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Au Moyen-Orient, les crises font diminuer la pollution de l'air

Publié le

par Thibault Prévost

Une étude parue vendredi 21 août 2015 révèle que les conflits armés et les crises politiques ont fait diminuer la pollution atmosphérique au Moyen-Orient depuis 2010.

(Crédits image : Reuters)

Depuis 2010, le niveau de pollution de l'air au dioxyde d'azote (NO2) des principales villes de Syrie, Irak, Palestine et Egypte a chuté de 25 à 50%, améliorant sensiblement l'état de l'environnement et la qualité de vie. Par quel miracle cette épuration, alors même que la planète s'encrasse inlassablement, a-t-elle été rendue possible? C'est un paradoxe, mais le miracle s'appelle la guerre.

Dans une étude publiée vendredi sur Science Advances et reprise par le New York Times, une équipe de chercheurs menée par le chimiste Jos Lelieveld, de l'institut Max Planck de Munich, a montré que les niveaux de pollution observés dans toute la région du Moyen-Orient ont baissé sur la période 2010-2015. Or la tendance coïncide avec l'intense période de crise géopolitique que connaît la région, avec des causes spécifiques à chaque pays.

En utilisant les données du satellite de surveillance de l'ozone Aura, opérationnel depuis 2005, les auteurs de l'étude ont constaté une fracture nette entre la période 2005-2010 et le cycle des cinq années suivantes: "Le Moyen-Orient était l'une des régions dans laquelle la pollution atmosphérique augmentait le plus", explique Jos Lelieveld au Guardian, "c'était lié à une situation de croissance économique. Cependant, c'est la seule région au monde dans laquelle cette tendance s'est interrompue avant de décliner fortement à partir de 2010."

Ainsi, les sanctions économiques infligées par les Nations Unies à l'Iran (notamment la plus contraignante, la Résolution 1929, adoptée en juin 2010), qui ont fortement ralenti l'économie, ont contribué à rendre l'air des villes plus respirable tandis qu'en Irak, la baisse de la pollution de l'air à Bagdad et dans le centre du pays s'enclenche à la prise de pouvoir de Daesh (Etat islamique). En Egypte, les niveaux de NO2 ont quant à eux commencé à baisser en 2011... immédiatement après le renversement de Moubarak.

La qualité de l'air, thermomètre de la température politique?

Plus impressionnante, l'étude des taux de pollution atmosphérique entre la Syrie et le Liban propose une véritable chronologie de la guerre civile syrienne et des déplacements de population qu'elle induit. Ainsi, les taux de NO2 mesurés au-dessus d'Alep et Damas ont fondu de 40 à 50% depuis 2011, l'année marquant le début de la guerre civile entre Bachar al-Assad et l'Armée syrienne libre.

A l'inverse, la pollution au dioxyde d'azote a augmenté de 20 à 30% depuis 2014 au... Liban, pays frontalier de la Syrie. La "faute" au million et demi de réfugiés syriens, forcés de fuir la guerre et de s'installer chez leurs voisins du pays du cèdre, provoquant une subite augmentation de 20% de la population nationale.

"La guerre est toujours une catastrophe écologique"

Enfin, l'étude est allée jusqu'à jeter un coup d'œil dans le ciel grec où les nivaux de dioxyde d'azote, bien qu'en constant déclin ces vingt dernières années, ont réduit de 40% depuis... 2008, début de la crise économique ayant entraîné la récession du pays. Pour résumer cyniquement les résultats de l'étude, là où l'air des villes se purifie, c'est probablement que la situation économique et politique se dégrade.

Néanmoins, la qualité de l'air ne saurait être utilisée comme seul indicateur du climat politique, comme le précise Steven Cohen, directeur de l'Institut de la Terre de l'Université Columbia, cité par le New York Times : "La guerre est toujours une catastrophe écologique. Même si certains polluants sont moins présents pendant le déclin de l'activité économique, de dangereux composés chimiques s'implantent dans l'eau et le sol avec l'utilisation de armes modernes." Une autre façon de dire qu'aujourd'hui, en Syrie, il ne reste plus grand-monde pour respirer cet air purifié. 

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