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La Nasa ajoute 219 exoplanètes au catalogue de Kepler, dont 10 potentiellement habitables

Publié le

par Thibault Prévost

Le télescope Kepler, en service depuis 2009. Crédit: Nasa

Avec cette ultime mise à jour, le catalogue du télescope Kepler compte désormais 4 034 exoplanètes, dont 50 pouvant potentiellement abriter la vie.

Le télescope Kepler, en service depuis 2009. (© Nasa)

C’était la dernière fois avant un bout de temps que la Nasa nous balançait de la poussière d’exoplanètes dans les yeux. Et quelque part, ça fait tout drôle, parce qu’on commençait presque à s’habituer à ces grandes annonces de découverte de nouveaux mondes et de systèmes exotiques. Parce qu’on commençait à apprivoiser un lexique nouveau fait de "zone d’habitabilité", de "période d’orbite", "d’atmosphère gazeuse" et de "surface rocheuse" – le langage de ces vigies du cosmos qui, entre 2009 et 2017, ont complètement bouleversé notre conception de l’Univers et dont les preuves statistiques irréfutables nous ont offert la permission de rêver à nouveau à l’existence d’autres mondes sans se coller un chapeau de papier alu sur le crâne.

Le 19 juin, la mission de recherche d’exoplanètes du télescope orbital Kepler s’est achevée avec l’ajout de 219 nouvelles candidates, dont 10 d’une taille proche de celle de la Terre et située dans la zone d’habitabilité (en jargon astrophysique, on les appelle "planètes Boucle d’Or"), a annoncé la Nasa lors d’une conférence de presse. Elles pourraient donc, en théorie, abriter de l’eau à l’état liquide – même si de nombreux autres paramètres rentrent en jeu, comme la présence d’une atmosphère autour de la planète et la composition de celle-ci. En prenant en compte cette huitième et dernière fournée de mondes extrasolaires, tous situés dans la Voie lactée, Kepler aura donc déniché 4 034 exoplanètes candidates, dont 2 335 vérifiées par d’autres télescopes. Sur les quelque 50 exoplanètes "Boucles d’or" qui pourraient un jour nous servir de destination de vacances, plus de 30 ont été confirmées.

En quatre ans d’exploitation – la mission initiale s’est interrompue en 2013 après la panne de ses gyroscopes –, Kepler, reconduit pour la mission K2 jusqu’en 2016, a partiellement répondu à l’une des questions les plus ardentes de la recherche astrophysique : en extrapolant les statistiques obtenues par l’observation de 160 000 étoiles de la constellation du Cygne à l’échelle de l’Univers, il devrait théoriquement exister des milliards de mondes potentiellement habitables. Nous sommes peut-être réellement seuls dans l’univers, mais les seules statistiques ont plutôt tendance à supposer l’inverse. Le 30 septembre prochain, la mission d’exploration prendra officiellement fin.

Vers une "biologie planétaire"

Pour autant, le travail des chercheurs d’exoplanètes est loin d’être terminé. Les données compilées par Kepler peuvent encore largement être affinées, et de nouveaux résultats peuvent émerger de leur étude. Ainsi, en reprenant toute la collection d’exoplanètes de Kepler et en mesurant plus précisément leurs tailles, un groupe de chercheurs a compris que la Voie lactée produit deux groupes très distincts de "petites planètes" : des "super-Terre", d’une taille similaire ou supérieure à notre planète, et des sortes de "mini-Neptune" gazeuses. Entre les deux, rien ou presque. Étonnamment, ces "mini-Neptune" se retrouvent à peu près partout dans la Voie lactée… excepté dans notre bon vieux système solaire. Une séparation étonnante – alors que les planètes "démarrent" toutes avec les mêmes quantités de matière rocheuses dans leur cœur, précise le New York Times, que les chercheurs responsables de l’étude comparent à une "branche" séparant des grandes familles d’animaux. Au point de mettre en place une classification "biologique" des planètes ? L’idée n’est pas si saugrenue, à condition que les télescopes de demain aient les moyens d’observer plus précisément les exoplanètes de notre voisinage.

Ça tombe bien, puisque la relève de Kepler est déjà assurée. Si le vaillant télescope continuera à observer quelques objets cosmiques intrigants, comme des regroupements ("clusters") de planètes ou des systèmes comme Trappist-1, découvert en février dernier, un autre satellite, Tess, sera lancé l’année prochaine avec sensiblement la même mission. Mais la relève sera réellement assurée avec la mise en orbite du télescope James Webb, également en 2018, beaucoup plus puissant que Kepler et capable d’identifier la composition d’atmosphères autour des exoplanètes qui en possèdent, voire la présence de vie. Une nouvelle étape dans la composition d’un catalogue précis de "cibles" avant le lancement d’un dernier télescope, entièrement tourné vers la recherche de vie extraterrestre, à l’horizon 2030.

Une sorte super-Hubble qui – soyons fous — aurait enfin les moyens d’apporter une réponse à la question "Sommes-nous seuls dans l’Univers ?", alors que James Webb devrait se concentrer sur l’observation des premiers instants du cosmos après le Big Bang. Mais Kepler restera à jamais le premier à avoir entériné l’existence des exoplanètes, faisant passer leur nombre d’environ 300 à plus de 4 000 en moins d’une décennie. Une page de l’astronomie se tourne… et le prochain chapitre fait déjà saliver.

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