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Petit manuel pour acheter des vêtements responsables pendant les soldes

Entre greenwashing, actions éthiques galvaudées et réels engagements, déterminer le vrai du fauxn’est pas évident. Tour d'horizon à l'occasion des soldes avec Bonne Gueule, premier site indépendant de conseils en mode masculine en France.

Au sein de l’UE, le secteur de la mode représente 220 000 entreprises pour un chiffre d’affaire d’environ 200 milliards d’euros par an. Autant dire qu’il a un rôle à jouer dans l’adaptation de nos modes de consommation aux limites de ce que la planète peut offrir et supporter. Et nous aussi.

C’est au moment de l’achat que le consommateur a de l’influence. Chacune de nos décisions est comme un petit bulletin de vote dans une urne qui favorisera un pan ou un autre de l'industrie. Tentons donc de comprendre ce qu’est la mode responsable et quels éléments regarder pour mieux acheter.

Euh... Help, please !

Euh... Help, please !

Qu’est-ce qu’un vêtement écologiquement ET socialement responsable ?

Il y a plusieurs paramètres à considérer.

  • D’abord les matières,
  • La qualité de fabrication (un vêtement bien fait, c’est un vêtement durable),
  • et puis l’Humain, derrière tout ce travail.

Note : A priori, les labels de vêtements responsables c’est le moyen le plus fiable de savoir ce que vous achetez. Ils assurent que le produit respecte un cahier des charges bien précis évitant le piège des faux labels créés et « auto attribués » par les marques sans aucune valeur. Exemples : GOTS (Global Organic Textile Standard) ou encore le label OEKO-TEX, qui exclue de nombreuses substances nocives de toute la chaîne de production.

1) Connaître l’impact des matières textiles sur l’environnement :

 Les matières synthétiques

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Les vêtements techniques font partie intégrante d’un vestiaire fonctionnel.

Dérivées de l’industrie pétrochimique, les matières synthétiques sont les plus « nocives » en termes de consommation d’énergie et de pollution. D’où l’intérêt de les utiliser « intelligemment » : un pull avec une quantité importante de polyester n’a aucun intérêt, à part celui de réduire les coûts pour le fabricant.

En revanche, elles sont intéressantes lorsqu’elles sont exploitées pour leur technicité (thermorégulation, évacuation de l’humidité, etc.). D’autant que dans ce cas elles sont particulièrement résistantes, et donc un gage de durabilité.

Le coton

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Le coton est la matière première phare de notre prêt-à-porter, bien qu’il soit gourmand en ressources. Il faut environ 10.000 litres d’eau pour produire un jean (de la culture de la fibre à l’assemblage), et 2.500 pour un tee-shirt selon waterfootprint.org. Ce site calcule la consommation en eau de nombreux produits, faisant la différence entre l’eau provenant de la pluie (donc tout à fait naturelle) et celle qui a été pompée, traitée…

Niveau pollution, le coton est souvent cultivé dans des pays où les normes environnementales sont inexistantes : il est gavé de pesticides nuisibles pour les sols.

Le jersey de coton

Le jersey de coton, confortable et robuste.

Le jersey de coton, confortable et robuste.

Il est encore largement dominant dans l’offre textile et, bien évidemment, il ne s’agit pas de le bannir. Tout est question de bon sens : l’épais jean selvedge porté plusieurs années se révèle beaucoup moins polluant qu’un jean délavé bas de gamme bon à changer tous les trois mois.

Surtout, le coton biologique, gourmand en eau mais beaucoup moins traité, tend à se généraliser et à devenir beaucoup plus abordable…Jusqu’à ce que l’on sache mieux recycler cette matière !

Les lainages

Laine mérinos, laine vierge… Des matières nobles et durables, indispensables en hiver !

Laine mérinos, laine vierge… Des matières nobles et durables, indispensables en hiver !

Les lainages sont intéressants pour leur durabilité et leurs propriétés thermiques : c’est un peu du tout bénef. Ils sont recommandés à l’état vierge car ils n’ont alors subi aucun traitement chimique.

Le cachemire

Aussi doux que luxueux, le cachemire se démocratise peu à peu, ce qui n’est pas sans conséquences pour l’environnement.

En effet, les chèvres produisant du cachemire sont généralement élevées sur les haut-plateaux himalayens. Plus haute est l’altitude, plus les chèvres ont froid : le poil ainsi fourni n’en est que meilleur.

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Malheureusement, la demande en cachemire à prix abordable a fait descendre les élevages de chèvre des haut-plateaux vers les plaines. Or, ces braves mammifères mangent tout sur leur passage, notamment les racines, ce qui entraîne une désertification des sols.

