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Débuts de Facebook : les conversations machiavéliques de Zuckerberg

Publié le

par Naomi Clément

On ne révolutionne pas Internet en un claquement de doigts. Avant de connaître le succès planétaire avec Facebook, Mark Zuckerberg a dû faire face à de nombreux dilemmes, et réaliser pas mal de coups bas. La preuve avec cette série de conversations privées échangées en 2004.

© Wallpaperswalla.com

En mai 2012, après plusieurs années de reportage sur la société Facebook, Nicholas Carlson du site Business Insider a obtenu et publié des échanges privés entre Mark Zuckerberg et un (ou plusieurs) de ses amis. Datant de 2004 et illustré à travers des captures d'écran façon iPhone, ces conversations permettent d'y voir plus clair sur le personnage de Zuckerberg qui, à l'époque, n'était encore qu'un étudiant en deuxième année à Harvard, bien loin du PDG milliardaire qu'on connaît aujourd'hui.

Ces conversations, misent en ligne il y a quelques semaines sur le site de Business Insider et traduites par le Journal du Net, permettent de répondre à quelques questions : qui est Mark Zuckerberg dans l'intimité ? À quoi pensait-il lorsqu'il a décidé de créer Facebook ? Et que pensait-il vraiment des jumeaux Winklevoss, les diplômés de Harvard qui l'ont poursuivi en justice ?

Retour en 9 étapes sur le Zuckerberg de 2004.

Facebook ou les jumeaux Winklevoss ?

Avant de lancer TheFacebook.com (selon son appellation originelle), Mark Zuckerberg a dû faire un choix : se concentrer exclusivement sur Facebook ou travailler sur un projet similaire avec ses deux potes de Harvard, les jumeaux Winklevoss. Au détour d'une conversation, il relate sa décision de faire son propre chemin.

Zuckerberg | Donc, tu sais comment je crée ce site de rencontres. Je me demande dans quelle mesure c'est identique à ce truc de Facebook. Parce qu'ils vont probablement sortir en même temps. A moins que je fasse plonger le site de rencontres et que je les laisse tomber juste avant de leur dire.
X | Ah ah.
Zuckerberg | Je ne crois pas que les gens adhèreraient à Facebook s'ils savaient que c'est un site de rencontres. Mais le type qui s'en charge va bien s'occuper de la promotion. Je me demande quelle est la solution idéale. Je pense que Facebook en lui-même attirerait beaucoup de gens, à moins qu'il ne sorte en même temps que le site de rencontres. Dans ce cas, les deux s'annuleraient l'un l'autre et ils seraient perdants. Tu as des idées ? Du genre il y a une bonne manière de consolider les deux ?
X | On pourrait les mettre sur un réseau comme un friendster, ah ah. Ils ont quelque chose comme ça en interne à Stanford.
Zuckerberg | Eh bien, je pensais à faire quelque chose comme ça pour Facebook. La seule chose qui diffère de la leur c'est qu'avec Facebook, tu peux préférer les dates de demandes avec les gens ou les connexions. Ce n'est pas possible via le système.
X | Ouais.
Zuckerberg | Ce que je n'aime pas non plus c'est que je le fait pour les autres, ah ah. Genre, je n'aime pas travailler sous les ordres des autres. Je pense que la chose à faire c'est de terminer Facebook et attendre jusqu'au dernier jour avant que je sois sensé avoir terminé leur truc et puis leur dire "votre machin n'est pas aussi bien que le mien, donc si vous voulez vous joindre à moi, vous pouvez... sinon je pourrais vous aider plus tard". Ou bien, tu penses que c'est trop vache ?
X |  Je pense que tu devrais les plaquer.
Zuckerberg | Le truc c'est qu'ils ont un programmeur qui peut finir le travail et ils ont de l'argent à balancer dans la pub. Oh, attend, j'ai aussi de l'argent. Mon copain qui veut me sponsoriser est responsable d'une société d'investissement. Apparemment, le délit d'initié n'est pas illégal au Brésil, alors il est riche lol.
X |  Lol.

