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Le MP3 est officiellement libre de droits (et s'en va doucement vers sa fin)

Publié le

par Thibault Prévost

En direct des années 2000. Crédit : WikipédiaCC

L'Institut Fraunhofer, qui détenait les derniers brevets d'utilisation du format MP3, a annoncé qu'il ne les renouvellerait pas. Le début de la fin.

En direct des années 2000. © WikipédiaCC

Les puristes de la musique enregistrée peuvent festoyer : l'ère de la compression MP3 touche véritablement à sa fin, emportant dans son agonie ses affreux effets secondaires sonores. La semaine passée, l'Institut Fraunhofer, qui possède les derniers brevets d'exploitation du format, a annoncé qu'il mettait fin, pour de bon, à son programme de licence, rapporte Gizmodo. Et si la question de la parenté du MP3 est tortueuse et ponctuée de procès retentissants, l'Institut Fraunhofer était bel et bien le dernier organisme à posséder des droits d'exploitation sur l'outil de compression. Avec l'expiration et le non-renouvellement de ces licences, le MP3 est désormais intégralement libre de droits. Et s'en va, doucement, vers le cimetière de l'informatique, selon le communiqué de l'Institut :

"Bien qu'il existe aujourd'hui des codecs audio plus efficaces possédant des fonctionnalités plus avancées, le MP3 est toujours très populaire chez les consommateurs. Cependant, de nombreux services media de qualité comme les diffusions streaming, TV et radio utilisent des codecs ISO-MPEG modernes comme ceux de la famille AAC et bientôt MPEG-H. Ceux-ci peuvent offrir plus de fonctionnalités et une qualité audio supérieure à des bitrates bien inférieurs à ceux du MP3."

Difficile de faire plus clair : au vu des technologies actuelles, le format MP3 est un système de compression on ne peut plus mauvais, qui défigure les pistes passées à sa moulinette ; nous continuons à l'utiliser par tradition, parce que ce sigle restera à jamais associé à l'explosion de l'écoute, l'échange (et, oui, le piratage) de musique en ligne via les réseaux peer-to-peer (KaZaA, eMule, Napster et j'en passe), une ère pré-restrictions géographiques, pré-Spotify et publicités de 30 secondes, pré-Hadopi, aux allures de far west des droits d'auteur où tout semblait soudainement accessible gratuitement et pour tous. Oui, le MP3 mourra - et c'est une excellente nouvelle pour nos oreilles - mais sa place est désormais dans un musée, avec les honneurs.

Et vive le AAC !

Développé à l'orée des années 1990 en Allemagne, le MP3 était encore soumis, jusqu'au 27 avril 2017, à une licence commerciale. En France, nous apprend ZDNet, plusieurs entreprises pouvaient techniquement réclamer une redevance pour l'écoute de pistes, parmi lesquels - outre l'Institut Fraunhofer - Philips et France Télécom. C'est désormais de l'histoire ancienne alors que la majorité des services de streaming sont aujourd'hui passés au format AAC, qui permet de suffisamment compresser les fichiers  pour pouvoir les lire sans accroc tout en conservant une qualité d'écoute "acceptable" pour les puristes. On est encore loin de Neil Young et son lecteur Pono à "haute résolution" audio, mais le format AAC, utilisé en priorité par Apple pour ses baladeurs et son logiciel iTunes, est tout de même bien meilleur que le MP3 et ses ignobles crissements issus de compressions successives - pitié, ayez un peu de respect pour la musique, arrêtez d'extraire des MP3 depuis YouTube.

De fait, la relation que nous avons au MP3 est paradoxale : d'un côté, le format a contribué comme aucun autre support avant lui à la mondialisation du contenu musical ; de l'autre, il l'a fait en habituant le public à une qualité audio désastreuse, à tel point que des recherches ont suggéré que le format renforçait la perception émotionnelle négative de la musique au détriment des émotions positives. Selon de nombreux ingénieurs du son et producteurs, qui témoignent dans le documentaire The Distorsion of Sound sorti en 2014, le dispositif de compression ôterait "jusqu'à 90 %" de la chanson originale, aplatissant au passage tout le spectre sonore. Repose en paix, MP3. Tu ne nous manqueras pas.

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