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Les "Mother i'd like to kill", ces mamans exaspérantes sur Facebook

Publié le

par Louis Lepron

"Milk". Non, pas le lait, même si on n'est pas loin. "Milk", c'est pour "Mother I'd like to kill", à deux encablures du "Mother I'd like to fuck", le fameux Milf du jargon du porn. Derrière cette expression, un aller simple pour l'enfer des réseaux sociaux, et plus particulièrement les méandres de Facebook.

Dans le Tumblr Milk, on retrouve de jeunes mères qui n'hésitent pas à détailler leur vie. Comme tout le monde vous allez me dire. Mais ici, c'est gênant. Voir un tel message, c'est être invité, voire forcé, à un voyeurisme glauque mais souvent drôle.

Comme le note Michael Stora, psychanalyste et spécialiste du virtuel, "par le choix des photos sur son profil, des goûts qu’il y affiche, des groupes auxquels il appartient, il se met en scène, il essaye de véhiculer une image de lui qui le glorifie". Ici, on assiste pourtant à l'inverse de cette glorification de soi.

Du coup, on a essayé, à l'aide du Tumblr Milk, de refaire le parcours d'une jeune maman "I'd like to kill" sur Facebook, de sa période "enceinte" jusqu'à la première bougie de son enfant.

"Merde, je suis enceinte"

"Vendredi, 20:41 : merde .. enceinte" écrit-elle à la place du "Exprimez-vous" de Facebook. Le statut est terminé, clair, limpide. Si elle appuie sur "Publier", ce message sera expédié à destination du mur de tous ses amis, de sa famille et... même du père, qui n'était pas encore au courant.

La première étape de la "Milk" est validée avec succès, avec une variante tout aussi assumée (cf. voir plus bas).

"Coucou, je suis enceinte, et je le fais savoir à tous mes amis Facebook et notamment au père de mon enfant" (Capture d'écran Facebook)

"CECI EST UN TEST DE GROSSESSE" (Capture d'écran Facebook)

"Bonjour, je parle à mon enfant"

L'annonce passée, on passe au chose sérieuse : la grossesse. Sur cette nouvelle capture d'écran Facebook, on croirait être tombé sur un reboot façon comédie romantique du Alien de Ridley Scott (remplacé pour l'occasion par Richard Curtis, le monsieur derrière Love Actually) avec un énorme bol de malaise : "mon bébé et moi étions les seuls à savoir". Ah.

<em>Alien, la ressurection</em>, troisième volet (Capture d'écran Facebook)

Vis ma vie d'utérus

Enceinte, la "Milk" a un Vidal sur les genoux, une radiographie de son ventre dans la main droite, Doctissimo ouvert dans un onglet et une folle envie de partager le moindre déplacement de son enfant. Du coup, ça peut donner ce style de statut, entre cliffhanger à la House of Cards et récapitulatif hebdomadaire et chirurgical à la Urgences.

La suite, au prochain épisode. Espérons que ça ne finisse pas comme le "Red Wedding" de Game of Thrones.

(Capture d'écran Facebook)

La naissance, c'est comme ouvrir une nouvelle page Wikipedia

La jeune maman exaspérante a un smartphone collé à ses doigts, même quand vient le temps de l'accouchement. Son statut Facebook, elle y refléchit depuis des mois, tergiversant : message court et efficace, ou message long et pompeux ?

Le mieux est de faire rentrer son enfant dans l'Histoire, sur le réseau social de Mark Zuckerberg. Donner des repères, des dates, pour qu'on prenne conscience de l'importance de la nouvelle.

C'est pas comme s'il n'y avait pas 353 015 naissances dans le monde, chaque jour.

Le "diplome de la meilleure Marraine", ce nouveau bac (Capture d'écran Facebook)

L'exorcisme 3, disponible chez votre marchand de statuts

La naissance d'un enfant, voilà un instant magique. Son exorcisme, c'est encore mieux, ça induit de sacrés rebondissements. Résultat, ça permet de vous différencier des autres jeunes mamans sur Facebook en ramenant William Friedkin à la maison.

D'où ce statut formidable :

Ce soir on a fait conjurer Lilou, à peine face au sorcier, elle a vomit (sic).

(Capture d'écran Facebook)

Griller une mamie dans un bus : check

Quand on est une mère, la vie est une jungle et les transports en commun sont autant de branches auxquelles il faut savoir se rattraper. Rien n'est facile et un statut Facebook a valeur de médaille d'or de la meilleure des mères.

À la différence qu'il n'y a pas de podium et que c'est la jeune maman qui se la remet, virtuellement. Même si ses "friends" Facebook ne sont pas d'accord.

(Capture d'écran Facebook)

Fêter la première année de sa progéniture, une obligation

L'ultime étape de la Milk : le premier anniversaire. Tant d'efforts sont ici consacrés dans un statut bordé de coeurs "<3" et de fautes d'orthographes. Et pour que les gens comprennent bien, ne pas oublier de préciser que la date d'anniversaire, la date de naissance et les "1 ans", c'est exactement la même chose.

(Capture d'écran Facebook)

Envisager l'avenir avec émotion

Voilà. L'enfant a passé son premier cap : douze mois de dents qui poussent, de plats repoussés à coups de cuillère et de nuits sans sommeil. Mais ce n'est que le début d'un long processuss qui va durer jusqu'à l'adolescence. Un processus qui s'enchaîne, deux mois plus tard, par les premiers pas du bambin.

Hop, on partage un statut Facebook et on y va de sa petite larme, histoire que tout le monde sache.

(Capture d'écran Facebook)

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