"I'm going to fuck them"

Finalement, soutenu par ses amis et ses parents, le jeune Zuckerberg décide d'abandonner les frères pour Winklevoss au profit de son Facebook.

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X | Alors, tu t'es décidé pour savoir ce que tu vas faire avec les sites Web ?
Zuckerberg | Ouais, je vais les laisser tomber. Probablement dans l'année.
X | Ah ah, ça a l'air chouette. Est-ce que tu en as parlé avec tes parents ?
Zuckerberg | Oui et ils me soutiennent. J'ai aussi un copain qui va financer mon serveur comme ça je pourrai avoir tous les équipements dont j'ai besoin.

Eduardo Saverin : un des premiers cofondateurs

© Business Insider

Zuckerberg | Eduardo va financer mes serveurs.
| Il y a un imbécile qui se lève tous les matins.
Zuckerberg | Non, il pense que ça peut rapporter.
X | Qu'est-ce que tu en penses ?
Zuckerberg | Eh bien, je ne connais rien aux affaires.
Donc, si tu peux en faire la promo.
Ouais, d'accord.

L'utilisation des données privées

Peu de temps après avoir lancé TheFacebook.com, Mark Zuckerberg plaisantait sur le fait que des utilisateurs voulaient partager des données privées avec lui et à quel point il les trouvait idiots...

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Zuckerberg | Ouais, si tu cherches des infos sur des gens de Harvard. Tu me demandes. J'ai plus de 4 000 e-mails, photos, adresses, réseautage social.
| Quoi ? Comment t'as fait ?
Zuckerberg | Ce sont les gens qui m'envoient. Ils me "font confiance".
Putains d'idiots.

Le renvoi d'Harvard ?

Lorsque TheFacebook.com fut lancé, les frères Winklevoss se sont plaints auprès d'Harvard. Mark Zuckerberg craignait alors de se faire renvoyer.

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X | Mais pour quels motifs ils veulent te virer de l'école ?
Marck Zuckerberg | Comportement contraire à l'éthique.
X | Euh, est-ce que tu peux te retrouver devant les tribunaux ?
Marck Zuckerberg | Ah ah, arrête. Tu peux avoir un comportement contraire à l'éthique et ne pas te retrouver dans l'illégalité pour autant. C'est comme ça que je vis, ah ah.

Un faux profil sur le réseau des Winklevoss

Finalement, les frères Winklevoss ont créé leur propre réseau social : ConnectU. Par vengeance, et mépris sans doute, Mark Zuckerberg a décidé de créer un faux profil pour Cameron, l'un des deux frères Winklevoss, sur ConnectU.

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Zuckerberg | On a exploité une faille dans leur système et on a créé un autre compte Cameron Winklevoss.
X | C'est quoi le système ?
Zuckerberg |Le site ConnectU.
X | Oh, ah ah ah.
Zuckerberg | On a créé la connexionthelook???

hotmail.com.winklevoss@fas.harvard.edu/ ah ah ah.
On a copié son compte (son profil et tout), sauf que j'ai fait en sorte que ses réponses ressemblent à celles d'un suprémaciste blanc.
Ville natale : "Je suis un super privilégié... où pensez-vous que j'habite ?
Lycée : Pas le droit de le dire. Informations personnelles :
Je recherche : des femmes.
Centres d'intérêt : ce soir, on y va.
Origine ethnique : meilleure que la tienne.
Taille : 2.25 mètres.
Genre : athlétique.
Couleur des cheveux : Blond/Blanc.
Couleur des yeux : bleu ciel.
Fumeur : non.
Boissons : buveur modéré
Musique préférée : le son que j'émets lorsque je me masturbe.
Film préféré : Les Aventures du Baron Munchausen.
Citation préférée : "les personnes sans domicile fixe valent leur pesant de trombones". Je déteste les noirs.
Sport : je peux faire un 2 000 mètres en 2 minutes et 36 secondes.
Langues : blancs protestants d'origine anglo-saxonne
Instruments : la musique est une entrave à ma voix.
Clubs : mon père m'a inscrit à un club de porcelaine.
Intéressé par : essayer de trouver mon pénis. Gaspiller l'argent de mon père. Avoir l'air d'un con.
Moi : Vous allez aimer mon sourire de mangeur de merde.

