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Le Mouv' perd son "Le"... et son audience

Publié le

par Aline Cantos

Le Mouv' semble avoir délaissé son public autant qu'il a délaissé son "Le". Le changement de programmation fait basculer la radio publique du côté du hip-hop et de l'electro... sans grand succès. 

Après des audiences médiocres et une rentabilité absente ces dernières années, le Mouv' a fait l'objet de multiples initiatives afin d'inverser la tendance. Cette redirection, allant dans le sens d'une popularisation par le hip-hop et la musique électronique, est le troisième des plans de secours de la radio.

Pourtant, il semblerait que le secours ne soit pas d'une grande assistance au média qui continue à sombrer en terme d'audience et de critique. Depuis le changement, les réactions affluent, les auditeurs et ex-auditeurs réagissent partout sur les réseaux sociaux. Les polémiques vont au-delà de la simple insatisfaction déjà très préjudiciable pour la radio qui a bercé l'adolescence de nos actuels trentenaires. 

Très critique à l'égard de ce changement de cap, le public invoque de multiples raisons à son insatisfaction. La première est bien entendu la programmation. Passant d'une diversité musicale permettant la couverture médiatique de nombre de petits - et gros - artistes à une grille de programmes très mainstream, le Mouv', désormais Mouv' semble avoir fait plus de déçus que d'heureux. 

En témoigne, notamment, la grille publiée sur la page Facebook de la radio :

Les auditeurs en fuite

"Mouv' de là" assènent certains à la vue de la nouvelle direction prise par la station radiophonique. Le message est clair et les auditeurs, en fuite.

Une pétition sommairement intitulée "Expliquez les changements majeurs survenus sur le Mouv'" a déjà plus de 1700 signatures. S'adressant directement aux dirigeants du groupe et au ministre de la culture, dont dépend le secteur médiatique public, les internautes viennent protester contre le flou entourant le radical tournant de la radio.

Ici, c'est la programmation mais aussi l'identité complète de la station qui est remise en question. Diffusant désormais des tubes programmés sur la majorité des radios commerciales à l'image de Skyrock, Fun Radio ou NRJ, Mouv' perd tout l'intérêt qu'elle avait auprès des auditeurs friands de découvertes.

L'orientation hip-hop est bas de gamme, l'électro reste sauvée par le retour de Laura Leishman, dont les émissions "Laura Leishman Club" et "Laura Leishman Project" viennent mettre en avant des artistes de renommée internationale comme des découvertes chaque semaine. Très appréciée par les auditeurs, l'animatrice radio apparaît comme une caution "identité" pour la station qui manque cruellement de cohérence avec son passé.

Une offre contestée

Les autres programmes semblent faits pour s'adapter à la demande des chaînes commerciales. On retrouve une matinale ressemblant étrangement à celles des concurrents de type Fun Radio ou Skyrock dont le concept semble encore à améliorer.

Le 20#20, diffusé comme son nom l'indique à 20h20 a d'ailleurs déjà fait polémique. Le rappeur et désormais chroniqueur JP Zadi y introduit des sujets d'actualité sur lesquels il s'exprime librement. Peut-être un peu trop. C'est en tout cas l'avis des auditeurs. Certains ont vivement critiqué son intervention lors des "Bayes de DSK".

JP Zadi semble y banaliser le viol, parlant des "petits frères" et de leurs "tournantes" dans les cités. La dimension affective donnée à ses propos et la comparaison avec le terme "partie fine", qui dans sa définition implique un consentement contrairement aux "tournantes", fait réagir les auditeurs. 

 Des comptes Twitter parodiques se sont déjà créés afin de dénoncer l'impulsion nouvelle prise par le Mouv'. Le compte "Le 'le' du Mouv" a d'ailleurs conquis un certain nombre d'adeptes du réseau social Twitter.

La direction attend cependant des chiffres positifs. Selon Mathieu Gallet, à la tête de Radio France, si la radio reste en deçà d'1% de part d'audience, elle pourrait bien se voir supprimée au profit d'une diffusion web moins coûteuse et moins contraignante.

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