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Le réalisateur de Kirikou déplore que les Français n'aiment plus leur langue

Publié le

par Naomi Clément

Dans une tribune publiée dans Le Monde, Michel Ocelot s'attaque à "Fashion Forward", la dernière exposition du musée des Arts décoratifs de Paris dont le nom, anglais, participe selon lui à "l’éradication d’une des séduisantes civilisations du monde".

(© Musée des Arts Décoratifs)

Michel Ocelot est outré. Le réalisateur français, connu pour son travail sur la saga Kirikou, a publié hier dans les colonnes du Monde une tribune acerbe en réaction à la dernière exposition du musée des Arts décoratifs de Paris, qui retrace trois siècles de mode française.

En cause ? Le nom de cette exposition, uniquement écrit dans la langue de Shakespeare : "Fashion Forward"."C’est grotesque, et c’est grave aussi", assène-t-il, avant de s'adresser directement au directeur du musée :

"Je proteste en tant que citoyen français, mais surtout en tant que citoyen du monde (mon métier me permet de voyager, et j’apprécie bien des pays, qui ne doivent pas s’effacer). Vous n’avez pas le droit de participer à l’éradication d’une des séduisantes civilisations du monde ni de décevoir ce monde.

La France est le pays le plus visité de la planète, on n’y vient pas pour entendre de la langue anglaise ni vivre dans une imitation anglo-américaine. Bien sûr, la grande langue anglaise est la très bienvenue − en sous-titre."

"Aujourd'hui, le citoyen français est [...] un singe sans fierté"

Michel Ocelot poursuit en soulignant (à juste titre) qu'en France, "tout est barbouillé d'anglais ou de pseudo-anglais", des noms de société aux marques en passant par les émissions, les publicités, ou les vitrines de magasins. "Les Français sont atteints de la rage de ne pas parler leur langue", finit-il par lâcher. Il ajoute :

"Une promenade dans une ville française en compagnie d’un étranger est une épreuve humiliante. Un ami qui pratique la France depuis très longtemps, considérant tout cet anglais à tort et à travers, m’a dit : 'Dans le temps, le citoyen français était considéré comme un coq arrogant, aujourd’hui c’est un singe sans fierté.'

J’ai même vu une boulangerie qui se dénommait en anglais (en mauvais anglais – c’est un autre point, connaître d’autres langues : si ce boulanger parlait bien anglais, il trouverait le mot 'boulanger' très satisfaisant). Cette 'boulangerie' en anglais atteint le même abîme absolu que 'mode' en anglais au musée des Arts décoratifs de Paris (le ministère de la culture siège au conseil d’administration)."

Michel Ocelot conclut son texte en appelant les Français, et plus largement les citoyens de toute nation, à prendre confiance en eux, dans le but de sauvegarder la richesse culturelle de ce monde :

"Il est bien normal d’utiliser, de temps à autre, un terme étranger pour rêver d’herbe plus verte ailleurs, ou de se gargariser d’un mot qu’on ne comprend pas tout à fait et qui s’irise d’autant plus, et il est bon d’adopter des termes nouveaux qui complètent la langue. Mais il ne faut pas que le Japon ne parle plus japonais, que l’Italie ne parle plus italien, que le Brésil ne parle plus brésilien, que l’Islande ne parle plus islandais, que la France ne parle plus français. Il ne faut pas appauvrir le monde, et il faut avoir confiance en soi."

Lisez l'intégralité de la tribune de Michel Ocelot sur lemonde.fr

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