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Les conditions de travail des mannequins pointées du doigt

Publié le

par Aline Cantos

Alors que les mannequins font rêver le monde entier en foulant les podiums parisiens, The Model Alliance s'engage pour améliorer leurs conditions de travail.

Sara Ziff, fondatrice de The Model Alliance (droite) et Jenna Sauers, contributrice à l'initiative (gauche)

Le quotidien des mannequins fait beaucoup moins rêver que leurs défilés, et pour cause, tous les jours des modèles subissent la faim, les abus et attouchements, la précarité pour certains. Certaines agences n'hésitent pas à faire subir ces conditions de vie à des enfants.

The Model Alliance agit pour renforcer les possibilités d'action des modèles de l'industrie américaine contre les diverses problématiques auxquelles ils sont confrontés. Malgré une image lisse et brillante, la fashion industry a bien des travers. À la ville et à la scène, deux facettes très différentes du métier se donnent à voir.

Quand elles parcourent les catwalks, les mannequins sont ces icônes de beauté enviées dans le monde entier. Pourtant, les contraintes qui pèsent sur elle sont lourdes et leurs droits, encore peu défendus. The Model Alliance est une organisation dont l'objectif est de pallier le manque de respect à leurs droits les plus essentiels.

The Model Alliance, pour la reconnaissance des droits des mannequins

Une déclaration des droits en question annonce la couleur sur le site de l'organisation mettant en avant des points clefs de son action. Les mannequins doivent bénéficier de relations strictement professionnelles avec leurs agents, clients et photographes, avoir le droit à une zone privée quand ils se changent lors des shootings, défilés et castings, les représentants des modèles mineur(e)s doivent se conformer à une totale transparence concernant leur âge... Bien d'autres règles sont posées noir sur blanc afin de garantir de meilleures conditions de travail aux modèles.

L'organisation apparaît d'autant plus légitime que c'est une mannequin elle-même qui a décidé de la fonder en réaction à ses propres expériences et son vécu. L'américaine Sara Ziff a en effet défilé pour Prada, Marc Jacobs, Calvin Klein et Balenciaga avant de se dédier à la cause des droits du travail des mannequins en formant The Model Alliance en 2012.

L'organisation, qui a pour slogan "Donner une voix aux visages de l'industrie de la mode", a déjà rencontré une victoire avec le vote du Child Model Act en 2013. Grâce à ce dernier, les modèles de moins de 18 ans bénéficient d'une protection étendue et d'une reconnaissance juridique en règle.

Une carrière sur un siège éjectable

Dans le spot de présentation de l'organisation, publié par la top-model Coco Rocha qui dispose d'un rôle prééminent dans l'initiative, la parole est donnée aux mannequins afin de montrer les failles de leur statut. "Quand vous savez que vous êtes hautement remplaçable, c'est dur de parler d'un comportement inapproprié" disent-ils, démontrant la pression psychologique pesant sur eux et les empêchant de refuser l'exploitation. Plusieurs intervenants, dont Coco Rocha, prennent tour à tour la parole pour exiger un traitement privilégié pour les enfants, très présents dans le milieu, ainsi qu'un cadre de travail plus moral.

Étroitement liée aux droits des femmes et au droit du travail, l'initiative se veut rassurante et à l'écoute des modèles victimes de la dictature de la maigreur, de l'exploitation et ses emplois du temps trop intensifs, des abus tant sexuels que psychologiques qui pèsent sur les visages de l'industrie de la mode.

"Personne ne mérite d'être exploité au nom l'amour de la mode" concluent-ils après avoir révélé l'envers du décors des podiums et campagnes publicitaires. Et pour cause, les dérives qui font régulièrement la une des tabloids ne sont pas isolées, c'est ce que démontre la fondatrice de l'organisation dans un documentaire de 2010 intitulé Picture me où elle révèle les contraintes qui pèsent sur les mannequins.

Des chiffres alarmants

Les affirmations seront ensuite appuyées par des sondages réalisés par The Model Alliance, qui atteste d'un début de carrière entre 13 et 16 ans pour environ 55% des modèles, mais aussi de 31,2% de mannequins atteints de troubles du comportement alimentaire dans l'industrie. L'angoisse ne s'arrête pas là puisque 28% des modèles affirment avoir été victimes de pressions les incitant à coucher avec quelqu'un au travail et plus de 60% des interrogées disent manquer d'intimité lorsqu'ils doivent se changer sur leurs lieux de travail.

L'enquête réalisée anonymement sur 241 modèles féminines de New-York et Los Angeles démontre toute l'utilité de la démarche de The Model Alliance en mettant en exergue des problématiques récurrentes dans un milieu où la parole manque de libération. Les modèles, souvent bien loin d'être uniques aux yeux des agences, sont soumises à un marché foisonnant où leur place est régulièrement en danger.

S'insurger contre les pratiques dénoncées par The Model Alliance est bien souvent risqué. C'est pourquoi le projet a pour but de garantir une aide confidentielle et de repenser l'éthique du métier en éduquant ceux qui y travaillent afin de prévenir tout problème.

Alors que certains rêvent devant la Fashion Week parisienne, The Model Alliance œuvre toujours pour que celles et ceux qui fascinent les foules voient enfin leurs droits les plus basiques respectés.