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Des milliers de saumons s’échappent d’une ferme d’élevage et rejoignent le Pacifique

Dans l’État de Washington, la rupture d’un filet au sein d’une ferme aquacole de plus de 300 000 saumons a conduit à l’évasion d’une partie d’entre eux.

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Cela pourrait être un conte environnemental pour enfants : des saumons captifs s’évadent de leur enclos et rejoignent leur vraie maison, l’océan. La société canadienne Cooke Aquaculture a annoncé que la rupture d’un filet défectueux – sous les effets d’une forte marée et des courants induits par l’éclipse solaire de cette semaine – avait permis à des milliers de saumons de s’échapper de leur enclos, le 21 août.

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Entre 4 000 et 5 000 poissons auraient bénéficié de cette opportunité quasi miraculeuse. Cependant, les représentants de l’entreprise ne cachent pas que les pertes pourraient être bien plus grandes. Mauvaise pioche pour la société qui avait acquis cette ferme aquacole vieille de 30 ans l’année dernière (visiblement en mauvais état). Elle s’est donc aussitôt lancée à la poursuite de ses saumons perdus dans les eaux de la région de Seattle (nord-ouest des États-Unis).

Des saumons de l’Atlantique… dans le Pacifique

Malheureusement, cette belle histoire n’est pas sûre d’avoir une happy end : les saumons qui se sont échappés en plein Pacifique appartiennent à une espèce provenant de l’Atlantique. Leur présence dans cette région du globe pourrait donc déréguler les écosystèmes. En effet, les saumons de l’Atlantique sont répertoriés comme une espèce invasive dans l’État de Washington et les pêcheurs craignent que leur présence massive ne mette en danger la faune endémique de la région (comme les saumons du Pacifique) et ne perturbent la chaîne alimentaire. Les autorités redoutent par ailleurs la transmission de maladies de ces poissons d’élevage aux poissons sauvages. D’autres s’inquiètent d’éventuels croisements entre ces deux types de saumons – qui ne sont pas amenés à se rencontrer dans la nature – ce qui pourrait donner naissance à une nouvelle espèce "mutante". L’ordre est donc de récupérer les fugitifs au plus vite.

De leur côté, les environnementalistes ne tirent aucune conclusion hâtive. "Ces histoires sont des balivernes", s’exclame Michael Rust de l’Institut national océanique et atmosphérique au Seattle Times : "[Ces saumons] sont domestiqués. Imaginez une vache laitière perdue dans le Serengeti. Elle ne tiendrait pas longtemps." Livrés à eux-mêmes, ces saumons n’ayant jamais eu à chercher de la nourriture de leur vie seraient donc plutôt amenés à périr.

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D’autres scientifiques ne sont pas aussi catégoriques : "Tout le monde veut savoir ce que cela signifie. Mais la réponse la plus honnête c’est que l’on ne sait pas", reconnaît John Volpe de l’Université de Victoria dans les colonnes du Guardian. Ayant travaillé sur ces questions, il se veut circonspect : "La question de l’impact est clairement mise sur la table : cela peut être quelque chose de relativement faible comme quelque chose de très grave." Il rappelle que des études, menées il y a plus de dix ans, montraient que le saumon de l’Atlantique était capable de survivre et de se reproduire dans les eaux du Pacifique.

Ce qui est sûr, c’est que cette histoire pourrait devenir un cas d’école. Avec, espérons-le, la meilleure issue possible pour la faune locale.

Par Jeanne Pouget, publié le 25/08/2017

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