On a donc un cachemire bas de gamme, moins durable et dont l’empreinte écologique est plus lourde. Les vêtements en cachemire sont, et doivent rester, des objets durables et précieux, que l’on garde longtemps.

Faites donc bien attention à la provenance des matières et méfiez-vous des grandes enseignes qui ne donneraient pas d’indication sur leur cachemire bon marché.

Le lin et le chanvre

Le lin est une matière très intéressant à tous points de vue : c’est une fibre particulièrement résistante, mais également thermorégulante (oui, vous pouvez tout à fait porter vos chemises en lin en hiver). Au-delà, c’est une culture qui ne nécessite AUCUNE irrigation !

Il y a aussi le chanvre, très connoté hippie en poncho vivant dans le Larzac. Son aspect le rapproche du lin et n’en fait pas une matière très séduisante, alors qu’il est doux et confortable. Cela étant, on commence à trouver des mélanges pertinents permettant de profiter des propriétés du chanvre.

Le chanvre souffre d’une mauvais réputation, alors que mélangé à du coton, comme ici, il devient très intéressant !

Le chanvre souffre d’une mauvais réputation, alors que mélangé à du coton, comme ici, il devient très intéressant !

Le cuir

Enfin, il y a le cuir. Qu’il s’agisse de veau ou d’agneau, l’exploitation de ces petites bêtes est très polluante : 1 kg de viande de veau produite en France = 22 kg de CO2.

À gauche, tannage chimique réalisé au Bangladesh. À droite, tannage végétal italien.

À gauche, tannage chimique réalisé au Bangladesh. À droite, tannage végétal italien.

Heureusement, une belle peau peut se garder longtemps, d’où l’intérêt de s’acheter une pièce, avec une jolie confection qui durera plusieurs années. La patine n’en sera que plus belle et, surtout, l’impact environnemental de votre cuir sera réduit. Il est préférable de se tourner vers un tannage végétal, qui vieillit mieux. Cela dit, gardons en tête qu’acheter des vêtements en cuir ne fait pas abattre plus d’animaux, car c’est l’industrie agro-alimentaire qui conditionne le nombre de bêtes qu’on élève.

Un exemple de la pollution générée par le secteur textile au Bangladesh. Ici, le fleuve d’Hazaribagh, capitale des tanneries de cuirs bas de gamme.

Un exemple de la pollution générée par le secteur textile au Bangladesh. Ici, le fleuve d’Hazaribagh, capitale des tanneries de cuirs bas de gamme.

Le vrai problème avec le cuir, c’est la question des teintures et des traitements. Les procédés de teinture ou de tannage sont majoritairement réalisés dans des pays qui autorisent l’utilisation d’un arsenal chimique extrêmement nocif pour ceux qui les fabriquent ET pour l’environnement.

Les Nations unies estiment que 22 000 m3 d’eau souillée sont déversées chaque jour, rien que pour la ville d’Hazaribagh. Patagonia évoque aussi certains fleuves chinois souillés dans les mêmes conditions.

L’Europe, avec notamment la France et l’Italie, a des normes contraignantes en ce qui concerne la teinture. Ces 2 pays sont les références absolues du tannage végétal, méthode beaucoup plus douce offrant des résultats plus qualitatifs. En revanche, le procédé est plus long et plus coûteux.

2) Pourquoi la qualité d’un vêtement a-t-elle un impact sur l’environnement ?

La qualité : un critère essentiel.

La qualité : un critère essentiel.

La qualité du montage est au moins aussi importante que celle des matières utilisées, car qualité = durabilité. Acheter des vêtements bien fabriqués signifie, tout simplement, en acheter moins tout en les gardant plus longtemps. Un vêtement qu’on renouvelle moins souvent et qu’on peut toujours réparer, c’est moins de matières premières consommées.

Corollaire : avez-vous vraiment besoin de ce trentième tee-shirt imprimé que vous trouverez en soldes ?

3) Le facteur humain dans l’industrie du prêt-à-porter

"Il y a quelques chose d’immoral dans le fait d’acheter un maillot de bain ou une robe au prix d’un cappuccino."

Suzy Menkes

Suzy Menkes est une journaliste de mode réputée pour son impartialité et son franc-parler.

Suzy Menkes est une journaliste de mode réputée pour son impartialité et son franc-parler.

La dimension humaine et sociale est peut-être l’aspect le plus difficile à juger car ces données n’apparaissent pas sur les étiquettes. Les associations et organismes de surveillance de terrain sont clairs : certaines pratiques (travail des enfants, conditions de travail dangereuses et abusives) existent encore et sont loin d’être anecdotiques. Cela commence à changer positivement (notamment en Chine), même si on est presque "habitués" à ces images terribles, pourtant réelles.

