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La police de New York prend la bombe pour lutter contre le graffiti

Publié le

par Tomas Statius

La lutte anti-graffiti passe au niveau supérieur à New York. La fameuse NYPD invite ses cops à recouvrir les tags qu'ils croisent en patrouille.

À New York, poumon de la culture hip-hop, la lutte anti-graffiti passe au niveau supérieur. Finies les applications où l'on signalait la présence d'un tag au coin de sa rue, has been l'utilisation de drones, plus au goût du jour la bonne vieille investigation avec ses dossiers et ses interrogatoires.

Non, à New York depuis le 2 mai, les policiers sont invités selon une toute nouvelle circulaire à recouvrir les graffitis qu'ils croisent par l'application... d'une nouvelle couche de peinture. Un dispositif dévoilé par le NYPost, abondamment relayé, notamment par le site spécialisé AllCity, dont on a découvert ébahi les préconisations.

Petit guide à l'utilisation des policiers-graffeurs

Voici les quatre points qui émergent des différentes sources que nous avons trouvées sur le net.

1) Selon un premier mémo, muni de bombes de peintures fournies par l'administration (un comble), les policiers sont invités à recouvrir les tags, mais pas les fresques.

2) Avant d'agir, ils doivent prendre une photo (mémo #2)

Alors la NYPD, on efface Banksy ?

3) Pour recouvrir un tag, les agents sont avisés de tracer un carré autour de celui-ci, puis de remplir à la peinture blanche, noire ou rouge la zone ainsi délimitée. Cette information émane d'une lettre reçue par les policiers des quartiers de Bushwick, Brownsville et Bedford-Stuyvesant, toujours selon le NYPost. À noter que les patrouilles circulant sur les voies rapides seront également mobilisées sur leur terrain d'intervention.

4) Pour les tags sur des stores, enfin, les cops se doivent d'inciter les commerçants à porter plainte contre l'auteur de la dégradation.

Une autorité nouvelle qui s'applique sur l'ensemble des 5 boroughs de la Grosse Pomme.

Découragement ou déraison ?

Outre l'incompréhension qui nous inonde, c'est le mécanisme-même de cette politique qui est problématique. Censée "discréditer la virilité" des graffeurs, selon le mot d'un officier anonyme cité par le titre américain, elle est un signe de faiblesse là où ce sont plutôt les mécaniques que la NYPD souhaitait faire rouler. Plutôt qu'une mesure offensive, elle apparaît comme une dernière tentative d'une administration dépassée pour enrayer l'implacable phénomène. "Puisqu'on a déjà essayé tout le reste, pourquoi ne pas tenter ça", en somme.

Elle provoque également la grogne de la maréchaussée de la métropole, et pour cause : la tâche est immense et chronophage. "Les policiers sont pas content du tout", commente le même officier.

Et pour effacer COST et REVS, on fait comment ?

Le processus est également vilipendé parce qu'il détourne la police de sa mission initiale : "Le programme anti-graffiti est ridicule. Certains de ces quartiers sont vraiment dangereux, on devrait s'intéresser à lutter contre la criminalité", commente encore l'agent. Une tension qui devrait connaître un pic au cours de l'été. En effet, c'est à ce moment de l'année que le nombre de fusillades augmente. Et que les sorties des graffeurs se multiplient.

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