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Moralisation de la vie politique : un sénateur veut imposer des règles similaires aux journalistes

Publié le

par Cyrielle Bedu

Le sénateur UDI François Zocchetto souhaiterait que les journalistes fassent eux aussi preuve de transparence. Pour ce faire, il compte piétiner au passage la loi sur le secret des sources.

Pourquoi les politiques seraient-ils les seuls à devoir faire preuve de transparence au sujet de leurs pratiques ? C’est la question que voudrait soumettre au Parlement le sénateur mayennais François Zocchetto. En effet, comme l’explique un de ses proches contacté par le site Les Jours : "Y’a pas de raison que les politiques soient les seuls à trinquer." Le ton est donné. Selon Les Jours, le patron du groupe UDI au Sénat aurait donc décidé de préparer deux amendements au projet de loi sur la moralisation de la vie publique, qui concerneraient directement la profession de journaliste.

Le premier amendement indiquerait que, comme les politiques, les journalistes devraient être tenus de déclarer à la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) les "dons ou avantages quelconques d’une valeur significative reçus", ainsi que la "liste des colloques, manifestations ou réunions dans lesquels les modalités de prise de parole par les journalistes sont liées au versement d’une rémunération sous quelque forme que ce soit". Le sénateur fait ici clairement référence à ce que l’on appelle "les ménages", dans le jargon du métier. Il s’agit de prestations (normalement interdites par les chartes journalistiques) organisées par des entreprises publiques ou privées, au cours desquelles des journalistes mettent en avant leur notoriété pour animer des conférences ou des débats – et en profite pour se faire souvent grassement payer au passage.

Dans son second amendement, le sénateur de la Mayenne veut lutter contre les cadeaux en nature que peuvent être amenés à recevoir certains journalistes (voyages de presse et autres prestations reçues dans le cadre de reportages ou d’articles) : "Les publications des journalistes […] doivent être accompagnées de la liste des déplacements, prestations, biens et services offerts dans le cadre de leurs travaux préparatoires dès lors que ceux-ci ont un lien, même indirect, avec le contenu de leurs écrits", est-il indiqué. "Le non-respect de ces obligations entraînerait la perte du bénéfice de toute forme d’aide à la presse et une amende de 15 000 euros", ajoute le texte.

Le secret des sources aux oubliettes

Le sénateur UDI de la Mayenne souhaite aller plus loin. Beaucoup plus loin même. Comme l’expliquent Les Jours, François Zocchetto voudrait notamment que la HATVP puisse "contrôler l’exactitude des déclarations des journalistes" et se "faire communiquer, sur pièce, par les journalistes, toute information ou tout document nécessaire à l’exercice de sa mission". Le tout, sans que le journaliste ne puisse être protégé par le secret professionnel (ou "secret des sources").

Pour ce faire, après avoir obtenu une autorisation du juge des libertés et de la détention, la HATVP pourrait tranquillement "procéder à des vérifications sur place dans les locaux professionnels des journalistes". Et en cas de refus du journaliste de communiquer les informations demandées, ce dernier risquerait un an d’emprisonnement et 15 000 euros d’amende… Rien que ça.

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