L’effondrement du Rhana Plaza, usine insalubre, a enclenché une réflexion autour des excès de la fast fashion à très bas prix.

L’effondrement du Rhana Plaza, usine insalubre, a enclenché une réflexion autour des excès de la fast fashion à très bas prix.

H&M, parmi d’autres, est pointé du doigt pour ses engagements non tenus. La marque suédoise est souvent un bon cas d’école en ce qui concerne le greenwashing. Loin de moi l’idée de l’incriminer bêtement, surtout que H&M a initié de belles choses avec ses lignes en matières recyclées. Pour autant, cette initiative ne doit pas être l’arbre qui cache une forêt de pratiques inacceptables.

Ces chaînes ne connaîtraient pas un tel succès si nous n’achetions pas leurs produits sans se poser la moindre question sur la qualité : cela interroge notre responsabilité individuelle au moment de l’achat. Il faut être conscient que quand on achète un tee-shirt à 10 euros ou un jean à 30 euros, c’est que dans la chaîne, un des acteurs est écrasé. Il n’y a pas de miracle. Tantôt le fabricant, tantôt l’environnement (et donc à nouveau des êtres humains), et souvent les deux.

Le Made in France, solution à tous les problèmes ?

Bien que ce soit un modèle en ce qui concerne les conditions de travail, n’ayons pas honte de le dire. Aujourd’hui, en parallèle, des entreprises socialement responsables labellisées commerce équitable existent ailleurs.

Il faut reconnaitre que plusieurs pays imposent, comme la France, certaines exigences de conditions de travail… La Corée du sud, au Brésil et d’autres pays de l’Est ou d’Asie commencent, de leur côté, à générer d’intéressantes mesures sur l’encadrement des conditions de travail.

Enfin, certaines entreprises choisissent de leur propre chef de fournir des conditions de travail décentes à leurs ouvriers. Mais sauf s’il y a un label objectif sur le produit ou une provenance claire, il nous sera impossible de savoir ce qu’il en est vraiment.

N’hésitez pas à lire les deux articles de Geoffrey sur le Made in France et le Made in China qui démontent beaucoup d’idées reçues.

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4) L’utilisation, l’entretien et la fin de vie des nos vêtements

Un constat : la façon dont nous portons, entretenons et "jetons" le vêtement représente 50 % de son impact environnemental. Ces étapes du cycle de vie sont tout aussi importantes que la phase de l’achat. Nous verrons qu’il y a certaines habitudes faciles à prendre.

Levier #1 : Entretenir ses pièces de façon responsable

La machine à laver consomme de l’énergie (pas toujours renouvelable), ce qui constitue un premier élément à prendre en compte. Par conséquent, on peut être vigilant sur la catégorie énergétique (A, B, C…) de la machine au moment de l’achat.

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Au moment de laver :

  • La température de l’eau a son importance : laver ses vêtements à froid, 20 ou 30° et uniquement quand ils en ont vraiment besoin dans un tambour bien rempli est déjà un progrès.
  • Naturellement, les chemises, tee-shirts et autres linges de corps nécessitent des lavages plus réguliers. La case sèche-linge, nuisible à tous les plans, est à bannir (même vos vêtements vous remercieront).
  • Autre impact, plus lié à la pollution cette fois : les lessives critiquées pour leur nocivité, à la fois pour l’homme et l’environnement.

Exemple : l’acide éthylène-diamine-tétracétique (EDTA), classé comme poison, n’est ni biodégradable, ni filtré dans les stations d’épurations, donc rejeté dans l’environnement… Heureusement, l’industrie revoit ses vieilles recettes et développe des gammes "alternatives".

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Les lessives écologiques (labelisées) sont aussi efficaces que les lessives aux métaux lourds. Elles peuvent aussi contenir des substances pétrochimiques, mais contiennent plus de substances d’origine végétale (citron, betterave, sucre…) et sont plus facilement biodégradables.

Sinon, mieux encore et moins cher : la Rolls des lessives écologiques est celle faite-maison. À base de savon de Marseille (huiles végétales), de bicarbonate de soude (biodégradable) et d’eau, la lessive "do it yourself" est facile à faire. Ajoutez quelques gouttes d’huiles essentielles de citron pour le parfum et l’action anti-bactérienne. Cela étant, lorsqu’un linge est vraiment très sale, la lessive écologique est à privilégier 😉

Levier #2 : Savoir réparer les vêtements qui peuvent l’être

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 5) Mode et développement durable synonymes d’innovation

Même si on n’en parle pas assez, de nombreux acteurs innovent constamment et débordent d’idées.

Adidas, une marque pionnière ?

