Voyager 1 (Vue d’artiste. © Nasa).

Après 37 ans de sieste, la Nasa rallume les propulseurs de Voyager 1

La mythique sonde d’exploration, désormais à 21 milliards de kilomètres de la Terre, a été réactivée pour la première fois depuis 1980. Sans aucun problème.

Voyager 1 (Vue d’artiste. © Nasa).

"L’exploration fait partie de notre nature. Nous sommes nés explorateurs, et nous le sommes restés" : toute sa vie, l’astrophysicien et philosophe Carl Sagan aura bataillé en faveur de l’exploration spatiale, arguant qu’il en allait de la nature humaine d’aller visiter l’infinité de mondes qui peuplent son voisinage cosmique immédiat avec une abnégation suffisante pour convaincre l’agence spatiale américaine.

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Le 5 septembre 1977, la sonde Voyager 1 s’élançait dans le ciel de cap Canaveral avec une ambition démesurée : voyager plus loin dans l’espace qu’aucun autre objet d’origine humaine avant elle, en emportant à son bord un disque vinyle doré contenant des informations essentielles sur Homo sapiens, la position de sa planète d’origine, l’état de nos connaissances scientifiques fondamentales et une petite playlist de musiques classiques et traditionnelles pour passer le temps en traversant le système solaire (et accessoirement se présenter poliment à une civilisation extraterrestre technologiquement avancée). Quatre décennies plus tard, Voyager 1 a franchi 21 milliards de kilomètres – soit 140 fois la distance Terre-Soleil –, est sortie du système solaire en 2012, file dans l’espace interstellaire à près de 60 000 kilomètres/heure… et vient d’être réactivée, après trente-sept ans de sieste dans le vide spatial.

Le 1er décembre, le Jet Propulsion Laboratory (JPL) de la Nasa annonçait la résurrection de la sonde, qui avait été utilisée pour la dernière fois le 8 novembre 1980 avant d’être placée en état d’hibernation afin de conserver ses batteries. Mardi 28 novembre, les ingénieurs du JPL ont donc envoyé une série de commandes à la sonde lui ordonnant de mettre à feu ses quatre propulseurs le temps de 10 millisecondes. Une pichenette télécommandée, suffisante pour réaligner l’antenne de la sonde avec la Terre et assurer un maintien des communications pour les années à venir. Les instructions mettront dix-neuf heures et trente-cinq minutes à atteindre le vaisseau, avant que la réaction de la sonde ne mette un temps équivalent à revenir sur Terre. Après presque quarante ans d’inactivité, les moteurs d’Aerojet Rocketdyne ont parfaitement répondu.

La tête dans les nuages

Rendez-vous compte : à l’heure où laisser dormir sa bagnole dans un garage pendant quelques mois vous garantit une demi-heure de lutte avec une batterie à moitié vide, la Nasa vient de réactiver une technologie vieille de presque un demi-siècle (et notamment un logiciel codé dans un langage obsolète, détaille le JPL), dont une partie vient de passer plusieurs décennies exposée à des températures et des radiations à faire passer l’Antarctique pour un petit coin de paradis, le tout sans le moindre problème. Oui, l’agence spatiale américaine est un mastodonte qui prend un temps fou à lancer des projets aux coûts faramineux (comme aime tant à le rappeler Elon Musk), mais niveau durabilité, il n’y a rien à redire. En même temps, il vaut mieux, car Voyager 1 et 2 (l’autre sonde étant partie dans une direction opposée du système solaire) n’ont pas fini de dériver.

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Si cette manipulation des propulseurs a permis, selon l’agence spatiale, d’augmenter la durée de vie de la mission de "deux à trois ans", notre génération ne connaîtra probablement jamais les prochains chapitres de l’odyssée homérique des jumelles Voyager. D’ici une dizaine d’années, rappelle le JPL, les systèmes qui gouvernent les transmissions entre la sonde et notre planète s’arrêteront pour de bon, laissant la sonde seule à son destin, désormais muette… mais pas foutue pour autant : en juillet, le site SciencePost rappelait que des observations du télescope Hubble ont d’ores et déjà permis de prédire la trajectoire des sondes pour les 100 000 prochaines années. Au programme : un premier nuage de gaz, périphérique du système solaire, à traverser pendant mille ans. Puis, pour Voyager 2, un second… qui lui prendra 90 000 ans à dépasser. De là où il se trouve, Carl Sagan peut sourire : oui, l’être humain continue d’explorer, et il est bien possible que son ambition lui survive.

Par Thibault Prévost, publié le 04/12/2017

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