Désactivation des comptes de ConnectU

Après avoir créé un faux compte pour Cameron Winklevoss, Mark Zuckerberg est allé un peu plus loin. En entrant par effraction dans le site ConnectU, il a fermé les comptes de plusieurs utilisateurs. Par "ennui", dit-il.

© Business Insider

Zuckerberg | Je m'ennuyais, donc j'ai commencé à désactiver les comptes de ConnectU, ah ah. J'imagine que ceux qui ont fait le site ne réaliseront pas que tout vient de la même adresse IP. Ce n'est pas le genre de chose dont on peut se rendre compte à moins de la chercher précisément. Les logs Apache ne vous le diront pas non plus. Juste qu'il y a un truc qui vient de mon IP.
X | Hein.
Zuckerberg | Combien penses-tu qu'il y a de programmeurs qui se connectent autant que nous ? Genre, c'est normal de se connecter à tous les identifiants et les profils ?
X | Je ne sais pas. La boîte a probablement fait juste le minimum pour que le site ait l'air bien.
Zuckerberg | Je te parie qu'ils s'inquiètent parce qu'il y a tous ces gens qui désactivent leur compte.
X | Combien tu en as désactivé ?
Zuckerberg | Environ 20, ah ah. Je pense que la réaction naturelle est de penser qu'un e-mail les a persuadé de désactiver leur compte.

Évincer Eduardo Saverin

Finalement, Eduardo Saverin, pourtant l'un des premiers cofondateurs de Facebook, se retrouve sur la sellette. Pour la petite histoire, Saverin était à l'origine détenteur de 30% du capital de Facebook.

Mais, probablement quelques mois après la discussion ci-dessous, il a vu ses parts descendre en deçà des 10%, ce qui l’a poussé à mettre un terme à ses relations avec la société et à voir son nom disparaître de la liste des cofondateurs sur le site. En 2009, un accord financier avec Mark Zucherberg a été trouvé et son nom a été réintégré sur le site.

© Business Insider

X | Comment vas-tu résoudre le problème Eduardo ?
Zuckerberg | Je vais acheter la SARL.
Et puis, je vais lui donner moins d'actions dans la société que je n'en ai achetées.
X | Je ne suis pas certain que ça vaille un procès potentiel juste pour redistribuer des actions. Tu n'as rien à y gagner.
Zuckerberg | Non, j'ai à y gagner parce que jusqu'à ce que je le fasse j'ai besoin qu'Eduardo s'occupe de tout. Après ça, j'aurai le contrôle.

Un procès en route

Visiblement, Mark Zuckerberg savait que l'éviction d'Eduardo Saverin allait inévitablement aboutir à un procès. Ce message révèle également qu'il voulait vendre Facebook et travailler sur une autre startup, Wirehog.

© Business Insider

X | Bon, tu devrais récupérer les actions dont tu as besoin pour les frais juridiques.
Zuckerberg | Je ne payerai pas les frais juridiques.
L'entreprise qui va nous racheter les payera, ah, ah.
X | Bien, espérons que ça va arriver vite pour que tu puisses avancer et travailler sur ce que tu veux.
Zuckerberg | Eh bien, je dois avancer sur Wirehog.
X | Alors, tu as eu des réponses à ta reconnaissance au niveau national ?
Zuckerberg | Des réponses de qui ? Quelques sociétés à capital-risque. Je continue à discuter avec Google et Friendster.

La suite de l'histoire, vous la connaissez. Mark Zuckerberg ne vend pas Facebook, et devient même milliardaire grâce à lui. S'en suit une introduction en bourse et des rachats d'applications à tout va. Ces nombreux coups bas feront désormais partie intégrante de la recette du succès de Zuckerberg.

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