En marge de la COP21, le conciliabule "Parley For The Oceans" avait mandaté Adidas qui a ainsi développé la première sneakers à partir de déchets océaniques grâce à une imprimante 3D.

En plus, elle a plutôt de la gueule !

En plus, elle a plutôt de la gueule !

Le projet n’en est qu’à l’étape du prototype mais on salue bien évidemment l’intelligence de l’approche : adresser une question business (le sourcing) en apportant une solution à un problème mondial (la pollution des océans et a fortiori la mort des dauphins :'( ). Un autre exemple est le collectif "Raw For The Oceans" où Pharell Williams s’est associé à G-StarRaw et Bionic Yarn pour créer une ligne de vêtement à partir du plastique récupérer des océans et de leurs rivages.

Le plastique souillant les océans, une fois recyclé, donne une fibre mixte bien robuste.

Le plastique souillant les océans, une fois recyclé, donne une fibre mixte bien robuste.

 

Bio-couture, la matière du futur ?

Tout part de là...

Tout part de là...

J’ai failli ne pas en revenir en découvrant ce que prépare Suzanne Lee dans son laboratoire londonien. Un textile inédit : ni fils, ni tissus, ni peaux, mais des bactéries.

La matière "pousse" littéralement, et une une fois cultivée, elle peut être travaillée comme un tissu… Ou presque, car le concept n’en est qu’à ses débuts, et biocouture ne cesse de chercher (et de trouver) de nouvelles idées.

Un premier exemple : une matière fine, découpée au laser, avec un texture unique.

Un premier exemple : une matière fine, découpée au laser, avec un texture unique.

En plus de pouvoir travailler de nouvelles formes de couleurs et de motifs, cette matière vivante a aussi la possibilité de prendre soin de vous. Une peau sèche ou une allergie qui vous pourrit la vie ? La biomatière pourra avoir des propriétés hydratantes, anti-allergènes…

La science rattrape la fiction, et si cela inquiète parfois, il est évident qu’on a là une idée incroyablement intelligente, répondant à un grand nombre de problèmes environnementaux.

L’impression en 3D s’invite dans le textile

Si cette technique trouve un nombre incalculable d’applications dans la vie quotidienne, le secteur textile n’est pas en reste grâce au travail de jeunes entreprises comme Electroloom.

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Là encore, c’est "tout simple" : le vêtement, conçu sur ordinateur est ensuite imprimé dans un matériau biodégradable. Certains vêtements pourraient être fabriqués intégralement sur-mesure et sans coutures. Plus de problème de stock ni d’invendus, et une utilisation très rationnelle de la matière sans aucun gâchis.

A ce stade du développement, voici la matière fabriquée par la machine Electroloom.

A ce stade du développement, voici la matière fabriquée par la machine Electroloom.

Évidemment, le but n’est pas de supprimer complètement la main-d’œuvre : les vêtements/tissus complexes à réaliser, les finitions, pièces de luxe ou produits nécessitant un savoir-faire particulier auront toujours plus d’intérêt réalisés à la main.

Une nouvelle façon de teindre nos vêtements… au CO2 !

Ne plus utiliser d’eau ni d’additifs chimiques, aller plus vite avec un impact environnemental et un coût réduit. Utopique ? Non, c’est déjà proposé par plusieurs industriels et utilisé par des marques comme Patagonia (qui travaille avec CO2 Nexus). Cette innovation combine les intérêts de l’environnement, des entreprises et du consommateur.

Voici la machine grâce à laquelle on peut teindre au gaz en circuit fermé.

Voici la machine grâce à laquelle on peut teindre au gaz en circuit fermé.

 

Dyecoo propose un système similaire assez simple à comprendre. Un rouleau de tissu est enfermé dans une machine cylindrique, puis du CO2 à l’état "supercritique", entre l’état liquide et l’état gazeux, est injecté dans le cylindre en traversant un réservoir de pigments, colorant intensément le tissu.

Pas besoin de séchage, pas de déchets nocifs et, surtout, une machine qui fonctionne en circuit fermé. Le CO2 utilisé est récupéré, filtré puis réutilisé.

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6) Conclusion

Les leviers pour rendre la mode plus "responsable", c’est à dire qui respecte l’humain, l’environnement et l’économie, sont nombreux et ont émergé des initiatives institutionnelles (acteurs du marché, labels) mais prennent également leur place à l’échelle du consommateur (qualité = durabilité VS quantité).

Encore une fois, l’idée n’est pas de donner de leçon de morale ni de culpabiliser, mais d’avoir en tête certains éléments au moment de consommer la mode au quotidien. Et particulièrement pendant les soldes !

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Par Bonnegueule, publié le 06/01/2016

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