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Face aux appels au viol contre Caroline De Haas, la justice botte en touche

Publié le

par Arthur Cios

Après la vague de haine qui avait déferlé sur elle début 2016, la militante féministe Caroline De Haas avait porté plainte – sans succès.

Dès le début, l'année 2016 commençait mal. Début janvier, on apprenait que des centaines de femmes avaient été agressées sexuellement lors de la nuit du Nouvel An à Cologne. Beaucoup commentaient alors le fait qu'une majorité des agresseurs étaient des réfugiés syriens — ce qui s'est révélé être faux par la suite. C'est à ce moment-là que la femme politique et militante féministe Caroline De Haas, tweete ceci :

Elle explique alors à BuzzFeed que si son tweet n'a pas provoqué de réaction les premiers jours, elle a ensuite reçu des centaines, si ce n'est des milliers, de commentaires/tweets/messages de trolls, d'extrême droite pour la plupart. Des messages qui dénonçaient les agressions en Allemagne en répandant la haine à travers des messages d'appel à la violence, au viol, au suicide, à venir la planter, l'égorger… Des menaces toutes plus virulentes les unes que les autres.

Au mois de février, elle décide, en accord avec son avocat, de porter plainte contre seulement deux personnes, les procédures étant à la fois longues et coûteuses. La première personne avait écrit sur Facebook "va te faire violer par tes migrants. salope de collabo tu te fera raser la tête pouffiasse. […] Qu'elle se fasse violer cette salope de collabo", et la deuxième sur Twitter "effectivement, vous êtes bien une sacrée connasse que les muzzzz de France vous enculent à sec".

Caroline De Haas a ainsi donc porté plainte pour "diffamation publique", "provocation au viol" et "injure publique", BuzzFeed précisant que les adresses IP des auteurs visés avaient été transmises à la justice.

Ce lundi 2 janvier, la cofondatrice et ancienne porte-parole de l'association Osez le féminisme ! a expliqué sur Twitter que le magistrat "a annoncé qu'il ne pouvait poursuivre, n'ayant pas réussi à identifier les auteurs".

Plus encore, elle explique un peu plus tard que le parquet a requis un non-lieu, et que "le procureur aurait apparemment pu demander une poursuite des Facebook et Twitter pour leur imposer la transmission des infos". Ce qui n'a pas été fait, donc.

L'identification, un faux problème

Ce n'est évidemment pas la première fois que ce genre de plainte n'aboutit pas, mais il serait temps de faire bouger un peu les lignes. Des centaines de vidéastes en ligne, d'activistes sur les réseaux ou de simples internautes reçoivent des messages de la sorte. Caroline De Haas le dit elle-même, elle est loin d'être la seule dans ce cas :

Pourquoi Internet donnerait-il une impunité comme celle-ci ? Si l'on se penche un peu sur le droit pénal, il n'y a aucune différenciation, aucune distinction entre ce qui est considéré comme une injure, une menace de viol ou autres, en ligne et IRL.

De plus, le problème d'identification est un faux problème. Des condamnations ont déjà été prononcées dans le cas de messages antisémites, d'apologie du terrorisme ou de menaces de mort envers François Hollande et Manuel Valls, ce qui implique que l'identification a été faite. De même, des institutions comme la Hadopi parviennent, grâce à un accord avec les fournisseurs d'accès à Internet, à détecter les internautes dans l'illégalité et peuvent identifier, voire sanctionner les personnes concernées. Pourquoi pas dans ce cas ? Ce n'est pas la même chose, certes, mais au fond, qu'importe.

Et Caroline De Haas de conclure :

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