Merci Patron ! Le docu antisystème qui tombe à pic

Le film de François Ruffin, qui suit le combat de deux ex-ouvriers du groupe LVMH pour obtenir de l'argent, nous parle inégalités, combat, avenir. Les patrons n'ont qu'à bien se tenir !

On dirait qu'il l'a fait exprès, François Ruffin, de sortir son documentaire précisément à ce moment de l'année. Merci Patron ! a déboulé sur nos écrans fin février et connaît un grand succès depuis, avec plus de 260 000 spectateurs conquis... Au point d'attirer l'attention du New York Times, qui le met à la une, mardi 16 avril. Et pas sans raison.

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Comme si les astres de la politique, du journalisme et du cinéma s'étaient alignés, Merci Patron ! émerge en pleine mobilisation contre la loi Travail, alors qu'une partie de la jeunesse passe ses Nuits debout place de la République, que le ministre de l'Économie censé être de gauche crée un mouvement ni-de-droite-ni-de-gauche et que les Panama Papers démontrent, si l'on en doutait encore, à quel point la fraude fiscale gangrène nos sociétés.

Robin des bois du XXIe siècle

Que nous raconte Merci Patron ! ? Oh, rien de moins qu'une lutte pour la survie. Celle de deux ouvriers du groupe LVMH, Jocelyne et Serge Klur, licenciés il y a quelques années et sur le point de voir leur maison saisie par un huissier. François Ruffin, fondateur du journal "d'enquête sociale" Fakir, enfile sa cape de Robin des bois du XXIe siècle pour les aider à rembourser leur dette de 35 000 euros, quitte à s'arranger avec la loi.

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T-shirt "I <3 Bernard" (Arnault, le patron de LVMH) sur le dos, le réalisateur échafaude ni plus ni moins un scandaleux chantage auprès du milliardaire, combine à laquelle l'équipe de LVMH consent de céder pour étouffer toute polémique. Le remuant Ruffin, qui s'est fait virer d'une assemblée d'actionnaires LVMH manu militari, est redouté comme la peste par ce groupe de luxe qui capitalise tout, ou presque, sur son image. Et des pauvres en colère, c'est jamais bon pour le business.

Merci Patron ! ne redonne pas seulement leur dignité aux centaines d'ouvriers dupés par Bernard Arnault, il lève aussi le voile sur une boîte française qui pèse des milliards. Côté LVMH, le médiateur au cœur de la magouille est un ancien des Renseignements généraux passé barbouze, colosse au crâne rasé à la gouaille terrifiante. Un homme de main à qui Bernard Arnault confie le sale boulot, et grâce à qui les Klur récupèreront 35 000 euros ainsi qu'un CDI pour Monsieur – chez Carrefour, enseigne de LVMH.

Négociations entre Serge Klur et le médiateur de LVMH, filmés en caméra cachée dans "Merci Patron !". (Jour2fête)

Négociations entre Serge Klur et le médiateur de LVMH, filmés en caméra cachée dans Merci Patron !. (© Jour2fête)

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"Nuit debout" lui doit beaucoup

En réalité, Merci Patron ! n'arrive pas tout à fait comme une fleur, en pleine effervescence printanière. Le documentaire a lui-même une part de responsabilité dans la formation du mouvement Nuit debout, entamé le 31 mars. Responsabilité qu'il revendique et dont le journal Fakir voit l'origine dans ce rassemblement intitulé "Leur faire peur", qui s'est tenu à Paris fin février.

Dans un article du Monde diplomatique, l'économiste Frédéric Lordon, devenu une des figures du mouvement Nuit debout, affirme que Merci Patron ! a le potentiel pour "mettre le feu aux foules". François Ruffin, ancien "compagnon de route du Front de gauche", veut voir dans Nuit debout une nouvelle façon de faire de la politique.

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Il confiait à Télérama, la semaine dernière :

"Le changement ne passera plus par les urnes mais par un mouvement social de grande ampleur. C'est le pari presque pascalien que j'ai fait depuis la sortie de Merci Patron !.

À présent, le mouvement doit dépasser les seuls centres urbains et essaimer à la périphérie, dans les banlieues, les zones rurales et industrielles, sinon il trouvera vite ses limites. Il faut trouver le moyen de toucher des milieux populaires.

Je suis persuadé que l'une des clefs du succès de Merci Patron ! réside dans cette rencontre entre différentes classes sociales : le journaliste et les Klur, ce couple d'ouvriers au chômage."

L'équipe de "Merci Patron !" trinque avec des syndicalistes pour fêter la victoire de la famille Klur. (Jour2fête)

L'équipe de Merci Patron ! trinque avec des syndicalistes pour fêter la victoire de la famille Klur. (Jour2fête)

En plus d'être rafraîchissant politiquement, le documentaire de François Ruffin, encore diffusé dans quelques dizaines de salles en France, se révèle drôle et émouvant. Que demande le peuple ?

Par Ariane Nicolas, publié le 12/04/2016

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