Nicolas Sarkozy et la jeunesse française : répression, quand tu nous tiens

Konbini a tenté de lister les propositions qui concernent les jeunes dans Tout pour la France, l'ouvrage-programme politique de Nicolas Sarkozy. Les conclusions sont peu prometteuses.

Dans son livre-programme Tout pour la France, Nicolas Sarkozy entretient une relation difficile avec les jeunes

Dans son livre-programme Tout pour la France, Nicolas Sarkozy entretient une relation difficile avec les jeunes. (© Flickr)

C'est un livre, mais c'est surtout un programme. Dans Tout pour la France, Nicolas Sarkozy dresse les grandes lignes de son programme pour 2017. En cinq chapitres aux allures de feuille de route, il parle compétitivité, identité, travail, logement, islam et même (un peu) culture. Mais quid de la jeunesse ?

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Force est de constater que les jeunes ne sont pas au cœur de ses préoccupations de présidentiable. S'il  évoque bien souvent leur cas, c'est par les biais de la fermeté et de la répression (dans le chapitre "Le défi de l'autorité", ça ne s'invente pas), réaffirmant le besoin de les remettre dans le droit chemin à travers un encadrement militaire, signant la possibilité de travaux d'intérêt général (TIG) dans le milieu scolaire et s'en prenant au mouvement Nuit debout en le résumant à une "pagaille". La jeunesse, un espoir pour Nicolas Sarkozy ? Si peu.

L'ex-président, qui a fourbi sa réputation autoritaire lors de son mandat de ministre de l'Intérieur (2002-2004 ; 2005-2007), a su rester lui-même. Nicolas Sarkozy propose aussi des mesures au libéralisme assumé, souhaitant par exemple la mise en place d'incubateurs de start-up sur les campus ou la suppression de toute charge sociale au niveau du Smic.

On est donc parti en quête des propositions qui les concernent en cas de victoire de Nicolas Sarkozy, 61 ans. On vous laisse découvrir notre sélection.

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Éducation

Nicolas Sarkozy le martèle : l'éducation passe par "le rétablissement de l'autorité". Par exemple, d'après lui, le corps enseignant doit pouvoir condamner les élèves à des travaux d'intérêt général, jusqu'ici sanction pénale applicable par un juge qui ne peut être effectuée par un jeune de moins de 16 ans.

"Nous devrons restaurer un climat scolaire paisible dans tous les établissements de France. Seul, le rétablissement de l'autorité le permettra.

Pour cela, il va falloir revoir l'échelle des sanctions et ne pas les réduire aux seules punitions disciplinaires : travaux d'intérêt général, obligation de stages de rattrapage, de suivi d'études surveillées... La panoplie peut être large."

Il annonce également la coupe des aides sociales et un service militaire obligatoire pour les "décrocheurs" et veut empêcher l'apprentissage des "langues des communautés d'origine" dans les murs des lieux d'enseignement de l'Éducation nationale.

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"Je propose que tous ces décrocheurs, âgés de 18 à 25 ans, soient désormais tenus de faire un service militaire obligatoire […] Ceux qui refusent ne pourraient plus prétendre à aucune aide sociale […] Je crois sincèrement que seul un encadrement militaire est capable de réinsérer les jeunes aujourd’hui complètement abandonnés et déstructurés. Ce service militaire pour les décrocheurs sera financé sur le budget de l'Éducation nationale et non de la Défense."

À ce sujet, qu'il a récemment précisé, le 31 août dernier devant les patrons de l’université d’été du Medef, s'ajoutent les possibilités offertes par cet encadrement militaire : "Tout jeune de 18 ans qui n’aura pas d’emploi ou de formation se verra obligé de participer à un service militaire où il apprendra à se lever tôt, à respecter la discipline et même à parler français."

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De l'autre côté, il annonce vouloir renforcer les primes au mérite au sein de l'école, une "action forte" (sans qu'elle soit détaillée) pour les enfants handicapés et la création d'une classe intermédiaire pour les élèves "en grande difficulté d'apprentissage de la lecture". 

"Un élève qui ne maîtrise pas les fondamentaux de la lecture dans les premières années de sa scolarité risque de ne jamais rattraper son retard [...] Je voudrais donc que soit créé dans toutes les écoles un 'cours préparatoire CP+' pour les enfants en grande difficulté d'apprentissage de la lecture."

"Je veux en particulier sur la scolarisation des enfants handicapés une action forte."

"Je souhaite la mise en place des primes au mérite."

Le débat avait été houleux à l'Assemblée nationale, et Nicolas Sarkozy se veut intraitable sur le cas des enseignements des langues étrangères "jusqu'alors financés par les gouvernements étrangers", sans aucune précision supplémentaire pour approfondir son accusation :

"Je propose également de mettre fin aux dispositifs d'enseignement des langues des communautés d'origine, jusqu'alors financés par les gouvernements étrangers et qui sont supposés permettre aux enfants de parler la langue d'origine de leurs parents, en dehors du temps scolaire mais dans l'établissement."

Pour finir, il veut mettre l'accent sur l'apprentissage dans le cadre du bac pro.

