Le Népal pleure la destruction d'une partie de son patrimoine culturel

Statues, tours, temples... Avec le traumatisme du nombre de morts qui ne cesse de s'alourdir, le Népal doit faire face aux stigmates laissés par la destruction d'une partie de son patrimoine.

(Crédits image : Elivagar/Flickr)

Photo prise à Bhaktapur le 18 novembre 2012. Selon l'auteur de la photo, la construction la plus grande, en haut à droite de la photo, s'est effondrée à cause du séisme (Crédits image : Elivagar/Flickr)

Samedi 25 avril, la terre a tremblé sous le Toit du monde. Tant et si bien que le Népal compte encore les corps dans les gravats deux jours après la première secousse. Si l'ampleur terrifiante du bilan humain ne fait désormais plus aucun doute, l'héritage culturel du pays paye lui aussi lourdement le prix du séisme de magnitude 7,9 qui a ébranlé le pays qui a vu naître le Bouddah.

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Avant la catastrophe, sept cas de réalisations architecturales étaient inscrits au patrimoine de l’Unesco. On ne sait pas exactement combien sont encore debout aujourd'hui. À leur sujet, l'organisation internationale évoque "une symbiose unique de l’hindouisme, du bouddhisme et du tantrisme", mais aussi "une des applications de la brique, de la pierre, du bois et du bronze les plus sophistiquées au monde".

Bref, ce qui s'est produit samedi est évidemment un drame humain avant tout, mais c'est également un désastre culturel et architectural à l'échelle mondiale.

La tour historique de Bhimsen

Maisons, immeubles, temples, statues... Tant d'édifices n'étaient plus que gravats parmi les gravats après la secousse. Mais l'une des plus emblématiques de ces disparitions, c'est celle de la tour de Dharhara, ou tour Bhimsen. Haute de neuf étages, elle dominait encore Katmandou de ses 62 mètres de hauteur au petit matin du 25 avril. Ce n'est pas la première fois qu'elle s'écroule : la tour d'observation édifiée en 1825 s'était effondrée une première fois, lors du... tremblement de terre subi par la ville en 1934.

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Lieu touristique très populaire de la cité, elle abritait un sanctuaire hindou dédié à Shiva et était surmontée d'une flèche de bronze à son extrémité. De nombreux visiteurs se trouvaient en train de gravir ses marches ou à son pied au moment de la catastrophe – on parle d'une centaine. Pour l'instant, 180 corps auraient été retrouvés dans les décombres.

La tour Bhimsen, ou Dharhara, photographiée le 6 décembre 2011 (Crédits image : Geoff Stearns/Flickr)

La tour Bhimsen, ou Dharhara, photographiée le 6 décembre 2011 (Crédits image : Geoff Stearns/Flickr)

Après le séisme, il n'en restait que la base :

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Ce qu'il reste désormais de la tour Bhimsen (Crédits image : Prakash Mathema/AFP Photos)

Ce qu'il reste désormais de la tour Bhimsen (Crédits image : Prakash Mathema/AFP Photos)

Selon Libération, l'Unesco tentait d'obtenir des informations sur l'étendue des destructions de la capitale, dotée d'un cœur historique aux innombrables temples et statues – mais aussi aux palais de Patan et Bhadgaon, fiefs de royaumes anciens sis dans la vallée de Katmandou. "Nous pensons que les places historiques du Durbar à Katmandou, Patan et Bhadgaon ont été gravement endommagées", expliquait au quotidien Christian Manhart, représentant de l’Unesco pour le Népal.

Sur Twitter, un panorama tragique du Toit du monde

De nombreuses photos et vidéos font en effet état du chaos, mais aussi des dégradations irréversibles subies par Katmandou. Le compte Twitter de la journaliste d'ABC News Australia Siobhan Heanue est rempli d'images d'édifices religieux mis à terre par le séisme. Sa page sur le réseau à l'oiseau bleu n'est qu'un immense cimetière des constructions disparues dans la capitale et aux alentours.

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Dans le tweet ci-dessous, elle montre de terribles images de dévastation à Patan, ancienne cité royale parsemée de temples et monastères élevés entre le XIIè et le XVIIIè siècles :

Ci-dessous, un cliché de la même place Durbar, à Patan, classée au patrimoine mondial culturel de l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture. C'était deux ans plus tôt :

Un cliché de la place Durbar à Patan, pris en janvier 2013 (Crédits image : Jean-Pierre Dalbéra/Flickr)

Un cliché de la place Durbar à Patan, pris le 22 janvier 2013 (Crédits image : Jean-Pierre Dalbéra/Flickr)

C'est le monde entier qui perd une partie de son patrimoine

L’Unesco cherche aussi à savoir si le site de Lumbini, là où Bouddha est réputé être né il y a plus de 2 600 ans, un endroit classé au patrimoine mondial de l’humanité, a également été touché. Lumbini est situé à environ 280 kilomètres de Katmandou.

Une "perte irrémédiable pour le Népal", mais aussi pour "le reste du monde", c'est en ces mots tranchants que PD Balaji, directeur du département d’histoire et d’archéologie de l’Université de Madras, évoquait la catastrophe subie par le Népal samedi 25 avril. Il ajoutait qu'une "restauration complète ne serait pas possible compte-tenu de l’étendue des dégâts sur les sites historiques". C'est vrai : l'Unesco estime qu'il est encore trop tôt pour aborder le sujet de la reconstruction et de son rôle, notamment financier, dans la question.

L'Unesco, de son côté, déplore la disparition du "cœur social, religieux et urbanistique de cette ville". Et de rappeler que la capitale népalaise, fantasme de nombreux occidentaux depuis Alexandra David-Néel en 1912, "a inspiré de nombreux écrivains, artistes et poètes, à la fois étrangers et népalais". Dont Cat Stevens.

Katmandu, I'll soon be touchin' you
And your strange bewilderin' time
Will hold me down

Par Théo Chapuis, publié le 27/04/2015

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