Par Louis Lepron

Selon une étude financée par la Nasa, notre civilisation est condamnée. Sept questions autour de ces conclusions reprises dans le monde entier. 

Depuis une semaine, une étude du Centre de vols spatiaux Goddard de la Nasa a été reprise dans de nombreux médias, du britannique The Guardian à la Radio Télévision Belge (RTBF) en passant par le Français Slate qui titre sobrement :

Notre civilisation est condammnée, selon une étude de la Nasa.

Reprenons les choses point par point et en sept questions.

D'où vient cette étude ?

Elsevier Journal Ecological EconomicsFinancée par la Nasa, elle à été publiée dans le Elsevier Journal Ecological Economics, une publication "très sérieuse" selon la RTBF, créée en 1989 par Robert Costanza. Sur son site, Elsevier se décrit comme une compagnie délivrant des conseils à des professionnels dans les domaines de la science, de la santé et de la technologie.

Derrière le bilan de l'étude, se cache un outil analytique nommé "HANDY" pour "Human And Nature DYnamical". Dirigé par le mathématicien Safa Motesharri qui occupe un poste à la National Science Foundation des États-Unis, il brasse plusieurs disciplines.

Quelle en est la conclusion ?

La conclusion est édifiante : dans les prochaines décennies, la civilisation industrielle mondiale sera anéantie. Deux facteurs, bien connus, sont pointés du doigt : la mauvaise gestion des ressources naturelles et l'inégalité des richesses au sein des populations.

Ces dernières semaines, le FMI a fait des sorties inattendues concernant le volet "inégalité". L'institution a dévoilé deux études mettant en avant que les inégalités de revenus étaient de plus en plus fortes dans le monde, non pas entre les pays mais au sein même de ces pays.

Au même moment, l'ONU s'est alarmé du futur des ressources humaines. Prévoyant une croissance économique et démographique d'ici 2050, un rapport de l'organisation internationale explique :

La demande en eau douce et en énergie va continuer à augmenter au cours des prochaines décennies pour répondre aux besoins de populations et d'économies en croissance, des changements de mode de vie et de consommation, amplifiant ainsi grandement les pressions existantes sur les ressources naturelles limitées et les écosystèmes.

Comment la conclusion en arrive-t-elle là ?

L'étude part d'un constat simple, le déclin historique de civilisations : les Romains et les Mayas sont l'exemple qu'un tel phénomène peut se produire sur Terre. En s'inspirant de ces faits historiques et en essayant de faire le lien entre humanité et nature, les chercheurs de l'étude ont essayé de comprendre la raison de leur chute. En parallèle, ils ont cherché des facteurs communs à leur déclin.

Cinq, selon eux, sont remontés : le climat, la population, l’eau, l’agriculture et l’énergie. Lorsqu'ils se "conjuguent" d'une certaine manière explique le site de la RTBF, ils "génèrent deux fonctions sociales essentielles", citant l'étude :

La rareté des ressources provoquée par la pression exercée sur l’écologie et la stratification économique entre riches et pauvres ont toujours joué un rôle central dans le processus d’effondrement. Du moins au cours des cinq mille dernières années.

Les pauvres survivent, les riches surconsomment : un comportement invivable qui aurait pour corrollaires la disparition de la catégorie des plus pauvres dans un premier temps, puis de celle des plus riches dans un deuxième temps.

La technologie peut-elle être une solution ?

La RTBF, s'inspirant de l'étude, résume l'apport de la technologie en une phrase :

Les augmentations de productivité dans l’agriculture et l’industrie au cours des deux derniers siècles ont débouché, dit l’étude, sur une augmentation de production des ressources sans profiter à l’ensemble de la population.

La technologie aspire donc à améliorer l'efficacité de la production et l'utilisation des ressources. Elle n'est qu'un intermédiaire, aucunement la solution à l'inégalité entre les populations ou à la mauvaise gestion des ressources.

Quels sont les scénarios catastrophe ?

L'histoire révisée, les facteurs pris en compte, la conclusion de Safa Motesharri est limpide : l'étude "reflétant mieux la réalité du monde d’aujourd’hui… nous constatons que l’effondrement est difficile à éviter". Et deux scénarios catastrophe sont proposés.

La logique du premier scénario fait froid dans le dos. Les élites ? Elles consomment beaucoup trop. Inégalités sociales oblige, les pauvres entrent dans une période de famine. Conséquence, les travailleurs disparaissent, entraînant la société (et les élites) dans leur chute.

La logique du deuxième scénario diffère quelque peu du premier : les élites surconsomment toujours autant. Résultat, la catégorie des pauvres disparait. Les riches, eux, sont dans une sorte de maintien artificiel de leur niveau de vie. C'est ce facteur, cet aveuglement, cette "inconscience des élites" et leur non-réaction face à la situation, qui va causer sa perte.

Existe t-il une solution ?

Comme le reprend Slate, le mathématicien Safa Motesharri indique des pistes :

Les deux solutions-clés sont de réduire les inégalités économiques afin d’assurer une distribution plus juste des ressources, et de réduire considérablement la consommation de ressources en s’appuyant sur des ressources renouvelables moins intensives et sur une croissance moindre de la population.

The Guardian enfonce le clou des conclusions de l'étude : oui, il s'agit d'une étude théorique mais d'autres rapports, empiriques, ont convergé vers le même bilan. Selon le quotidien, une "convergence des crises alimentaires, énergétique et de l’eau", conduirait à une "tempête parfaite". D'ici 15 ans.

Est-ce que la culture en a "conscience" ?

Il est intéressant, en parallèle à ces conclusions scientifiques, de prendre le pouls de la culture en allant du côté d'Hollywood. Ces vingt dernières années, une flopée de films apocalyptiques sont sortis au cinéma. Melancholia, Jusqu'à ce que la fin du monde nous sépareArmageddon ou Take Shelter étaient disposés dans les catégories "drame d'auteur" façon Lars Von Trier, drame héroïque façon Michael Bay ou comédie avec Steve Carell.

Ces films ont une particularité en commun : la fin du monde n'est pas causée par l'homme mais par un élément extérieur (une ou plusieurs météorites, la Lune ou une tempête climatique). Étrangement, un seul film sorti en 2013 se rapproche de cette logique socio-politique définie par l'étude de la Nasa : Elysium, du sud-africain Neill Blomkamp (District 9). 

L'histoire se déroule en 2154 et la race humaine est divisée en deux. D'un côté les plus pauvres, restés sur une Terre surpeuplée, sont coincés dans des bidonvilles. Ils se battent tant bien que mal contre la progression de la criminalité.

De l'autre les plus riches, installés confortablement dans une station spatiale intitulée Elysium : ils mangent à leur guise et ont accès à des med-box qui leur permettent de régénérer en deux mouvements leurs cellules.

Espérons que notre civilisation ne prendra pas le même chemin.