"Je suis favorable à ce que l'apprentissage devienne la voie de droit commun pour l'obtention d'un bac professionnel."

Université

L'université sera libérale ou ne sera pas. Annonçant une nouvelle loi d'autonomie pour les facs, M. Sarkozy indique vouloir laisser les établissements sélectionner les élèves qu'ils acceptent, mais aussi fixer le montant de leurs droits d'inscription et de leurs bourses.

"S'inscrire à l'université est un droit qui devrait se mériter par son travail et par ses efforts. Accepter tout le monde, y compris ceux qui ne veulent rien y faire, qui plus est dans des filières où l'avenir est complètement bouché tant le chômage y est important, n'est rien d'autre qu'une démission de l'État [...] Je proposerai donc [dans une nouvelle loi d'autonomie des universités] que la liberté soit laissée à chacune de nos universités de fixer les critères de la sélection à l'entrée de leur cursus."

"Fixer librement le montant des droits d'inscription et accorder dans le même temps la possibilité de déterminer le montant des bourses que l'université veut distribuer est la voie la plus prometteuse."

Enfin, il propose que soit autorisée l'implantation d'un "incubateur de start-up" sur chaque campus, laissant le choix aux universités de prendre part au capital des entreprises créées par les étudiants :

"Je souhaite que nous allions plus loin encore en autorisant demain chacun des établissements universitaires à créer au sein de leur campus un incubateur de start-up qui permettra à chaque étudiant d'avoir l'opportunité de développer son entreprise en bénéficiant de locaux mis à disposition gratuitement. L'université sera autorisée à prendre une participation en capital dans les jeunes entreprises ainsi créées."

Social

L'ex-président propose le remplacement du RSA (revenu de solidarité active), de l'aide au logement et de la prime d'activité par "une aide unique" plafonnée à 75 % du Smic. Pour la percevoir, il insiste sur le fait que l'allocataire doit "faire une démarche active vers la reprise d'un emploi".

"Je veux substituer aux différentes aides existantes (RSA, aide au logement, prime d'activité) une aide unique qui aura deux caractéristiques essentielles.

Elle sera conditionnée à la reprise d'une activité ou d'une formation, ce qui signifie concrètement qu'on ne pourra pas la percevoir sans faire une démarche active vers la reprise d'un emploi. Elle sera, deuxièmement, plafonnée à 75 % du Smic."

Pénal

Dans Tout pour la France, Nicolas Sarkozy agite le spectre de la violence des cités, qu'il nomme depuis de nombreuses années des "zones de non-droit".

Aussi, il veut ouvrir des commissariats de nuit dans les cités et fortement alourdir les peines pour les récidivistes.

"Je propose que soient installés, dans chacun de ces quartiers, des postes de police qui ne seront ouverts que la nuit, 'heure de pointe' des trafics et de la délinquance."

Il promet d'exiler les trafiquants hors de leur quartier, voire de leur département d'origine, tout en durcissant les peines après trois condamnations :

"Je souhaite que l'on empêche un délinquant, en particulier les trafiquants de drogue, de revenir sévir sur son propre territoire habituel. Je propose en conséquence de rentre automatique une peine complémentaire d'interdiction de retour dans le quartier, voire dans le département, où le délinquant a l'habitude d'exercer ses trafics, à sa sortie de prison."

"Après trois condamnations pour des crimes ou délits, le quantum de la peine sera automatiquement majoré de 25 % pour la quatrième. Après cinq condamnations de 50 %. Et après dix condamnations de 100 %."

Pour finir, la majorité pénale sera abaissée à 16 ans, au lieu de 18 ans.

"La première décision à prendre sera d'abaisser la majorité pénale à 16 ans et non plus à 18 ans comme aujourd'hui."

Culture

Une culture, oui, mais française : Nicolas Sarkozy exige une augmentation de la production et de la diffusion des œuvres françaises de la part des médias culturels.

"Exiger de nos diffuseurs qu'une part de ce qu'ils produisent ou diffusent soit l'expression de la culture française me semble aussi nécessaire qu'évident."

Aussi, il propose d'abaisser la TVA sur la musique, le cinéma et les livres.

"Affirmer l'identité de la France, c'est aussi revendiquer une politique culturelle extrêmement ambitieuse [...] Cela passera par un premier acte fort qui reviendra à affirmer la nécessité et donc le droit pour chaque Français de consommer des produits culturels comme s'il s'agissait de biens de première nécessité. Ce qui impliquera un taux réduit de TVA sur tous les biens culturels, qu'il s'agisse de la musique, du cinéma ou bien sûr des livres."

Plus étrange, il propose que le ministre de la Culture soit nommé "en fonction de sa proximité intellectuelle" avec le président élu, qu'il désigne comme le "véritable protecteur de la culture française."

"Je demeure en outre convaincu que, quelle que soit la qualité du ministre de la Culture, c'est au président de la République, et à lui seul, d'être le véritable protecteur de la culture française. Le ministre de la Culture devra donc travailler en direct avec lui et être choisi en fonction de sa proximité intellectuelle avec le président."

