d’incarner les volontés émancipatrices nées de Mai 68, et ne correspond pas exactement à la vision de la femme libérée décrite dans le manifeste des 343 salopes en faveur de l’avortement."

"On avait d’abord pensé l’interviewer, mais on savait qu’elle était souffrante et on ne voulait pas instrumentaliser une personne âgée, explique au Parisien le porte-parole des Survivants, Émile Duport. On s’est alors lancés dans ce projet et on a attendu sa mort pour lancer un premier visuel hommage sur les réseaux sociaux."

Le collectif assure n’avoir aucunement le sentiment de souiller les intentions ni les combats de Simone Veil, comme l’explique Émile Duport sur son compte Twitter : "Simone est récupérée, oui, mais par les promoteurs de l’IVG, non par les survivants." Pour appuyer leurs déclarations, "Les Survivants" utilisent notamment une phrase prononcée par Simone Veil lors de son discours devant l’Assemblée nationale en 1974 : "Si [la loi légalisant l’IVG] n’interdit plus, elle ne crée aucun droit à l’avortement." 

Un graphisme emprunté aux sites de progressistes américains

Autre chose étonnante, le graphisme utilisé pour le site simoneveil.com. Tout d’abord, le portrait de Simone Veil qui accueille les visiteurs sur le site ressemble étrangement au poster de Barack Obama réalisé par le street artist Shepard Fairey pendant la campagne présidentielle américaine de 2008.

Sans oublier la typographie et les couleurs du site du collectif anti-IVG, qui rappellent celles du site officiel du mouvement américain Women’s March, rassemblement "pro-femmes" (et pro-choix) fondé en réaction à l’élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis. Coïncidence ?

À lire -> Comment "Les Survivants" veulent nous faire croire qu’être anti-IVG, c’est cool

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