AccueilÉDITO

À cause d'une info bidon, un ministre pakistanais brandit la menace nucléaire contre Israël

Publié le

par Théo Mercadier

(Source : Wikipedia)

Après avoir lu une fausse déclaration agressive attribuée à un membre du gouvernement israélien, le ministre de la Défense pakistanais a réagi sur Twitter en faisant planer la menace de frappes nucléaires.

Essais nucléaires réalisé par les États-Unis dans le cadre de "l’Operation Crossroads", le 25 juillet 1946. (© Wikipédia Commons)

Internet allumera-t-il l'étincelle qui précipitera le XXIe siècle dans une guerre nucléaire ? Alors que nous étions tous concentrés sur notre réveillon et les cadeaux de dernière minute, une crise diplomatique a bien failli éclater. Khawaja Muhammad Asif, ministre de la Défense pakistanais, a publié vendredi décembre un tweet incendiaire à l'encontre d'Israël, probablement après avoir lu une fake news (fausse information) sur le site AWD News, qui rapportait une prétendue déclaration du gouvernement israélien : "Si le Pakistan envoie des troupes en Syrie pour quelque raison que ce soit, nous le détruirons avec une attaque nucléaire." Et Joyeux Noël.

AWD News attribuait cette (fausse) déclaration belliqueuse à Moshe Ya'alon, qui n'est d'ailleurs à ce jour même plus ministre de la Défense dans le gouvernement israélien puisqu'il a quitté ses fonctions en mai 2016. De son côté, Khawaja Muhammad Asif n'a apparemment pas jugé bon de vérifier le sérieux de cet article fallacieux, même si certains titres du site comme "Une tentative de coup d'État contre Trump menée par Clinton et la CIA" auraient pu lui mettre la puce à l'oreille.

Mais non, il s'est immédiatement fendu d'un tweet au ton nettement plus acéré que le velours habituel du langage diplomatique : "Le ministre de la Défense israélien menace le Pakistan de frappes nucléaires suite à notre engagement contre Daesh en Syrie [aux côtés de Bachar Al-Assad, ndlr]. Israël oublie que nous sommes aussi une puissance nucléaire." Traduction, s'il en fallait une : tu me touches, t'es mort.

Ce tweet a rapidement été relayé sur les réseaux sociaux, alarmés par l'impact éventuel de la déclaration du ministre pakistanais. À tel point que le ministère de la Défense israélien a été forcé de désamorcer la crise naissante en utilisant le même canal de communication, précisant que "la déclaration attribuée à l'ancien ministre de la Défense Moshe Ya'alon n'a jamais été prononcée" puis que "le rapport auquel fait référence le ministre pakistanais est entièrement faux".

Les fausses infos se répandent comme une traînée de poudre

Comprenant son erreur et les conséquences qu'elle aurait pu avoir, Khawaja Muhammad Asif n'a pas tardé à calmer définitivement la situation en jouant lui aussi la carte de l'apaisement : "Notre programme nucléaire n'est qu'une dissuasion qui vise à protéger notre liberté. Nous souhaitons coexister en paix, dans notre région et au-delà." Ouf.

Cette affaire pose la question de l'impact des fake news sur notre sécurité. Elles se répandent comme une traînée de poudre, sans filtre, et peuvent conduire à des situations hallucinantes, comme la menace directe de l'emploi de la force nucléaire d'un pays contre un autre. Google a d'ailleurs annoncé le développement de nouveaux algorithmes permettant de mieux lutter contre la propagation de ces infos, un véritable torrent de boue qui prend Internet en otage.

À l'échelle des citoyens, elles ont déjà conduit à des situations potentiellement mortelles : le 4 décembre, un Américain a été arrêté pour avoir ouvert le feu dans une pizzeria de Washington avec un fusil d'assaut. Il était persuadé que le commerce organisait un trafic d'enfants-esclaves pour le compte de proches d'Hillary Clinton. Un "pizzagate" monté de toutes pièces par des sites de désinformation, et qui a bien failli coûter la vie aux clients du restaurant ce jour-là.

À voir aussi sur konbini :