Travail

Pas de scoop à l'horizon : la solution de Nicolas Sarkozy pour endiguer le chômage est la baisse des charges. Il prône une suppression de toutes les charges sociales au niveau du Smic.

"À mes yeux, [la baisse des charges] doit être concentrée sur les salaires au niveau du Smic [...] La suppression de toutes charges sociales au niveau du Smic, couplée à la réforme du marché du travail, va débloquer de très nombreuses créations d'emplois, en particulier pour les jeunes."

Mouvements alternatifs

Nicolas Sarkozy cible les mouvements alternatifs comme Nuit debout ou les zadistes. D'après lui, ils sont l'expression du désordre qui règne, tout comme l'association "Urgence, notre police assassine !" dont il fait mine de s'étonner que l'État n'ait jamais tenté d'interdire.

"Petit à petit, une partie de la société se laissa convaincre que la pagaille, le laisser-aller et le laisser-faire, l'autogestion, les forums de discussion où l'on pouvait exprimer son opinion sans qu'aucune conclusion en sorte jamais étaient préférables à la discipline, à l'organisation, à la hiérarchie, à la nécessité vitale pour toute collectivité d'avoir à sa tête un animateur, un décideur, un dirigeant capable de proposer une vision, d'entraîner, de convaincre."

"Jusqu'où le pays va-t-il sombrer ? [...] Une fois, ce sont les membres de Nuit debout qui occupent un village de tentes place de la République au vu et au su de tous. De quoi vivent ces gens qui peuvent ainsi passer toutes les nuits sur une grande place parisienne ? [...] Une autre fois, ce sont les zadistes, dont une partie vient de l'extrême gauche étrangère, qui occupent depuis trop longtemps des dizaines d'hectares du département de la Loire-Atlantique [...]"

"Il s'est même créé un collectif ayant pignon sur rue, organisant des manifestations et se dénommant 'Urgence, notre police assassine !'. Cela n'a guère gêné le gouvernement qui aujourd'hui encore n'a pas jugé utile de déposer plainte contre ce qui n'est pourtant rien de moins qu'une insulte à l'endroit des forces de l'ordre républicain."

Et l'ancien président d'asséner un dernier coup à toute forme d'espoir pour la jeunesse :

"Il fallait savoir résister à la tentation de l'affrontement. Sans doute plus jeune y aurais-je succombé ! Qu'au moins l'âge et l'expérience servent à cela, non seulement à être apaisé, mais à savoir apaiser les autres"

Logement

Côté logement, Nicolas Sarkozy propose que "dans la limite d'un plafond" encore indéterminé, l'État garantisse l'apport de 10 % du prix d'un bien immobilier pour les personnes qui souhaiteraient en acquérir un.

"L'État doit devenir le 'partenaire' des Français dans l'accession à la propriété en apportant un 'coup de pouce' par sa garantie de l'apport des primo-accédants [...].

Je propose qu'il garantisse désormais une partie de l'apport personnel à hauteur de 10 % du prix total du bien immobilier, dans la limite d'un plafond. Les jeunes ménages pourraient avoir accès plus facilement au crédit immobilier."

Immigration

Nicolas Sarkozy veut se montrer ferme en matière d'immigration. Il dit vouloir stopper purement et simplement l'immigration économique, soit l'immigration motivée par autre chose que l'état de guerre qui sévit dans le pays d'origine des migrants.

"En ce qui concerne l'immigration économique, nous devrons la stopper pendant le prochain quinquennat."

Il souhaite aussi suspendre le regroupement familial, ainsi que couper l'aide médicale d'État dont bénéficie toute personne en situation irrégulière en France.

"Je crois indispensable l'existence d'un délai de cinq ans avant qu'un étranger puisse bénéficier en France d'une allocation sociale non contributive [...] Nous devrons en outre supprimer l'aide médicale d'État qui coûte chaque année près de 800 millions d'euros et qui sera remplacée par une aide couvrant uniquement les urgences vitales."

"Je propose que, tant que la nouvelle politique d'immigration ne sera pas mise en œuvre au plan national comme européen, le regroupement familial soit suspendu."

Religion

L'ex-président remet un tour de vis dans la fermeté de la laïcité à l'école en disant vouloir appliquer la "tolérance zéro" sur le port de signes religieux de l'école à l'université.

"Sur la laïcité. L'école devrait en être l'incarnation même. J'exigerai donc la tolérance zéro à l'égard des pratiques communautaires et de toutes manifestations de contestations de l'autorité et des règles communes [...].

Je souhaite que le port des signes religieux soit interdit non seulement à l'école, au collège, au lycée, mais également à l'université et même dans les sorties scolaires pour les accompagnants."

Aussi, il propose que les imams soient désignés sous le contrôle du ministère de l'Intérieur :

"Nous voulons un islam de France. Nous refusons un islam en France. Ainsi, je crois inévitable la mise en place d'une procédure qui permettra au CFCM [Conseil français du culte musulman, ndlr] d'habiliter les imams sous le contrôle du ministère de l'Intérieur".

Par Théo Chapuis, publié le 02/09/2016

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